‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 114 sur 192 · II · texte numérisé non relu

II

et d'une profonde astuce, il captiva la faveur du roi, qui lui avait accordé une audience (i). Avec des fonds provenant de la cassette royale et qu'on a évalués à 3oo,ooo florins, il établit à Bruxelles une imprimerie dont le matériel sortait, disait-on, des ateliers de Firmin Didot. C'est ainsi qu'il créa le National, dans lequel il affirma que ses caractères sortaient de la fonderie belge de M. Pennequin, ses presses des ateliers de M. Vanden Branden, et son papier de l'usine de M. Hennessy à La Hulpe. Il nia avec la même énergie qu'il fût subsidié par la liste civile, affirmant que le National était fondé et défrayé par des amis vrais et sincères de la patrie et de la liberté (2).

La cour supérieure de Bruxelles n'admit pas l'accusation de complot telle qu'elle était posée contre de Potter et ses confrères. Elle la réduisit au fait d'avoir, par des écrits imprimés dans les journaux cités plus haut, excité directement les citoyens à un attentat ayant pour but de changer ou de détruire le gouvernement du pays.

Les débats s'ouvrirent le 16 avril i83o devant la cour d'assises du Brabant méridional, et bien que la procédure se fit à huis clos, sauf pour le réquisitoire du ministère public et les plaidoiries des avocats, l'émotion publique ne fut pas moins vive qu'à l'occasion du procès de 1828. L'avocat général représenta de Potter comme un démocrate outré, ennemi des rois et des gouvernements, excitant les ambitions et les haines politiques et religieuses sous la double bannière de la religion catholique et de la liberté, et tendant à soulever les provinces méridionales contre le gouvernement par l'organisation d'une opposition systématique. La correspondance de l'accusé avec M. Tielemans prouvait, dans le système de l'accusation, la réalité du complot. Les avocats de de Potter étaient cette fois MM. Van de Weyer et Gendebien. M. Tielemans fut défendu par MM. Blargnies et de Gamond; M. Bartels par M. Bailleu, du barreau de Gand. Les débats occupèrent douze audiences. De Potter prit lui-même la parole à celle du 29 pour demander qu'on rejetât du débat sa correspondance privée. La cour décida qu'elle resterait annexée aux pièces de la procédure, sauf à y avoir tel égard que de droit. L'arrêt, prononcé le 3o avril, condamna M. de Potter à huit années de bannissement, MM. Tielemans et Bartels à sept années de la même peine, et l'imprimeur de Nève à cinq années (3).

(1) D'après M. Poplimont, profitant d'une promenade que le roi faisait au Parc, Libri l'accosta dans une allée et, sans autre préambule, lui offrit ses services. D'après d'autres, les relations de cet intrigant avec le monarque dataient de loin, et des services d'espionnage anciens lui valurent sa nouvelle faveur.

(2) André Warzée, loc. cit., p. 87. Le National ne parut que du 16 mai 182g au 25 août i83o. Ses presses, établies rue Fossé-aux-Loups, n° 657, furent brisées par l'émeute pendant la nuit du 25 au 26 août i83o.

(3) Voici, au sujet de M. de Nève, l'éditeur du Catholique, quelques détails intéressants empruntés à {'Histoire de la révolution belge, par Charles de Leutre : <c Avoir M. de Nève, on n'eût jamais soupçonné le martyr politique : les mains dans les poches, l'air bonhomme, le regard jovial et franc, gros, petit et bien portant, voilà l'homme. Editeur responsable d'un journal français, il ne savait pas un mot de français. Mais à quoi bon? Il n'avait guère envie d'exercer son droit de censure, et il n'eût volontiers supprimé que les articles qui ne donnaient pas matière à poursuites. Quand un juge d'instruction lui demandait quel était l'auteur d'un article, il répondait invariablement : Km niet ver statu. Il fallait

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