‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 123 sur 192 · CHAPITRE X. 2g · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 2g

officiel. Sans hésiter, M. Flcury-Duray répondit en homme de cœur, en bon citoyen, disposé à sacrifier son existence au maintien de l'ordre, au rétablissement de la tranquillité publique.

Il n'y avait pas un moment à perdre; tout le bas de la ville se trouvait au pouvoir du peuple; et dans les rangs de la foule circulaient des groupes armés, plus ou moins menaçants, tous en proie depuis la veille à une exaspération dangereuse, que des meneurs pouvaient pousser à des actes répréhensibles.

Désarmer ces groupes était à la fois difficile et imprudent; on risquait de provoquer une collision, dont l'issue restait douteuse; il importait donc avant tout de se procurer des armes pour les confier aux mains de citoyens notables, offrant par leur position sociale, par leur éducation, des garanties certaines d'ordre, de discipline, de dévouement. MM. Pletinckx et Fleury-Duray firent valoir ces considérations auprès du gouverneur, M. le baron Vanderfosse, qui en fut frappé, et leur donna l'autorisation d'aller prendre les armes déposées à la caserne des Annonciades, rue de Louvain.

Aussitôt les deux amis y coururent avec un nombreux détachement de bons citoyens, qu'ils curent la satisfaction d'armer, et qui formèrent le premier noyau d'un peloton. M. Pletinckx leur donna pour chef un de ses anciens frères d'armes, M. le baron E. de Thysebaert, officier pensionné, dont le frère a rempli depuis lors avec distinction les fonctions de colonel chef d'état-major de l'inspecteur général des gardes civiques du royaume.

Mais les prévisions de M. Pletinckx se réalisaient à cause de l'exaltation des masses populaires, égarées par des suggestions perfides, et circulant avec des armes dans une partie de la ville où l'autorité ne pouvait exercer son action tutélaire; tandis que les classes aisées et supérieures de la société, manquant de mot d'ordre et de direction, se renfermaient dans leurs maisons.

Seuls quelques jeunes gens, aussi dévoués qu'énergiques, se pressaient autour de MM. Pletinckx et Fleury-Duray, en station permanente au corps de garde de l'hôtel de ville.

Une foule immense encombrait la Grand'Placc et les rues adjacentes, en criant, en vociférant; et de cette multitude se détachaient des groupes d'agitateurs qui se présentaient au corps de garde pour y demander tantôt du pain, tantôt des armes.

Quelques-uns des meneurs prétendaient même qu'il y avait des caisses de fusils dans les combles de l'édifice et voulaient y faire une perquisition.

Sans l'énergie et l'incessante vigilance de MM. Pletinckx et Flcury-Duray, l'hôtel de ville aurait certainement été envahi ; peut-être serait-il devenu le théâtre de scènes de désordre et de violence. A ces flots de factieux, qui se succédaient sans interruption, il fallait opposer tantôt le langage de la persuasion, tantôt une résistance inflexible, quelquefois même des mesures décisives. Ainsi, M. Pletinckx arrêta lui-même et fit emprisonner une vingtaine des plus fougueux, qui se

prétendaient les délégués du peuple. Cet acte de vigueur enleva à l'agitation publique ses plus dangereux éléments.

Cependant les heures s'écoulaient; les bons citoyens, dont le nombre, néanmoins, grossissait de minute en minute, suffisaient à peine à contenir la foule exaspérée et vivement surexcitée. Des coups de feu furent même dirigés contre les croisées de l'hôtel de ville et contre le cadran de l'horloge.

La maison de Libri Bagnano dans la nuit du 25 au 26 août i83o. Fac-similé d'une lithographie appartenant à la collection de M. Th. Hippert.

On réclamait avec des menaces les armes de la garde bourgeoise pour marcher en masse dans la direction du Palais où se trouvaient les troupes de la garnison sous les ordres de leurs généraux (i).

C'était tout perdre; car les troupes bien disciplinées et bien commandées, retranchées d'ailleurs dans un poste facile à défendre, auraient vite dispersé et écrasé ces masses confuses et sans expérience militaire.

Même, en supposant le succès de cette agression, que serait-il arrivé? Que le Palais aurait été saccagé, comme l'avait été l'hôtel du ministre Van Maanen; l'émeute, déshonorée à son début, ne pouvait plus prendre le caractère d'une révolution.

(1) La garnison se composait de i,3oo hommes, sans artillerie.

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