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CHAPITRE X

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Les marchés s'étaient rouverts; on allait en se promenant visiter les lieux témoins de la vengeance populaire.

Vers sept heures du soir, de nouveaux rassemblements se forment. Leur projet est de désarmer la garde bourgeoise; ils s'apprêtent à le réaliser en s'attaquant à des pelotons dispersés. La garde résiste; mais, forcée de se défendre, elle fait feu sur les assaillants et leur tue trois hommes. C'était au coin de la place Royale, près de l'hôtel de Belle-Vue.

Dans la nuit précédente, on avait porté l'incendie et la dévastation dans quelques fabriques aux environs de Bruxelles, à Uccle, à Forest, à Anderlecht; on prit des mesures pour que ces scènes de désordre ne pussent se renouveler, et l'on arrêta plusieurs incendiaires. Les habitants des faubourgs et des villages voisins s'empressèrent d'imiter les Bruxellois et de se former en gardes civiques.

Les événements de Bruxelles avaient jeté l'alarme parmi les villes voisines. Dès qu'elles apprirent l'issue des premiers efforts de la bourgeoisie, plusieurs d'entre elles voulurent suivre son exemple. A Liège et à Louvain, les citoyens se rendirent maitres des postes occupés par les troupes. A Namur et à Mons, on dut employer la force pour arrêter l'élan des habitants. Anvers et Gand seuls, loin de prendre part au mouvement, désapprouvèrent hautement la conduite de quelques meneurs qui, selon eux, voulaient plonger le pays dans le deuil et la misère.

Dans cette dernière ville surtout le gouvernement gorgeait d'or les fabricants pour les aider à

occuper leur nombreux personnel, qu'ils auraient dù renvoyer de leurs ateliers; et ces fabricants se servaient, à leur tour, de cette masse d'ouvriers qu'ils rémunéraient largement et dont ils se servaient comme d'un épouvantail, pour contenir le reste de la population toujours prête à se soulever.

A Bruxelles, où l'on ne pouvait user des mêmes moyens, le peuple était en pleine révolte; sans considérer la cause qui avait fait courir aux armes, on voulait profiter de l'attitude hostile que l'on avait prise, pour arriver au résultat que les sollicitations et les supplications de tout un pays n'avaient pu obtenir. Le renvoi il. 38

Garde urbaine de Bruxelles.

D'après une ancienne estampe.

(Collection de M. De Heyn.)

de Van Maanen, l'abolition de la mouture et de l'abatage, étaient les deux points sur lesquels le peuple insistait particulièrement, et il avait juré de ne déposer les armes qu'après avoir obtenu pleine satisfaction. C'est en vain que les notables, dans la crainte de se compromettre et cherchant, d'autre part, à dominer la multitude pour ne pas être dominés par elle, essayaient de parer d'un vernis de légalité ces vœux légitimes et de soumettre en quelque sorte la fièvre révolutionnaire à un régime administratif, le peuple restait sourd à leurs conseils platoniques.

Des soldats occupaient encore, avec l'autorisation du commandant de la garde bourgeoise, le poste de la prison des Petits-Carmes; le peuple s'offensa de voir, dans une ville où il chantait victoire, des postes qui ne portaient pas les nouvelles couleurs qu'il avait adoptées. Pour calmer son mécontentement, on envoya des officiers bourgeois vers les généraux Aberson, Wauthier et de Bylandt, stationnés avec leurs troupes devant les palais. Sur leur réclamation, l'ordre fut donné de livrer le poste des Petits-Carmes à la garde bourgeoise.

Cependant M. le général de Bylandt fit entendre qu'un renfort considérable de troupes était en marche sur Bruxelles et qu'il pourrait, avec leur aide, reprendre le service ordinaire des postes de la ville et décharger de ce soin la garde bourgeoise. L'attitude conciliatrice prise par une partie de la population autorisait encore l'autorité militaire à ne voir dans ce mouvement qu'une émeute pour la répression de laquelle il suffirait de montrer des baïonnettes. Mais l'annonce de l'approche des troupes, répandue dans Bruxelles, exaspéra non seulement le peuple, mais encore tous les gardes bourgeois, qui virent dans cette mesure une réaction imminente. Partout on criait aux armes, on parlait de former des barricades à l'instar de Paris, dont les journées de juillet étaient si présentes à la mémoire des Belges. On résolut de s'opposer de vive force à l'entrée des troupes; on voulait même prendre l'initiative en attaquant celles qui se trouvaient encore devant les palais.

M. d'Hooghvorst, commandant de la garde bourgeoise, se détermina à aller représenter aux généraux ce qui se passait dans la ville; il s'adjoignit MM. Vandersmissen, commandant en second, Fleury, Palmaert fils, Pletinckx, le comte Vanderburch et le comte de Bocarmé, et se rendit avec eux au palais, où s'ouvrirent les conférences. Pendant tous ces débats, la régence, perdue dans la bagarre et impuissante à prendre une résolution, fut forcée, par quelques citoyens qui avaient pu pénétrer jusqu'à la salle des délibérations, d'envoyer une commission pour s'informer du résultat des conférences. Si l'ordre de faire entrer les troupes n'était pas révoqué, la régence elle-même devait se porter au-devant d'elles, conjurer les chefs de suspendre leur marche et leur représenter les funestes conséquences de leur refus.

Cette commission, formée et envoyée vers deux heures, rencontra les chefs de la bourgeoisie armée, rapportant la nouvelle que les troupes n'entreraient pas en ville; que celles qui se trouvaient stationnées au palais continueraient à y demeurer, sous

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