‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 10 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

pro patria, quam simulata pace decipi. Pour raffermir les cœurs, on exhume cette maxime des Spartiates : « Il vaut mieux combattre pour la patrie que de se laisser « prendre aux amorces d'une paix trompeuse. « N'est-ce pas rappeler à toutes les mémoires le mot cruel et vrai du Taciturne à Egmont? Ces têtes parlent avec une singulière éloquence ; elles disent qu'il n'y a point de paix durable à conclure avec le grand et artificieux catholique de l'Escurial.

« A Lyon, on vendit une image enluminée, représentant l'exécution dans tous ses détails, avec les portraits des suppliciés. Cela s'appelle :

- L'exécution et supplice faict par sentence Iudiciaire, à l' encontre des nobles & illustres cheualiers de la Toison, les contes d'Aiguemont et de Home.

« Le texte qui est sous la gravure se termine ainsi : « Auprès du corps mort du * conte d'Aiguemont : furent mis deux cierges ardans, à cause qu'il se recongneut tt et mourut catholiquement : mais à l'autre qui mourut autrement, on ne luy feit

- pas tel honneur. Dieu tout miséricordieux vueille avoir pitié de leurs ames, comme

- de nous tous. Amen.

« A Lyon, par Benoist Rigaud 1570. - « Le bourreau vêtu d'écarlate et portant sous le bras son grand glaive de justice à poignée couronnée, sort de dessous l'échafaud, autour duquel se massent les vanderas espagnoles. Les enseignes sont déployées, les soldats tiennent leurs mèches toutes prêtes, l'un d'eux a déjà couché son arquebuse sur sa fourche. Le prévôt de la cour est là à cheval tenant sa longue vare rouge. Bourgeois de Bruxelles, tâchez d'être calmes, autrement on vous canardera dans les rues étroites de votre grand'place. Et les sept issues secrètes, qui rappellent encore votre antique turbulence, vous déroberont difficilement aux effets meurtriers d'un feu de file.

- Tous les détails sont d'une exactitude scrupuleuse. Un des cinq compartiments de l'estampe nous montre l'échafaud après l'exécution : rien n'a été oublié, et les deux têtes, sur leurs pieux, regardent bien l'une le Hainaut et l'autre La Flandre. -

M. Picqué a eu la bonne fortune de découvrir la complainte composée à l'occasion de l'exécution des comtes d'Egmont et de Hornes, et l'a fait acquérir pour la Bibliothèque royale. Elle est écrite en haut-allemand et se compose de vingt-neuf strophes, précisément comme la fameuse complainte de Fualdès. Chaque strophe est de six vers ïambiques de quatre pieds.

- Cette poésie populaire est toute de sentiment. On sent bien que c'est en Allemagne qu'elle a vu le jour. Quelques détails d'une naïve délicatesse, comme celui des petits enfants de la ville qui demandent ce qu'ont fait ces messieurs pour qu'on les fasse mourir, et, à l'avant-dernière strophe, ces images de la nature extérieure ne nous laissent aucun doute sur la patrie du poète. Il faut que le ciel et la terre prennent part à cette grande douleur. Quel touchant spectacle que celui de cette belle comtesse qui noie sa chambre de ses larmes! Elle n'en peut plus de

sangloter, elle est comparée au rossignol qui s'est épuisé la nuit à soupirer dans le vallon aux verts ombrages, r

Des von Egmonden trew gemahl Dem Duc von Alba thet ein fuszfal Mit jren Kindern kleinen O Herr, wolt eingedechtig sein Meins Herrn vnd der kinder sein !

Jr mund begund zu vveinen.

Zu nacht da es vmb die zehene war

Das leben vvùrt jhm abgeseit, Morgen sollen sie sein bereit Ir blut wol zu uergiessen.

Die vrtheil wiirt geendet dar Vund wird jhn than zu wissen,

Erlaubet mir zu reden an

Der Graff von Egmond dacket Gott Das er soit leiden solchen todt ; Thet sich willig drein geben.

Sehr tauret jhn der Herr von Horn, Ein Held vol ehren wolgeborn, Das er kam vmb sein leben.

Den Herren mein, so ich jm kan Seine speisz vnd tranck zu bringen.

Der Duc sie nit erhoret hat, Heisz sie bald ziehen ausz der stat ; Thet jhr das nicht vergùnnen.

Die kindlein kundtens nit verstan, Sie liesz gar manchen zehern.

Ir hertz war jhr gar schwere, Die augen theten jr vbergan,

Sie nain jr kleine kinderlein, Mit trauren weichen thet allein.

Auch macht jm solches ein scharffe pein

Das seine kinder solten sein

Beraubt jrs Vatters gute.

War nit bekùmert vmb seinen leib :

Es tauret jn sein ehlichs weib;

Das war gar vngemute.

Quelques jours auparavant le cluc d'Albe, qui venait de bannir du territoire le prince d'Orange, le comte Louis de Nassau son frère, Antoine de Lalaing, comte d'Hoogstraeten, Florent de Pallant, comte de Culembourg, Henri de Bréderode et Guillaume comte de Berghes, avait fait décapiter sur la place du Sablon dix-huit gentilshommes, parmi lesquels les deux seigneurs de Battenbourg, d'Andelot et Le Cocq. Quand on les mena au supplice, il y avait près de l'échafaud neuf compagnies d'Espagnols, tous armés et rangés en ordre de bataille. Les tambours battirent aux champs pour que les condamnés ne pussent être entendus si, par aventure, ils eussent voulu alléguer quelque chose pour leur défense. * Les corps de sept de ces gentilshommes furent attachés à des pieux avec la tête au-dessus et demeurèrent ainsi hors de la porte de Schaerbeek, jusques à être pourris et réduits à néant pour ne s'avoir voulu confesser. Les deux seigneurs de Battenbourg pour même cause furent enterrés hors de la dite porte, tout devant la chapelle des Lépreux, en terre profane, deux à deux en un seul sépulcre sans cercueil ou autres cérémonies, après avoir demeurés pendus à des pieux leurs corps dès les 10 heures du matin, jusques aux trois de l'après disnée (i). r

La terreur régnait parmi tous ceux de la religion réformée. Grande au contraire était la joie du roi d'Espagne, du duc d'Albe et de leurs partisans. Elle se manifesta par les fêtes données à Bruxelles. - Les Espagnols principalement menèrent en grand triomphe et en d'autres endroits, à sauter et danser tous masqués par les

(ij Description et figures des affaires des Pays-Bas, p. 5o.

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