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CHAPITRE X

L'opposition dans cette circonstance obtint la majorité et la Chambre décida que les pétitions seraient déposées au greffe. Mais l'opinion publique était moins occupée alors des débats législatifs que d'un procès politique auquel se rattachaient tous les intérêts et toutes les passions des partis, et qui, par l'irritation qu'il produisit, contribua notablement à l'explosion du mois d'août (i).

Le rôle des écrivains dans les événements qui précédèrent la révolution fut considérable. Personne n'ignore l'influence du Mathieu Laensbcrg, qui devint plus tard le Politique (2), et dans lequel se déployèrent la verve entraînante de Joseph Lebeau , la puissante logique de Paul Dcvaux, la fantaisie et l'esprit de Charles Rogier, l'érudition de Van Hulst, la savante dialectique de J.-B. Nothomb (3).

Un pamphlétaire de moindre valeur, mais connaissant mieux le langage qui plait cà la foule, avait pris la tète du mouvement et se rendit populaire en provoquant les rigueurs du pouvoir. C'était Louis- Joseph de Potter, né à Bruges, auteur de quelques ouvrages estimés, parmi lesquels des Considérations sur l'histoire des principaux conciles et une Vie de Scipion de Ricci, évêque de Pistoic et Prato.

Ce publiciste, que ses traditions de famille et sa grande fortune paraissaient

Le vicomte Charles Vilain XIIII.

destiner à d'aimables loisirs, s'était, dès Dapres une lithographie de Baugniet.

1828, jeté à corps perdu dans l'opposition.

Une lettre qu'il publia dans le Courrier des Pays-Bas du 8 novembre de cette année (4) et qui se terminait par ces mots : Honnissons, bafouons Us ministériels, lui valut une

(1) Annuaire historique universel de C.-L. Lesuk.

(2) Le Mathieu Laensberg fut fondé au mois d'avril 1824 par MM. J. Lebeau, Paul Devaux, Charles et Firmin Kogier, Félix Van Hulst et H. Lignac; ce dernier en fut l'éditeur jusqu'en 1 837 et le principal rédacteur à partir de i83o. En 182g, il prit le titre de l'olitique. Outre les rédacteurs fondateurs que nous venons de nommer, MM. C. Materne, Aug. Visschers, J.-B. Kaufman, Th. Weustenraed et le professeur Godet ont pris, mais plus tard, une assez grande part à la rédaction de cette feuille, qui a exercé une grande influence sur les destinées du gouvernement des Pays-Bas Le l'olttique cessa de paraître à la fin de mars 184t. (André Warzee, lissai historique et critique sur les journaux belges. Gand, 1845.)

(3) Souvenirs personnels de Joseph Lebeau, préface par Armand Freson. Liège, i883.

(4) Le Courrier des Pays-Bas, créé le 6 août 1821, succéda au Vrai Libéral. Il eut pour éditeurs successivement MM. J. Dekeyn, De Saegher et Cocbé-Mommens. En 1822-1823, il eut pour rédacteurs MM. Lesbroussart et Ch. Froment; en 1824-1825, MM. Lesbroussart et Ch. Mackintosh; à partir de mai 1826, MM. Lesbroussart et Lucien Jottrand. En 1828, une association pour la publication de ce journal se forma entre MM. Van Meenen, Lesbroussart, Jottrand, Claes, Mascart, Van de Weyer et Ch. de Brouckere. Ce dernier céda bientôt ses droits à M. Nothomb. MM. Ducpetiaux et Coché-Mommens

poursuite en cour d'assises et une condamnation à dix-huit mois de prison, mille florins d'amende et les frais. Ce procès mémorable a été raconté dans tous ses détails par M. Mackintosh et par M. Ch. Poplimont (i), dans un livre qui fut inspiré, dit-on, par de Potter lui-même.

« Tout Bruxelles, dit M. Mackintosh, a suivi le cours de cette procédure, commencée le 29 décembre 1828, et terminée le lendemain par un arrêt dont ni les juges, ni l'auditoire ne perdront jamais le souvenir. Malgré une pluie continuelle, l'heure avancée et le nombre des gendarmes, une foule immense était réunie dans les environs du palais de justice. Les portes étaient fermées, un silence morne régnait au loin. Chacun, le cou tendu, enviait le sort de ceux qui avaient pu pénétrer dans la salle; chacun attendait qu'un bruit intérieur lui annonçât l'issue de la procédure, quoique personne n'osât douter du résultat. Tout à coup des cris improbateurs font retentir les voûtes de la salle d'audience, d'autres cris y répondent de l'extérieur. Les portes du palais s'ouvrent, la foule en sort, et bientôt se répand la nouvelle que M. de Potter est condamné. Les noms des conseillers sont salués par des imprécations. Un tumulte universel a succédé au morne silence, et les cris de Vive de Potter! A bas Van Maanenl retentissent de toutes parts, malgré les agents de police qui circulent dans tous les sens. M. de Potter sort enfin dans une voiture de place, entouré de gendarmes comme un vil criminel. A son aspect, tout le monde se découvre et le salue des plus vives acclamations. Un cortège immense suit la voiture jusqu'à la prison, et les juges, les conseillers, à la faveur du tumulte, se sauvent inaperçus.

« Tout n'était pas encore fini pour de Potter. En face de la prison s'élevait l'hôtel du ministre Van Maanen. Une fête s'y célébrait au moment même où le cortège passait sous les fenêtres. A ce rapprochement inattendu, fait par les amis de de Potter, l'indignation publique ne connut plus de bornes ; les vitres de l'hôtel volèrent en éclats, et sans les chaînes qui fermaient la porte, il est probable que la réunion ministérielle se serait terminée d'une manière tragique.

« La gendarmerie, dont la caserne est voisine de la prison, s'avance en ordre de bataille; la foule recule; Arrêtez ! s'écrie tout à coup une voix forte, et le mouvement rétrograde cesse, l'attitude populaire devient hostile; la gendarmerie hésite... Une attaque de sa part eût amené de terribles résultats; elle se décide prudemment à se tenir sur la défensive.

« Un des gendarmes qui accompagnaient M. de Potter, dans la voiture, voulait

firent partie de l'association comme éditeurs de la société, et M. Deltombe comme comptable. Cette association dura jusqu'en i83i. M. De Potter collabora au journal à partir de 1827, et pendant la révolution MM. Weustenraed, Devaux et Van Praet lui fournirent plusieurs articles. La collection complète de ce journal est très rare. A l'exception du premier semestre 1827, qui est incomplet, M. Lucien Jottrand possédait tout ce qui avait paru de cette feuille depuis 1826. (André Warzée, Essai historique et critique sur les journaux belges. Gand, 1845, p. 77.) (1) La Belgique depuis i83o. Bruxelles, i852.

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