‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 146 sur 192 · II · texte numérisé non relu

II

la fusillade recommença. Déjà la générale et le tocsin appelaient tout le peuple aux armes, lorsque deux émissaires du prince Frédéric, étant parvenus jusqu'au commandant en chef, lui communiquèrent la mission dont le prince les avait chargés. Il offrait une suspension d'armes. Cette proposition, faite en termes vagues et inacceptables, fut repoussée à l'hôtel de ville.

Le quartier général du prince Frédéric était toujours à Schaerbeek, derrière le Jardin Botanique. Sa cavalerie, appuyée de deux batteries d'artillerie, circulait à l'intérieur des boulevards, prête à se porter aux points les plus menacés.

La batterie fixe, placée à la porte de Schaerbeek, continuait à balayer la rue de ce nom, et la rue Royale jusqu'à la rue de Louvain.

A dix heures, six pièces de canon attelées chacune de six chevaux arrivèrent au galop par la rue Ducale, et après avoir tiré plusieurs volées à droite et à gauche du Vauxhall, allèrent prendre position dans le Parc. Cette batterie volante paraissait successivement aux débouchés des allées, vomissant la mitraille sur les groupes de tirailleurs qui harcelaient l'ennemi de trop près.

Le Parc, la rue Ducale, les boulevards étaient enveloppés dans d'épais nuages de fumée. Les maisons tremblaient; le bruit du canon étouffait celui des cloches.

Ce fut à ce moment que quelques Liégeois s'écrièrent qu'il fallait attaquer le Parc à l'arme blanche; que peu importait le nombre des ennemis; qu'on les compterait lorsqu'ils seraient tués.

Leur ardeur se communiqua à d'autres patriotes. Un jeune homme de Waterloo s'empara du drapeau brabançon et pénétra dans le Parc, suivi d'une centaine d'autres braves. Mais bientôt, décimés par la mitraille, ils furent obligés de se replier, et le drapeau belge fut replacé sur le sommet de la barricade du Treurenberg.

Vers midi, deux escadrons de lanciers débouchèrent dans la rue Ducale, mirent pied à terre et pénétrèrent dans le palais des États généraux où l'infanterie hollandaise qui l'occupait avait le plus pressant besoin de renfort.

On constata que les réserves ennemies placées aux portes de Schaerbeek et de Namur s'étaient développées sur les boulevards : d'une part jusqu'à la Senne dont le pont avait été brûlé, de l'autre jusqu'à proximité de la porte de Hal. La ligne de bataille avait alors atteint son plus grand développement ; elle embrassait plus des deux tiers de l'enceinte de la ville.

Mais ce mouvement ne s'était pas opéré sans de grandes pertes de la part des Hollandais, car les soldats ne pouvant pénétrer et se maintenir dans toutes les maisons des boulevards et des rues qu'ils avaient successivement occupées, les volontaires patriotes s'introduisaient par les jardins et les cours dans les maisons inoccupées et de là exterminaient les ennemis qui s'avançaient en ordre de bataille. La lutte fut acharnée. Ce genre de guerre fut surtout pratiqué sur le boulevard de Waterloo, aux murs extérieurs des Petits-Carmes, à l'hôtel d'Arenberg et sur toute la longueur de la rue aux Laines.

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