‹ Brunetière et BesançonChapitre 10 sur 16 · Lettre du i" janvier · texte numérisé non relu

Lettre du i" janvier

de ce genre, qu'il répète avec la plus aimable insistance :

« Non, mon cher Père, je n'oublie pas le public de Besançon, ni son archevêque, ni la Conférence Saint-Thomas d'Aquin, et je prépare même pour eux, s'ils le veulent, un grand discours dont le sujet, continuant la question du droit de l enfant, sera la limite du droit de ÏÉtat en matière d'enseignement I. »

Du reste, il saisit avec empressement toute occasion de se trouver en rapport avec l'archevêque. Il goûtait fort, dans ce prélat, des qualités que lui même ne possédait pas au même degré : une majesté calme et souriante, une sérénité olympienne, de la distinction, de la finesse, un large esprit de conciliation. Certes, ils ne se ressemblaient guère, l'impérieux écrivain qui aimait à heurter l'opinion d' autrui, et l'évêque prudent, qui préférait, tous droits de la vérité gardés, les solutions pacifiques. Mais il n'est pas nécessaire, pour s'aimer, de se ressembler. En amitié, comme en électricité, a-t-on dit, les contraires s'attirent. Et puis, tous deux avaient l'âme très haute, et tous deux s'accordaient à traiter les questions religieuses avec une grande modération, qui leur valut, entre autres fortunes, celle de se trouver ensemble dans la lutte et de voir leurs noms mêlés aux mêmes polémiques.

i. Lettre du 4 février igo3.

Quelques caractères de sa « conversion. » — Discours sur 1' « Action sociale du christianisme. » — Brunetière est nomme président d'honneur de la Conférence Saint-Thomas d'Aquln. - Brunetlère et les protestants. - Discours de porrentruy sur la réunion des Églises.

On l'a vu, les rapports entre Brunetière et Besançon devenaient de plus en plus étroits.

Dans ces conditions, la magnifique déclaration du 25 février 1900 ne pouvait pas demeurer le dernier mot de Brunetière parmi nous. Ces novissima çerba ne l'étaient qu'en un sens et appelaient encore un post-scriptum qui en fût l'éclatante confirmation et nous montrât le converti à l'œuvre. De la sorte, nous aurions le relevé exact de ses positions par rapport au catholicisme. Brunetière nous appartiendrait avant, pendant et après sa conversion, ce qui importe souverainement, car, comme le note avec sa pénétration habituelle M. Faguet : « Il y a des convertis et des convertis. Il y a des convertis qui, à partir du moment où ils ont embrassé une foi, renient, détestent et repoussent tout, absolument tout ce qui a précédé leur conversion, tout ce qu'ils ont été précédemment. Saint Augustin est un peu ainsi, dans les grandes lignes, et Pascal l'est tout à fait.

c< Il y en a d'autres qui ne peuvent guère admettre

que tout ce qu'ils ont pensé et tout ce qu'ils ont senti ne soit comme acheminé vers le moment actuel, vers le moment où ils sont parvenus : ils ne peuvent pas entendre qu'ils aient pensé quelque chose qui n'eût au moins une âme, comme le disait Spencer, de la vérité à laquelle ils sont parvenus. Cet esprit-là était essentiellement l'esprit de Brunetière.... Ce sont des esprits qui gardent leur méthode rationaliste au moment où ils abandonnent leur rationalisme proprement dit. Ce sont des hommes qui se considèrent. — qui ne peuvent se considérer autrement, — qui se considèrent comme des êtres continuellement en élaboration d'eux-mêmes et arrivant enfin à la réalisation de ce qu'ils devaient être I. »

Cette remarque va loin. Si certains théologiens ont considéré d'un œil méfiant ce nouveau venu dont l'accoutrement leur paraissait bizarre, la raison en est là. Sa foi poussait des racines en terrain, sinon prohibé, du moins suspect. Il s'était fabriqué des raisons de croire, à lui, qui n'étaient pas celles de tout le monde. D'autant plus que, comme le dit encore M. Faguet : c< Dans cette période de 1894 à 1899, il s'est avisé — et c'est un côté de son esprit infiniment intéressant — de faire rentrer dans son catholicisme tout ce qui avait été l'aliment de son esprit, et du reste, aussi, de son âme, pendant la période précédente, pendant toute la période évolutive. Il y a fait rentrer son pessi-

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