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CHAPITRE IX

Le château du prince Frédéric touchait au domaine royal; un ruisseau le limitait en partie et des ponts le mettaient en communication avec les jardins royaux.

Pour admirer une végétation monumentale, digne des grands bois de la Suisse et du Danemark, il fallait aller à l'autre extrémité du territoire, parcourir les allées ombreuses de l'antique foret de Soignes, le Sonien bosch ou bois du Soleil, dont les plus belles parties dépendaient des communes de Watermael-Boitsfort et

Étang et église de Boitsfort en 1829.

D'après une estampe de I'. Lauters.

de Groenendael. La forêt, jadis peuplée de bêtes sauvages, était placée sous la surveillance du tribunal de la Foresterie. Les ducs de Brabant s'y livraient au plaisir de la chasse. Ils avaient leur vénerie à Boitsfort et leurs haras près de Groenendael. Le consistoire de la Trompe faisait respecter leurs droits. La forêt, qui n'a plus aujourd'hui que 4,5oo hectares de superficie, en comptait plus du double il y a cent ans, et déjà elle avait considérablement perdu de son étendue par suite des défrichements accomplis pendant des siècles. Divers monastères, ceux de la Cambre, de Groenendael, de Rouge-Cloitre, de Sept-Fontaines (Seven Berren), s'y étaient successivement établis à l'ombre des grands hêtres que l'on cite parmi les plus beaux de l'Europe. La forêt fut surtout dévastée au temps de la domination française. On y coupa 22,000 chênes pour la construction de la flotte de Boulogne. Plus tard le roi Guillaume ayant abandonné la forêt à la Société Générale, celle-ci

la mit en coupe réglée et en tira des revenus considérables. Si belle qu'elle soit aujourd'hui, elle n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut au temps des ducs de Bourgogne et de Charles-Quint, de ce qu'elle était encore aux jours des grandes chasses à courre de Charles de Lorraine, d'Albert de Saxe-Teschen et même du prince d'Orange qui l'avait repeuplée de chevreuils. En i83o, un grand relais de chasse était établi à la Belle Etoile et quatre chaussées, celles de Tervuercn, de Wavre, de La Hulpc et de Namur traversaient la forêt, percée d'une infinité d'avenues et de chemins. Nous publions ci-dessous l'image d'une antique chapelle dédiée à saint Jacques qui aurait existé jadis dans la forêt au xive siècle.

La description de Bruxelles en i83o nous ramène ainsi à ses origines, qui se confondent, comme celles de toutes les villes du moyen âge, avec les annales de la piété.

HOC TEMPLUM C OLIM S. IACOBI INZONIA VULGO DICTUMJ TEMPOPE LUDO/ICI PU EXTRUCTUM . TRADITUB. .ANNO

n. ccc.xv.

LA RÉVOLUTION DE l83().

e dernier chapitre de Bruxelles à travers les âges, consacre à la Révolution de i83o, exige une courte préface. Je me suis trouvé fort embarrassé quand il m'a fallu narrer ici les événements dont Bruxelles fut le théâtre en- i83o. Je les ai racontés d'une façon très complète dans mon Histoire populaire de Léopold Ier ; j'en ai apprécié les principaux acteurs dans la Belgique contemporaine. J'étais en quelque sorte obligé de copier mes propres récits en les complétant par des renseignements qui m'avaient échappé ou qui m'étaient inconnus à l'époque de mes précédentes publications. Reculant devant cette tâche fastidieuse, je pris le parti de relire les nombreuses relations publiées par d'autres et d'en extraire les éléments d'un tableau qui différât des esquisses que j'avais tracées. Au cours de ce travail, je relus un petit volume intitulé Révolution belge. i83o, par

C.-J. Mackintosh, témoin oculaire. Cet opuscule, qui vit le jour peu de temps après la révolution, a été réimprimé en 1880, à l'occasion de nos fêtes jubilaires. Je fus frappé de la clarté et de l'intérêt de ce récit, et je profitai de mes relations amicales avec l'auteur pour lui demander la permission sinon de reproduire son œuvre, tout au moins d'en rééditer les pages les plus importantes en les complétant par le fruit de mes études personnelles. M. Mackintosh m'a gracieusement accordé cette autorisation dans une lettre qu'on va lire, m'accordant plus que je ne sollicitais de son obligeance :

<( Mon cher Monsieur Hymans,

ce Vous réclamez de moi comme un service 1 autorisation de reproduire dans votre magnifique Bruxelles à travers les âges mon humble petit volume de la Révolution qui ne s'attendait pas du tout à cet honneur. Mon livre et moi, soyez-en bien sûr, nous sommes tout à votre disposition, et je serai heureux et fier de figurer sous vos auspices dans la brillante galerie que vous avez ouverte à la glorification de notre cher Bruxelles, ma ville natale.

« Votre tout dévoué,

« Mardi, 6 novembre i883. C. Mackintosh. »

Cette aimable autorisation a singulièrement facilité ma tâche. Je ne reproduis pas tout l'excellent ouvrage de M. Mackintosh, mais il est devenu en quelque sorte le canevas sur lequel j'ai brodé ce chapitre, dans lequel j'ai réuni tout ce que j'ai pu rassembler de notes sur la révolution. Bruxelles à travers les âges a ce mérite d'être l'œuvre patriotique du public autant que la mienne, et je dois dire que jamais livre n'eut la chance heureuse d'être élaboré de la sorte avec le concours général de tous les dévouements et de toutes les sympathies. J'éprouve en outre un vif plaisir à mettre en lumière le talent d'un écrivain trop modeste qui, après avoir contribué de . sa plume à préparer l'œuvre de i83o, remplit depuis plus de cinquante ans les délicates fonctions de correcteur au Moniteur belge, et qui a rendu tant de services aux auteurs belges en consacrant sa rare érudition et ses connaissances philologiques à la revision de leurs œuvres.

Les capitales ont été de tout temps le foyer et le principal théâtre des révolutions. C'est un privilège dont quelques-unes sont jalouses et que Paris entre autres revendique avec orgueil. A ne considérer que ses intérêts matériels, l'ancienne ville princière de Bruxelles, aujourd'hui l'une des cités les plus riches et les plus florissantes de l'Europe, se demanda pendant plusieurs années si elle avait eu quelque avantage à devenir la capitale d'un nouveau royaume. Les événements de i83o compromirent gravement la fortune publique. Il fallut un long espace de temps pour restaurer les finances, pour faire disparaître les traces des dévastations commises par les Hollandais et des pillages organisés par la populace. Les Annales parlementaires renseignent de nombreuses pétitions de l'édilité attestant les sacrifices qu'avait imposés la conquête de l'indépendance nationale. Des indemnités furent votées à diverses reprises, et en 1841 la situation était devenue telle, que le

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