‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 111 sur 192 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

cœur d'attirer les talents et l'industrie des étrangers, le roi Guillaume offrit les plus puissants encouragements à tous ceux qui venaient établir leur domicile sur le sol fertile et hospitalier de la Belgique. Bruxelles devint ainsi le rendez-vous, l'assemblée représentative de tous les esprits mécontents de l'Europe. Les régicides conventionnels (1), les napoléonistes exilés, les constitutionnels proscrits, les carbonari persécutés, les Polonais opprimés, les Russes disgraciés, les radicaux anglais, les étudiants visionnaires de l'Allemagne affluaient indistinctement dans la métropole du Brabant,où ils s'alliaient à ce qu'on pouvait regarder comme la portion la plus dangereuse de la société. Ils ne se contentaient pas de donner un libre cours à la haine dont ils étaient animés contre leurs gouvernements, mais ils contribuaient en grande partie à exalter l'imagination des habitants contre le gouvernement du pays. Plusieurs de ces étrangers étaient des hommes consciencieux, éclairés et honorables, victimes des actes les plus criants de despotisme; mais dans le nombre il se trouvait beaucoup d'individus ruinés et prêts à tout oser, hommes qui n'avaient d'autre élément que les dissensions et les commotions civiles, qui n'avaient rien à perdre, mais tout à gagner dans les convulsions politiques, et qui étaient tout à fait indifférents aux malheurs que ces convulsions attirent sur le plus grand nombre;

hôtes dangereux s'il en fut pour le pays qui les reçoit dans son sein. C'était là une source de maux qu'on ne pouvait tarir qu'en adoptant des mesures de police arbitraires ou en obtenant des Chambres une loi sur les étrangers qui donnât des pouvoirs suffisants au gouvernement (2). Il nous reste à signaler une dernière cause de trouble. Dans l'intention de donner un plus grand développement au commerce de la librairie et d'encourager les diverses branches de cette industrie, on favorisa l'établissement de libraires étrangers à Bruxelles. Des éditions à bon marché de tous

Le comte Félix de Mérode.

D'après une lithographie de Schubert.

(1) Voici les noms des anciens conventionnels bannis par la Restauration, qui se trouvaient encore à Bruxelles en i83o : Barère, Baudot, Berlier, Bouillerot, Bréard, Chazal, Chaudieu, Dumont, Gauthier de l'Ain, Guesno. Legrand, Legris, Levasseur, Mailhe, Merlin de Douai, Musset, Oudot, Pocholle, Roubaud, Sévestre, Sieyès, Thibaudeau, Calés, le Fiol, Martel, Piori, Ribereau, Ysabeau, Jean de Bue, François, Laloi, Berard, Mallarmé, Beaujoin, Deville, Hourier, Guiet.

(2) La loi républicaine de vendémiaire n'avait pas été abrogée et fut appliquée à MM. Fontan, Bellet et Jador, rédacteurs de l Argus, qui furent expulsés du pays. Cette expulsion causa un grand mécontentement et fut signalée comme une infraction au chapitre IV de la loi fondamentale, qui garantissait une égale protection aux étrangers et aux nationaux.

les ouvrages prohibés en France y furent réimprimées; de là une multitude de pamphlets contenant les doctrines les plus hostiles aux gouvernements voisins et spécialement destinées à prévenir le public contre leur administration, se répandirent dans le pays. Ici encore le pouvoir se trouva dans la nécessité ou de tolérer l'existence de ces abus ou d'apporter des restrictions à un commerce qui contribuait à enrichir la métropole (i).

Ces raisons secondaires doivent être ajoutées aux causes générales de la révolution,

que tout le monde connaît, et à la cause dé-

terminante, qui fut la révolution française de juillet. Nous n'avons pas à raconter ici la longue lutte de deux peuples divisés de mœurs , de langage , de religion , d'intérêts industriels ou commerciaux, ni l'organisation de la ligue catholico-libérale pour le redressement des griefs, ni les débats à propos du pétitionnement par lequel des milliers de citoyens réclamaient la diminution des impôts, l'exécution du concordat, la liberté de l'enseignement et de la presse, le rétablissement du jury, le règlement de la responsabilité ministérielle, en un mot les garanties qui établissent la sincérité du régime représentatif. Bornons-nous à signaler la

réponse faite à la seconde chambre, le

Le baron de Stassart.

D'après une lithographie de Baugniet. 7 mars l83o> Par M- Surlet de Cho-

kier, qui fut depuis régent de Belgique, à M. Donker Curtius, l'un des ministres du roi. Celui-ci représentait le pétitionnement comme un moyen de fomenter la guerre civile. Il admettait que la loi fondamentale avait consacré le droit de pétition, mais que l'usage en avait été perverti. Il demandait que les pétitions fussent assujetties à un droit de timbre, qu'elles fussent individuelles et bornées à des intérêts particuliers. « Les ministres seuls, répondit M. Surlet, ont intérêt à répandre ces doctrines absurdes, illibérales, inconstitutionnelles, et qui tendent à détruire une des conditions vitales du pacte social. Le langage du ministre n'est pas conforme aux intentions du roi. Tous les ministres seraient ici présents et me diraient que le roi l'a voulu ainsi, je n'en croirais rien; il ne veut pas que ses sujets soient silencieux comme les muets du sérail. Le droit de pétition est en honneur chez .nos voisins, et même chez nos bons amis les Chinois. Les lois de Zoroastre et de Confucius l'ont consacré. »

(ij Charles White, I, p. 120, 121.

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