‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 143 sur 192 · DEUXIÈME JOURNÉE, VENDREDI 24 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME JOURNÉE, VENDREDI 24 SEPTEMBRE

A en juger par le silence qui régnait dans toute la ville, on se serait cru délivré du fléau de la veille; le tocsin même se taisait. Pourtant les patriotes avaient travaillé

à renforcer les barricades. Des détachements d'auxiliaires wallons étaient arrivés par les portes de H al et d'Anderlecht.

Il était environ huit heures et demie du matin quand le feu recommença sur toute la ligne.

Pendant la nuit les Hollandais s'étaient emparés des maisons de la rue de Namur et de tout le quartier qui s'étendait de là jusqu'au jardin du palais du roi. A peine ce mouvement fut-il connu, que nos volontaires travaillèrent à débusquer l'ennemi. Vigoureusement soutenus par une pièce de canon placée au bas de la rue de Namur, les bourgeois reprirent les maisons une à une et refoulèrent les troupes sur le palais. Si le feu croisé de deux pièces, l'une en batterie sur la barricade de la Montagne de la Cour et l'autre sur la barricade du Pont-de-Fer, empêchait les Hollandais de s'avancer vers la place Royale, de son côté, l'artillerie ennemie placée tantôt à la grille du Parc, tantôt dans le voisinage du bassin, contenait les volontaires et les empêchait de pénétrer dans le Parc. Des patriotes résolus se glissèrent alors le long des maisons, pénétrèrent dans Y hôtel de Belle-Vue et dans le café de l' Amitié et, du haut des fenêtres de ces édifices, dirigèrent une fusillade meurtrière sur les grenadiers et les chasseurs que ne protégeaient pas toujours les massifs derrière lesquels ils se tenaient embusqués.

A la Montagne du Parc où, à cause de la déclivité du terrain, la mitraille et les boulets de l'ennemi portaient trop haut, nos tirailleurs soutinrent héroïquement le feu de leurs adversaires et gardèrent leurs positions.

Les patriotes se battaient avec bravoure, avec persévérance, sans faire toutefois des progrès notables. Les troupes royales, restées maîtresses des faubourgs de Schaerbeek et de Louvain, continuaient à occuper les palais, le Parc et l'hôtel des Etats généraux.

Ne pouvant éloigner les patriotes qui les enfermaient dans un cercle de feu, le prince Frédéric essaya de la terreur pour avoir raison de la bourgeoisie. A quatre heures du soir, il fit dresser une batterie d'obusiers sur les buttes qui s'élevaient alors derrière le palais du prince d'Orange (aujourd'hui le quartier Léopold). Deux cents obus et des fusées furent lancés sur la ville. Un d'eux éclata sur les bâtiments du Manège communal, situé rue des Douze-Apôtres, et mit le feu au grenier à fourrages qui contenait au delà de 7,000 bottes de paille.

Cet incendie fut le plus désastreux et le plus étendu de ceux qui désolèrent Bruxelles dans cette journée. Parmi les nombreux citoyens qui travaillaient à l'éteindre, trois bourgeois et un pompier furent blessés, presque au milieu des flammes, par les balles des grenadiers qui, des escaliers de la Bibliothèque et des maisons qui les dominent du côté du Parc, dirigeaient sur le bâtiment incendié des feux de peloton et la mitraille de deux canons qu'ils avaient à leur disposition.

Déjà les Hollandais avaient porté la dévastation et la flamme dans une quinzaine de maisons au boulevard. Leur dessein paraissait être de détruire la ville.

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