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CHAPITRE X

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d'autres postes il fraternisa avec les bourgeois, qui lui promirent de marcher avec lui à l'ennemi. Le tambour battait dans plusieurs directions.

Bruxelles était sans autorité, livré à ses habitants, à lui-même; et pourtant, chose admirable, aucun désordre grave ne signala cette absence de pouvoir. Tous les citoyens étaient animés du seul désir de défendre leurs foyers : le peuple, armé et enrégimenté sous des chefs qu'il s'était donnés, préparait diverses expéditions. On parlait de marcher sur Vilvorde et de repousser un ennemi dont on n'avait que trop longtemps supporté la présence.

Dans l'après-midi de ce jour, une réunion du peuple armé et de la garde bourgeoise eut lieu sur la place de la Monnaie. C'était un spectacle admirable : ici des hommes mal vêtus, armés de piques, de fourches, de couteaux et précédés d'un héraut, portant l'ancienne épée toute rouillée de saint Michel, que l'on avait trouvée dans la tour de l'hôtel de ville; plus loin des compagnies dont les rangs étaient formés d'hommes du peuple, de soldats belges qui avaient abandonné le drapeau hollandais et qui portaient encore l'uniforme de leur régiment. En ce moment la compagnie franche de chasseurs Chasteler traversa la place; elle marchait à la rencontre des Louvanistes pour faciliter leur arrivée dans Bruxelles. Elle fut chaleureusement acclamée par la foule.

Dans les rues de la ville on promenait un étendard tricolore, en annonçant la formation d'un gouvernement provisoire composé de MM. de Potter, d'Oultremont, Gcndcbien (i); on annonçait l'arrivée prochaine de de Potter, et ces nouvelles étaient reçues avec acclamation.

Cependant les troupes s'approchaient de Bruxelles; déjà elles avaient pris position du côté de la chaussée de Schacrbcek, à Dicghem et à Ever, à trois quarts de lieue de la ville. Dès que l'on découvrit leurs éclaireurs, on sonna le tocsin, on battit la générale darfs les rues, et en un instant le peuple et les gardes bourgeoises furent sur pied. Les portes de la ville, entourées de larges fossés et fortifiées par de nombreuses barricades, furent occupées par des postes de citoyens. Les retranchements se garnirent de défenseurs; deux pièces de canon furent placées près de la porte de Schaerbeek et on attendit avec résolution l'arrivée de l'ennemi.

Les troupes ne paraissant pas, des détachements nombreux de volontaires, conduits par L. Grégoire et Charles Rogier, sortirent de la ville pour marcher à leur rencontre. Un engagement eut lieu avec les postes avancés, un peu en deçà de Dicghem. Plusieurs militaires furent tués; les volontaires perdirent deux des leurs et rapportèrent quelques blessés.

A la nouvelle de cet engagement et de l'approche du prince Frédéric qui annonçait définitivement sa marche sur Bruxelles, tous les habitants se mirent avec une nouvelle ardeur à la construction des barricades; les rues furent dépavées; les pavés transportés

(i) Une affiche reproduisit les noms qui avaient déjà été inscrits sur un drapeau liégeois, solennellement promené dans la ville : Gouvernement provisoire, de l'otter, d'Oultremont (de Liège), Gendebien. Mais ce gouvernement ne donna pas même signe d'existence. (Th. Juste, La Révolution belgt de i83o, II, p. 107.)

aux étages supérieurs; femmes, enfants, vieillards, tous mettaient la main à l'œuvre; la ville était devenue presque impraticable. Une grande partie de la nuit fut consacrée à ces préparatifs.

Vers une heure du matin, l'ennemi poussa des reconnaissances vers les postes avancés. Le tocsin fut sonné aussitôt et toute la population fut sur pied en un instant. Les détachements hollandais s'étaient déjà éloignés.

Attaque contre les troupes hollandaises dans les plaines de Dieghem le mardi 21 septembre i83o. Fac-similé d'un dessin de I'. Lauters, communiqué par M. Th. Hippert.

Le mercredi 22, on vit revenir la compagnie franche partie la veille pour Louvain (1); elle était accompagnée de i5o volontaires louvanistes, conduits par Adolphe Roussel. Ces braves avaient rencontré au-dessous de Cortenbergh un détachement de dragons avec de l'artillerie; mais ceux-ci n'avaient pas jugé à propos de les attaquer.

Des combats continuels furent livrés toute la journée hors des portes de Flandre et de Schaerbeek. La fusillade se faisait entendre sans relâche. Des volontaires sortaient en foule pour voler au secours de leurs frères; on se vit forcé d'interdire la sortie des portes aux hommes armés; dans l'ardeur du combat, on eût laissé la ville

(1) Cette compagnie, commandée par Pierre Rodenbach (de Roulers), ancien officier de l'empire, avait pour lieutenants Niellon (de Strasbourg), qui lui aussi avait servi dans l'armée française, et Bruno Renard, commandant des volontaires de Tournai. (Th. Juste, La Révolution belge, t. II, p. 108.)

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