CHAPITRE X
En présence de cette alternative, MM. Pletinckx et Fleury-Duray demandèrent au gouverneur du Brabant une lettre d'introduction auprès de MM. les généraux Aberson, de Bylandt, J. Wautier et Borel, qui se trouvaient dans le palais du prince Frédéric, environnés des troupes formant la garnison de Bruxelles.
Le gouverneur accéda à leur demande, et sa lettre, dont communication fut donnée au peuple, calma momentanément les esprits par l'espoir d'une prochaine évacuation des forces militaires.
Aussitôt MM. Pletinckx et Fleury-Duray quittèrent l'hôtel de ville où se trouvaient environ quatre cents bourgeois armés, qui promirent de le défendre pendant l'absence des deux chefs transformés en parlementaires.
Ceux-ci ne rencontrèrent aucun obstacle dans le trajet; ils purent traverser les rangs des troupes massées devant le Palais, et ils furent introduits auprès des généraux dont nous avons cité les noms.
M. Fleury-Duray, prenant la parole, peignit avec chaleur l'effervescence qui régnait dans le bas de la ville; il insista vivement sur les dangers de la position occupée par les troupes, en cas d'une agression populaire, et il finit en demandant l'évacuation de Bruxelles comme transaction et moyen de salut.
D'accord avec M. Pletinckx, il prit de plus l'engagement d'honneur de
placer le Palais sous la sauvegarde d'un nombreux détachement de bourgeois armés, offrant toutes les garanties désirables d'ordre, de discipline, de sécurité.
Après une heure et demie de pourparlers et de délibérations, tout fut conclu au gré des parlementaires, et l'on se quitta en scellant cette convention par un échange cordial de mains pressées.
Tout à coup, sous une inspiration subite, M. Pletinckx rentra dans le salon qu'il venait de quitter, et s'adressant au général de Bylandt, il lui demanda, comme condition expresse, de faire délivrer des fusils et des cartouchières à quatre cents bourgeois, sur la simple signature du commandant en second de la garde urbaine. M. de Bylandt y consentit; et M. Pletinckx, prenant un carré de papier, y traça sa signature, comme moyen de contrôle laissé aux mains du général.
Quelques instants après, M. Pletinckx avait rejoint M. Fleury-Duray. Ils
Ed. Duchetiaux.
D'après une gravure de Demanne/.
rencontrèrent M. de l'Escaille, colonel pensionné, qui les aborda, et que le chef de la garde bourgeoise s'empressa de nommer commandant du Palais.
Dans le trajet, depuis le Palais jusqu'à l'hôtel de ville, M. Pletinckx délivra quarante-deux signatures à de bons citoyens qu'il rencontra durant sa course, et sur lesquels il pouvait compter pour l'excellent emploi des armes que leur remit, en effet, M. le général de Bylandt.
Mais pendant l'absence des deux chefs transformés en parlementaires, un déplorable incident avait fait abandonner leur poste par le plus grand nombre des bourgeois armés, qui avaient promis d'y rester et de le défendre.
La foule rassemblée sur la Grand'Place avait brisé les voitures du chef de la police, M. de Knyff et en avait brûlé les débris. Cet acte de vandalisme alarma la plupart des membres de la garde bourgeoise et leur fit craindre que leurs maisons et leurs familles ne fussent également exposées à la fureur populaire. Ils abandonnèrent le corps de garde où il ne resta qu'un petit groupe d'hommes de cœur, identifiés avec MM. Pletinckx et Fleury-Duray, dont ils attendaient le retour en redoublant de vigilance et de précautions.
Mais, à la suite de cet incident, il fallut renoncer à occuper la ville entière; et M. Fleury-Duray porta au Palais une lettre de M. Pletinckx, expliquant les difficultés qui venaient de surgir. Bientôt le désordre prit des proportions graves jusque dans le rayon de la place de la Régence, c'est ainsi qu'on appelait alors la place de l'Hôtel-de-Ville.
La salle de ventes de M. Demol fut envahie et était menacée de pillage. M. Pletinckx y accourut, accompagné de quatre gardes, et par leur énergie et leurs efforts parvinrent à expulser les envahisseurs.
Bientôt arrivèrent de Molenbeek-Saint-Jean de sinistres nouvelles ; la fabrique de M. Prévinaire était menacée. M. Pletinckx y envoya quelques gardes commandés par M. Van Daelen; un second peloton, sous les ordres d'un Hollandais, M. Dewyn d'Habekock, courut aux remparts pour disperser un rassemblement qui cherchait à enfoncer la porte du magasin renfermant de la poudre de mine.
La nuit vint sans améliorer cette situation, sans amener un peu de calme et de repos.
Au contraire, ce ne fut qu'une longue lutte, et même sur quelques points le sang coula. Pourtant il était défendu de se grouper au nombre de plus de cinq personnes. Aux abords de l'hôtel de ville, comme à l'entrée des rues adjacentes, veillaient des sentinelles. Des patrouilles circulaient, et les bandes armées n'étaient admises sur la place qu'en donnant le mot d'ordre. Mais que pouvaient le patriotisme et la discipline d'un petit nombre de défenseurs de la tranquillité publique contre l'avalanche humaine débordant de tous côtés? Il était impossible de tenir plus longtemps sans le concours de tous les bons citoyens. Dans ce but, M. Pletinckx rédigea un pressant appel à la garde bourgeoise. Voici ce document qu'il signa