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CHAPITRE X

Louvanistes avaient reçu à coups de fusil les dragons envoyés contre eux, et tué l'officier qui les commandait.

L'attitude des Belges avait aujourd'hui un tout autre caractère : armés d'abord pour empêcher le désordre, ils profitèrent de leur force momentanée pour réclamer avec autorité le redressement de griefs qu'ils avaient jusqu'ici humblement sollicité, mais toujours en vain. On essaya de les abuser par de vaines temporisations. Les princes leur avaient fait même des promesses bienveillantes, qui ne se réalisaient pas. Aussi le peuple resta en armes. Il lui fallait une réponse prompte, précise. L'hésitation était fatale, elle amena la défiance.

On ne se borna plus à demander la démission de Van Maanen; on voulut la séparation des deux parties du royaume, et l'on manifesta l'intention formelle d'appuyer ce vœu par les armes. De toutes parts on envoyait à Bruxelles des députutions pour demander à la capitale ce qu'il fallait faire, si l'on pouvait agir, et on réclamait avec ardeur le signal désiré. Les chefs qui s'étaient emparés d'un mouvement qui les débordait à tous moments voulaient encore rester dans la légalité qu'ils ne croyaient pas violée; de là l'irrésolution qui agita Bruxelles et par suite les autres villes jusqu'au 23 septembre, et qui fut la source de ces accusations de

trahison, prodiguées à des hommes respectables qui, reculant devant les maux dont leur patrie était menacée, espéraient gagner par la douceur ce qu'ils craignaient ne pas obtenir par la force.

Quoi qu'il en soit, à peine avait-on réclamé La séparation de la Belgique d'avec la Hollande, que le roi accorda le renvoi de Van Maanen. Cette mesure, prise quelques jours plus tôt, eût calmé tous les esprits; maintenant on voulait davantage; qu'importait à la Belgique que Van Maanen fût ou non ministre de la justice en Hollande, puisque les deux États devaient être séparés? Le roi, disait-on, paraissait ne pas désapprouver cette proposition. Mais alors pourquoi ne pas se prononcer franchement, pourquoi ces préparatifs de guerre, ces mouvements de troupes, cette

Charles Rogier en 1880.

D'après une photographie de MM. Géruzet frères.

espèce de blocus de Bruxelles, de Liège et de Louvain? Pourquoi ce langage furibond des journaux hollandais?... Les Belges restaient toujours dans l'incertitude. On s'armait sans savoir si l'on ferait usage de ses armes; des auxiliaires arrivaient de Liège, de Louvain; quelques canons étaient au pouvoir des bourgeois : le temps se passait en discussions; les villes de Gand et d'Anvers se prononçaient contre la séparation, objet des vœux les plus ardents des autres provinces, qui à leur tour développaient leurs motifs en faveur de la scission.

Dans cet état de choses, le roi Guillaume publia la proclamation suivante :

La Providence divine qui a daigné accorder à ce royaume quinze années de paix avec l'Europe entière, d'ordre intérieur et de prospérité croissante, vient de frapper deux provinces de calamités sans nombre, et le repos de plusieurs provinces limitrophes a été troublé ou menacé.

A la première nouvelle de ces désastres, nous nous sommes hâté de convoquer extraordinairement les Etats généraux qui, aux termes de la loi fondamentale, représentent tout le peuple belge, afin d'aviser, de concert avec leurs nobles puissances, aux mesures que réclament l'état de la nation et les circonstances présentes.

En même temps nos fils bien-aimés, le prince d'Orange et le'prince Frédéric des Pays-Bas, ont été chargés par nous de se rendre dans ces provinces, tant pour protéger, par les forces mises à leur disposition, les personnes et les propriétés, que pour s'assurer de l'état des choses et pour nous proposer les mesures les plus propres à calmer les esprits.

Cette mission remplie avec une humanité et une générosité de sentiments que la nation appréciera, nous a confirmé l'assurance que là même où elle se montre le plus agitée, elle conserve et proclame l'attachement à notre dynastie et à l'indépendance nationale, et quelque affligeantes que soient pour notre cœur les circonstances parvenues à notre connaissance, nous n'abandonnons pas l'espoir qu'avec l'aide de la puissance divine, dont nous invoquons le secours dans cette occasion grave et douloureuse, et la coopération de tous les gens de bien et des bons citoyens dans les différentes parties du royaume, nous parviendrons à ramener l'ordre et à rétablir l'action des pouvoirs légaux et le règne des lois.

Nous comptons à cet effet sur le concours des États généraux. Nous les inviterons à examiner si les maux dont gémit la patrie tiennent à quelque vice dans les institutions nationales et s'il y aurait lieu de modifier celles-ci, et principalement si les relations établies par les traités et la loi fondamentale entre les deux grandes divisions du royaume devraient, dans l'intérêt commun, changer de forme et de nature.

Nous désirons que ces importantes questions soient examinées avec soin et une entière liberté, et aucun sacrifice ne coûtera à notre cœur lorsqu'il s'agira de remplir les vœux et d'assurer le bonheur d'un peuple dont la félicité a fait de notre part l'objet des soins les plus constants et les plus assidus.

Mais, disposé à concourir avec franchise et loyauté, et par des mesures larges et décisives, au salut de la patrie, nous ne sommes pas moins résolu à maintenir avec constance les droits légitimes de toutes les parties du royaume, sans distinction, et à ne procéder que par les voies régulières et conformes aux serments que nous avons prêtés et reçus.

Belges ! habitants des diverses contrées de ce beau pays plus d'une fois arraché par la faveur céleste et l'union des citoyens aux calamités auxquelles il était livré, attendez avec calme et confiance la solution des graves questions que les circonstances ont soulevées. Secondez les efforts de l'autorité pour maintenir l'ordre intérieur et l'action des lois là où ils n'ont pas été troublés, et pour les rétablir là où ils ont souffert quelque atteinte. Prêtez force à la loi afin qu'à son tour la loi protège vos propriétés, votre industrie et votre sûreté personnelle. Que les distinctions d'opinions s'effacent devant les dangers croissants de l'anarchie, qui dans plusieurs localités se présente sous les formes les plus hideuses, et qui, si elle n'est prévenue ou repoussée par les moyens que la loi fondamentale met à la disposition du gouvernement, joints à ceux que fournit le zèle des citoyens, portera d'irréparables coups au bien-être individuel et à la prospérité nationale. Que les bons citoyens séparent partout leur cause de celle des agitateurs, et que leurs généreux efforts pour le rétablissement de la tranquillité publique, là où elle est encore à chaque instant menacée, mettent enfin un terme à des maux si grands et permettent d'en effacer, s'il se peut, jusqu'aux traces.

Cette proclamation exaspéra tous les Bruxellois; on voulait en appeler aux armes, aller attaquer les troupes à Vilvorde, créer un gouvernement provisoire. L'anxiété se répandit de nouveau par toute la ville.

Le 8 septembre l'état-major de la garde bourgeoise se réunit aux membres des

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