‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 110 sur 192 · II · texte numérisé non relu

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du ministre de Danemark et de l'ambassadeur d'Angleterre (1). Bruxelles était le rendez-vous d'un grand nombre d'étrangers de toutes les nations, attirés par la beauté de la ville, sa position centrale, l'abondance de ses marchés, le prix modéré de la vie, la salubrité de son climat et surtout par les avantages qu'elle offrait pour l'éducation de la jeunesse. La partie supérieure de la cité, les environs du Parc et les boulevards adjacents étaient presque exclusivement habités par des Anglais. Ceux-ci formaient une colonie de près de 5, 000 personnes de toutes classes, dont la dépense, calculée en moyenne à 10 francs par jour, atteignait une somme annuelle de plus de 18 millions. Cette clientèle contribuait à enrichir le petit commerce, les ouvriers et le peuple et procurait une augmentation notable au budget des recettes de la commune. Bruxelles renfermait une aristocratie nombreuse, opulente et très fière de ses blasons : les ducs d'Arenberg et d'Ursel, les princes de Ligne, de Chimay, de Gavre, les marquis d'Assche et de Trazegnies, les comtes de Lalaing, d'Arschot, de Mérode; les Vilain XIIII, les d'Oultremont, les Mercy d'Argenteau, les d'Hooghvorst, les de Sécus, les de Stassart, les de Béthune, les Chasteler ; des princes de la finance, parmi lesquels les Engler, les Meeûs, les Coghen, les Mertens. Bien qu'elles possédassent de grandes richesses, les familles nobles déployaient peu de magnificence et paraissaient plus portées à économiser et à augmenter leur fortune qu'à la dépenser dans les relations d'une hospitalité généreuse. Parfois elles donnaient des banquets et des fêtes, mais celles-ci ressemblaient à des efforts cérémonieux, à des sacrifices à l'orgueil, à une contribution imposée par les devoirs du monde, à une obligation douloureusement remplie plutôt qu'à des réunions destinées au plaisir des convives et aux échanges d'une aimable cordialité. La haute société d'ailleurs était divisée en coteries qui se jalousaient entre elles. Ainsi la plus ancienne aristocratie tolérait à peine celle d'un rang inférieur, qui, de son côté, traçait une ligne de démarcation entre elle et la finance, le haut commerce et le monde des fonctionnaires. Le barreau et les professions libérales semblaient aussi former un monde à part. Les militaires, à l'exception des fils de famille et de quelques officiers supérieurs, étaient rarement vus dans les salons. Ces distinctions devinrent plus marquées à mesure que l'opposition au régime néerlandais gagna du terrain, de sorte que durant le carnaval et le printemps qui précédèrent immédiatement la révolution, il existait un schisme absolu entre l'aristocratie catholique et celle qui se montrait moins exagérée dans ses idées politiques et religieuses (2).

L'écrivain qui nous a légué ces renseignements nous dit en même temps qu'on entretenait une fièvre permanente au sein de la bourgeoisie. Dans son désir de faire mériter aux Pays-Bas le nom de terre classique de la liberté, ayant aussi à

(1) Celui-ci jouissait d'un traitement supérieur à ce qu'eût exigé la représentation près la cour la plus fastueuse (14,000 livres sterling ou 35o,ooo francs). Voir Charles White, La Révolution belge de i83o, trad. de Miss Mary Corr, I, p. 192.

(2) Charles White, I, p. 194 et suiv.

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