‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 125 sur 192 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

avec M. Fleury-Duray, aux mains duquel est restée la pièce originale que nous reproduisons :

Ordre de la place aux chefs de sections.

M. le gouverneur de la province ayant provisoirement confié le commandement de la garde bourgeoise aux soussignés, ceux-ci, dans l'intérêt de tous et pour le bien-être commun, ont résolu ce qui suit :

A quatre heures du matin, les chefs de sections se rassembleront sur la place de la Régence (hôtel de ville), afin de recevoir les instructions nécessaires pour le rétablissement du bon ordre. Les chefs de postes enverront de nombreuses patrouilles dans les divers quartiers de leur section pour réprimer ou prévenir les excès que la malveillance pourrait tenter de commettre. Dans ce but, les citoyens armés depuis hier, et qui ont besoin de repos, engageront leurs voisins n'ayant pas encore fait partie de la garde, à prendre les armes et à commencer le service à leur tour.

Tout individu, trouvé armé isolément et n'appartenant à aucune section, sera désarmé immédiatement. Les armes seront déposées au corps de garde duquel la patrouille est détachée, ou bien données à quelques bourgeois. Des postes seront établis aux points jugés nécessaires par les chefs de sections, et surtout aux portes de la ville, afin d'empêcher des malfaiteurs d'y entrer.

Notre poste du quartier général établi à l'hôtel de ville sera composé d'un peloton de douze hommes et un commandant de chaque section, que les chefs feront relever de douze en douze heures. Les chefs de sections, après avoir reçu les rapports des différents postes et des patrouilles, enverront leur rapport au quartier général où tous les chefs de postes se rassembleront une seconde fois à onze heures du matin pour y recevoir les ordres nécessaires au maintien de la tranquillité publique.

Signé : PLETINCKX,

FLEURY-DURAY.

Bruxelles, le 27 août i83o.

Il serait trop long d'énumérer en détail tous les faits qui se succédèrent durant ces quarante-huit heures aussi importantes que décisives. Il suffit de dire que MM. Pletinckx et Fleury-Duray, par leur infatigable dévouement, leur patriotique énergie, sauvèrent Bruxelles, par conséquent l'avenir même de la révolution, en la préservant du contact flétrissant de l'anarchie.

Enfin, dans la matinée du 28 août i83o, M. le baron Emmanuel Yanderlinden d'I Iooghvorst arriva a l'hôtel de ville. En présence de toutes les sections, que M. Pletinckx avait réunies sur la place, cet éminent citoyen, né à Bruxelles en 1781, et membre des États provinciaux du Brabant méridional, fut proclamé commandant on chef de la garde bourgeoise.

Par son premier acte d'autorité, M. le baron d'I Iooghvorst confirma la nomination de M. Pletinckx aux fonctions de commandant en second de la garde bourgeoise; en même temps il lui conféra le grade de lieutenant-colonel; M. Fleury-Duray reçut le brevet de major; et les autres nominations ayant été régularisées, la milice urbaine, unique garantie d'ordre, seul pouvoir debout en face de l'effervescence populaire, se trouva organisée d'une manière définitive.

On procéda ensuite à la formation du conseil de la garde où siégeaient tous les officiers supérieurs, auxquels furent adjoints comme membres honoraires, plusieurs citoyens notables, entre autres MM. Alexandre Gendebien, le baron de Sécus, Joseph Vandcrlindcn et Lesbroussart ; ce dernier fut chargé de remplir les fonctions de secrétaire du conseil.

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Le premier acte du baron d'Hooghvorst fut d'annoncer aux ouvriers réunis sur la place de l'Hôtel-de-Ville, et qui demandaient du pain, que la régence avait donné l'ordre de leur en faire délivrer dans la journée, et d'inviter tous les citoyens de Bruxelles à se faire inscrire sur les contrôles de la garde bourgeoise et à se présenter avec les armes qu'ils pouvaient avoir ou se procurer chez les capitaines de leurs

Hôtel de Van Maanen, ministre de la justice a Bruxelles, incendié par le peuple le 26 août i83o. Fac-similé d'une lithographie appartenant à la collection de M. Th. Hippert.

sections respectives. Mais l'organisation et la distribution de la garde ne purent être assez rapidement achevées pour prévenir les désordres dont la partie tumultueuse et pillarde du peuple menaçait la tranquillité publique.

La foule se porta vers le Parc. En un instant les échafaudages disposés pour l'illumination du 24 sont brisés, entassés en bûchers et livrés aux flammes, le hangar construit au Vauxhall, et qui servait de dépôt aux lampions, est abattu, et les débris portés dans un énorme foyer disposé au milieu du bassin vert. Les verres de couleur sont foulés aux pieds. La garde bourgeoise parvient à déblayer le Parc et peut-être à préserver de la destruction cette magnifique promenade.

Toute la partie basse de la ville était rentrée dans la plus profonde tranquillité.

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