QUATRIÈME JOURNÉE, DIMANCHE 20 SEPTEMBRE
Le prince Frédéric commençait à comprendre l'inutilité de ses efforts; la veille, dans la soirée, il fit une dernière tentative pour négocier, mais la réponse prompte
et énergique qu'il reçut cette fois de la commission administrative : Nous ne traiterons jamais avec des incendiaires, lui apprit bientôt la volonté décisive des Belges. Dès lors on se disposa de part et d'autre à recommencer la lutte avec un nouvel acharnement. Les patriotes comprenaient la nécessité d'en finir.
La journée du 26 était un dimanche; les cloches de toutes les paroisses, à l'exception de celles de Sainte-Gudule et de Coudenberg, annoncèrent les services divins pour la première fois depuis le commencement des hostilités.
Dès le matin, un nouveau gouvernement provisoire, né des circonstances et composé de MM. Vanderlinden d'Hooghvorst, Ch. Rogier, Félix de Mérode, Gendebien, Van de Weyer, Jolly, J. Vanderlinden, de Coppin et J. Nicolaï, fit afficher sur les murs de Bruxelles une proclamation qui annonçait la rupture de tous liens avec la Hollande. Cette affiche fit son effet et fut généralement approuvée : elle donnait satisfaction à l'opinion publique, qui voyait que dès lors ses vœux seraient accomplis.
Dès six heures du matin, des coups de fusil retentirent par intervalles dans la rue Royale ; les tambours battirent le rappel dans toute la ville et le tocsin commença à se faire entendre à huit heures.
Le Parc paraissait tranquille; on n'y apercevait personne. De nombreux tirailleurs hollandais se tenaient immobiles dans la rue Ducale.
Entre huit et neuf heures, l'ennemi concentra ses réserves et réunit son artillerie, comme pour une double attaque contre la place et la rue Royale. Il masqua ses lignes par un rideau de tirailleurs, dans le but de nous attirer sur leurs masses.
Du côté des patriotes, voici quelles furent les dispositions que le général en chef, en vue des préparatifs de l'armée hollandaise, s'empressa de prendre pour parer aux éventualités et, au besoin, pour commencer l'attaque :
Le comte Vander Meeren fut chargé de tenir l'armée en échec vers l'entrée de la rue Royale; de gagner autant de maisons que possible pour retrancher les volontaires et de s'établir de plus en plus dans les hôtels faisant face au Parc.
Le général Mellinet devait prendre les mêmes dispositions à partir du café de l'Amitié et de Y hôtel de Belle-Vne.
Les forces qui se trouvaient au centre devaient se déployer, à l'abri de la dernière barricade de la Montagne du Parc.
Les volontaires de Leuze furent envoyés aux retranchements de la rue de Schaerbeek pour observer les dernières réserves de l'ennemi stationnées au Jardin Botanique.
Un autre détachement fut envoyé avec la même mission rue Notre-Dame-aux- Neiges et dans les ruelles avoisinantes.
Toutes ces dispositions furent exécutées avec ordre et précision.
A dix heures, l'armée hollandaise s'ébranla. Ses nombreux tirailleurs s'avancèrent sur tout le front du Parc, jusqu'à une portée de pistolet de nos retranchements;