‹ Brutus et Cassius, ou La bataille de Philippes, suite de "La Mort de César", tragédie en vers et en 2 actes, imitée de l'anglais de ShakespearChapitre 4 sur 14 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

La scène représente l’intérieur de ht tenu de Brutus,

B R U T U S ET C A S S 1 Ü S entrent seuls..

Qui, tu m’a* outragé , la preuve en est récente ; Ne t’ai - je point écrit en faveur de Pella, Accusé devant toi d’ua douteux péculat ?

Eh bien , l’empressement que j ai mis à sa gloire N’a pioduit qu’un arrêt qui flétrie sa mémoire ; Ses services passés que je.t'ai fait va'.oir , Ne m’ont été comptés x que pour son désespoir.

Cesse de m’imputer de t’avoir fait outrage.

Quand tu conviens ici que c’«sr ton propre ouvrage ,, Car en faveur du crime employer son crédit, C’est vouloir partager la honte qui le suit:

Le soin de ton honneur m’empêchait d’y souscrire.

Des moyens répressifs fuit - il choisir le pire , Et s’ealsver l’appui d’un toldat plein de cœur ?

C’est un lâcÈe dès - lors qu’il a trahi l’honneuc Mais puisqu’à t’accuser à mon tour tu m’invite, Dq trop d’avidité je blâme ta conduite , A des êtres saiys mœurs de vendre les emplois, D'oublier le mérite ou lui ravir ses droits : Du nom de Çastius cc$ excès s’ennoblissent

B •9 BRUTUS ET CASSIUS, Et dan» l'impunité toujours ils s’accomplissent. Le juste châtiment n’ose plus se montrer.

Cassius.

Le juste châtiment

B R ü T V s, vivement.

Lui qui fait tout rentrer Dans l'ordre nécessaire,(et frappe l'indocile D'une longue terreur qui lui devient uiile.

Songe aux Ides de mars, souviens-toi du moment Que pour le bien public transportés saintement, Un de nous sur César leva sa main h raie , .Et nous fit le signal de venger la patrie :

Vingt poignards aussitôt lui percèrent le sein , Et, noyé dans son san£ , il expira s udain.

Des remords nul de nous n’épràUvi le supplict Après cette action , qui fut ua sacrifice Fait aux dieux infernaux , et non assassinat. Aucun motif secret n’en obscurcir l’éclat :

Nos cœurs restèrent purs quand !a main dégoûtante Fit à la Liberté cette offrande sanglante.

Si César n’eût cuitté'le rang cie citoyen, Au lieu de le frapper j’eusse été son souries. C<“lui donc qui renonce à sa vertu première Pour se perdre à l'appât d’une abject 1 matière, Est plus vil à n?es yeux que’l’or déshonorant.

C A S S 1 U 5 Et- Brutus me suppose un si bas sentiment, \Sans craindre qus rompant l’amitié qui nous lie, De quelque repentir je n’accablc ma vie.

Brutus.

D’une déloyauté tu peux déjà .rougir, Sans t’occuper encor d’un second rcp*otir.

7 R A G g D I S. rs

Que me reprochés - tu ?

Cette infâme avarice De m’avoir refusé , pour solder le service.

Un or qit' t’est dp trop-, ua or qui t’a’vîB: , Et dont j’e.vais besoin , compté je te l’ai dit. , . C A s 5,1 V.S.

J'jurai pu me méprendre en cette (circonstance.

On ne ie trompe point quand on sert d’abondance,

Tu me déchires lame en me traitant ainsi.

Un ami doit au moins excuser son ami , Et non grossir ses torts, quand parfois il s’égare,

Je les dis tels qu’ils sont, afin qu’on les répart, :

Me refuserais - tu iusques à ta pitié?-

Je te garde toujours une austère amitié.

Antoine 1 jeune Octave, altérés de vengeance, Cassius à vos \oups se livre sans défense, Hâtez - vous de' venir attaquer un Romain Qui se vendrait plus cher les armes à la main 1 11 ne peut supporter le fardeau de la vie,

*2 ff Rt/ T US Ê T CA SS JUS, Si Brunis ne lui rend son amitié ravie, liens voilà mon poignard teint du sang du tyran.^ Mon frère, ce crains pas de /«'en ouvrir le ftanc Pour y prendre mon coeur palpitant de tendresse 9 Qui saigne de n’avoir secouru ta détresse D un or dont je croyais tirer quelque parti.

B r u t u s. t Cache ce fer sacré, Brutus est ton ami.

( Ils s'embrassent et versent des larmes. ) Pardonne, 'mon d'hcr frère , à ma douleur secrète Des reproches trop durs.

Mon artt satisfaite Ne peut plus contenir que tes nouveaux chagrins : i t». \ » 1 V, -, ° D«u te proviennent - ils ?

Brutus.

De mes affreux destins.*..

( Il s’avance vers h fond de sa tente et appelle.) Lucius , donne - nous la coup? de rues pères Pour y former des vœux qui nous soient plus pros-

pères.

( à un autre serviteur. ) Toi, dis à Mçss&la d’assembler en ces lieux Le conseil des guerriers sous l’auspice des Dieux.

( Revenant joindre Cœssius. ) Je souffre, Cassius, d’une peine mortelle.

Porcia.... nous attend.... dans larsouit éterne’le.

T«i\ épouse 1

Brutus.

N’est plus.

Malheureux que j* suis D'aVoir porté le comble à d'aussi grands ennui* l

La fille de Caton n’a pu voir sa patrie Par les amis des r*is chaque jour avilie, Elle a comme son père étonné l’univers, Et préféré la mort à la honte des fers, Mais iim mort terrible , exaltée, incroyabl*. Dont même le récit est trop épouvantable....

Dans un foyer ardent elle a pris des brandons Et les a dévorés en invoquant nos noms.

C A s S I u s , aVec déchirement.

O douleur l

Cassius, la fortune inhumaine Ne fait que mieux tremper l'ame républicaine, ( En allant prendre la coupe des mains d* Lucius. ) Viens, mon frère, oublions dans un parfait accord Notre explication et la rigueur du sort.

Je bois à Cassius , à l’égalité sainte, Au bonheur des humains, à toute haine éteint* î

Cassius, apr'cs lui.

A foi mon cherBrutus,à nos dignes soutiens, A notre liberté, le pramier de no* biens l 14 BRU TU S ET CASS J US,

emerr.:"... —.-..i

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