SCENE V
Horace, Saubade.
SAUBADE, en suivant Georges des jeux. A part- — Eh bien! il ne
me reconnaît pas. (a Horace.) Monsieur d’Ervillers était depuis longtemps en Afrique, je crois?
horace. — Oui, Mademoiselle, et je réclame un peu dé votrè amitié pour lui, car c’est le plus loyal et le meilleur garçon du monde.
saubade , naïvement. — Mais je connais monsieur Georges, monsieur le comte, et bien qu’il m’ait oubliée...
horace. — Vous connaissez Georges? (a pan.) Ah ça! mais il connaît donc toute la terre...
saubade. — Oui, et j’espérais n’ètre pas une inconnue pour celui que je croyais un ancien ami...
horace. — Mais peut-être vous trompez-vous. Georges est absent depuis cinq ans, et d’ailleurs votre nom prononcé devant lui...
BRUNES BT BLONDES.
saübade. Ce nom n’est pas celui que mon père portait alors, et ce n’est pas en France que nous avons rencontré monsieur d’Ervillers.
Horace. — Ali ! diable, mais voilà que nous taillons en plein roman, je crois?
saübade. Rien au contraire n’est plus simple ; j’étais du reste presque une enfant encore, et monsieur Georges n’est même pas très- coupable en ne me reconnaissant pas.
horace. — Ce hasard peut être en effet d’une simplicité vulgaire... et cependant, Saübade, si j’avais droit de conseil auprès de vous...
saübade. — Parlez, monsieur le comte.
horace. — Eh bien! si personne n’est encore dans le secret de ce hasard si naturel, à votre place, mon enfant, je n’en parlerais absolument pas.
saübade. — Vraiment, et pourquoi? La reconnaissance ne me semble pas un bonheur si dangereux.
horace. — Dans le monde que vous ignorez, Saubade, c’est pourtant ainsi. Le sentiment le plus pur est souvent calomnié — croyez-moi donc, ne dites rien. Dans l’innocence de votre cœur, vous avez peine à me comprendre, n’est-ce pas?
saübade. — Je l’avoue, monsieur le comte, mais du moment que cette conduite m’est tracée par vous, je me tairai.
horace. — Remplaçant un moment la comtesse dans votre confiance, j’ai dù remplir son rôle jusqu’à la fin ; me pardonnerez-vous cette usurpation?
saübade. — Pour vous le prouver, je veux vous demander un service nouveau.
horace. — S’il s’agit encore de morale, je suis à bout.
CHARITÉ RIEN ORDONNÉE. 251
s atjbade. — Non, une petite trahison.
Horace. — C’est plus amusant, et que faut-il trahir?
saubade. — Le secret de la séance que ces dames vont tenir ici... si toutefois il me concerne.
Horace. — Diable, mais je ne m’admets pas à ce eoneil, moi.
saubabe. — Mais vous pouvez toujours savoir à peu près...
horace. — — Eh bien ! c’est convenu.
saubade. — Bien vrai?
horace. — Sur l’honneur, je trahis.
saubade. —Et moi je me sauve.