CHAPITRE X
Le dernier coup de feu fut tiré à sept heures. Cette fois encore l'ennemi ne fit aucune tentative pour surprendre les postes des patriotes qui restèrent de nouveau sans défense pendant la nuit.
Dans cette troisième journée, les patriotes perdirent 120 hommes; du côté des Hollandais on compta au delà de 3oo tués. Plus de soixante chariots emportèrent leurs blessés par les portes de Louvain et de Schaerbeek.
Les hôpitaux Saint-Jean, Saint-Pierre et des Minimes furent encombrés de blessés belges avant la fin de la journée. Les ambulances établies aux chapelles Sainte-Anne, de la Madeleine et de Salazar ne pouvaient plus admettre personne. Les médecins de Bruxelles se multipliaient prodiguant partout leurs soins.
Dans la soirée, de nouveaux renforts arrivaient de tous côtés. Des volontaires de Nivelles racontaient que, dans leur ville, la garde communale avait fait feu sur le peuple et que trois bourgeois avaient été tués et dix-sept blessés.
De nombreux auxiliaires de Fleurus, Gosselies, Jumet, Gilly, Perwez, Leuze, et une avant-garde de 60 Borains et 60 hommes de Lierre arrivèrent pendant la nuit, chaque contingent précédé d'un drapeau et les volontaires portant sur leur bonnet les initiales du nom de leur commune.
Une vingtaine de déserteurs se présentèrent aussi, à la porte d'Anderlecht, tambour battant et conduits par des sous-officiers.
La troisième nuit de la bataille fut loin d'être aussi calme que les précédentes. Le tocsin des paroisse's du bas de la ville ne cessa de sonner que vers une heure du matin; des coups de fusil se faisaient entendre par intervalles sur tous les points de la ville.
Cette journée fut une des plus mémorables et peut-être la plus décisive de la révolution.
Mais pendant que le peuple combattait avec une vaillance héroïque pour conquérir son indépendance, le pouvoir provisoire que les circonstances, plutôt que le choix de la population, avaient mis entre les mains de MM. Vandcrlinden d'Hooghvorst et Rogier, s'y consolidait de minute en minute au bruit du canon et presque sous les boulets de l'ennemi. Tout marchait et s'organisait comme par enchantement : service des vivres et des munitions, logements pour les braves auxiliaires arrivés des villes environnantes. Il était pourvu à tous les besoins autant qu'il était possible dans ces moments de trouble. Ces deux hommes, qui n'avaient d'autres titres que leur dévouement à la chose publique, possédaient une immense popularité; la multitude se groupait autour d'eux et les entourait de son respect.