‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 150 sur 192 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

mais, à un signal donné, un feu général parti de notre ligne arrêta court l'élan des Hollandais.

On s'était établi dans Y hôtel de Belle-Vue, au café de l'Amitié et dans la maison Benard. C'est là que Pellabon, un des chefs des volontaires, et Vereecken avec les volontaires de Wavre et de Gosselies restèrent embusqués en tirailleurs.

L'un d'eux, M. de l'Escaille, de Wavre, chasseur habile, s'était placé dans les gouttières de Y hôtel de Belle-Vue, et de là il abattit plus de vingt grenadiers hollandais, à mesure qu'ils passaient la tête hors du ravin du Parc. Trois hommes rechargeaient ses fusils.

De leur côté les volontaires qui étaient parvenus à percer les murs intérieurs des maisons jusqu'à la dernière donnant sur le passage de la Bibliothèque délogeaient les grenadiers qui occupaient cette importante position. Ce fait d'armes, un des plus considérables de la journée, nous rendait maitres de toute la partie de la rue Royale longeant le Parc et permettait au général Mellinet de faire librement manœuvrer son artillerie sur tout ce parcours.

Dès ce moment une vive fusillade s'engagea de part et d'autre aux alentours du Parc, mais sans aucun résultat notable.

Les généraux hollandais sentirent enfin qu'une attaque désespérée pouvait seule empêcher le découragement et peut-être la défection de leurs soldats.

A midi, des pelotons d'avant-garde, secrètement formés derrière les arbres du Parc, en sortirent brusquement et s'élancèrent au pas de course vers cette place Royale si disputée depuis trois jours; ils étaient soutenus par deux batteries et suivis par des colonnes compactes qui débouchèrent par la rue Ducale et la place des Palais.

Les milliers de volontaires qui défendaient la place soutinrent vaillamment ce choc terrible. L'ennemi, comprenant la nécessité de s'emparer de Yliôtel de Belle-Vue d'où une poignée de braves décimaient leurs rangs, revint plusieurs fois à la charge, et deux heures se passèrent à prendre et à abandonner tour à tour le peu d'espace qui séparait la barricade des premiers arbres du Parc. Quelques-uns de nos braves, emportés par leur ardeur, gagnèrent le grillage d'entrée et s'embusquèrent derrière les ruines amoncelées qui l'entouraient.

L'ennemi fit alors avancer, mais inutilement, de nouveaux renforts d'artillerie pour mitrailler nos positions.

L'adresse et le courage de nos canonniers suppléèrent d'une manière admirable au petit nombre de pièces dont ils disposaient et avec lesquelles Charlier et ses camarades se couvrirent de gloire.

Repoussée dans sa troisième attaque et poursuivie de toutes parts par les nôtres, l'armée hollandaise ne dut son maintien dans le Parc qu'aux forces considérables qui étaient retranchées dans les bas-fonds et à l'occupation des trois palais, devenus pour elle des forteresses qui empêchaient les patriotes de poursuivre leurs succès.

3,ooo hommes de ses meilleures troupes venaient d'être repoussés et vaincus.

Cet insuccès ne découragea pas notre adversaire. Il tenta une nouvelle sortie du côté de la rue Royale. Le général Mellinet, qui suivait ce mouvement, laissa les troupes s'engager dans cette direction. Alors seulement il démasqua ses deux canons, près de la barricade du Treurenberg; sa mitraille enfila les colonnes hollandaises, démonta en peu d'instants quatre de leurs pièces et força les soldats à reculer jusque dans le Parc.

Ces attaques se renouvelèrent quatre fois, mais toujours sans résultat. U hôtel de Belle-Vue était le principal objectif des Hollandais. Durant toute cette journée, la batterie ennemie placée devant le palais du prince d'Orange, et même plus près, canonna si vivement l'hôtel que ses défenseurs craignirent plusieurs fois de le voir s'écrouler ou devenir la proie des flammes. Aussi Pellabon crut prudent de faire descendre ses soldats dans le bas de l'hôtel; il fit pratiquer des meurtrières dans les portes et les murs, et par un feu continu parvint à refouler l'ennemi dans les bas-fonds du Parc.

Pendant que nos héroïques volontaires concentraient tous leurs efforts pour repousser les assauts renouvelés des Hollandais à la place Royale, des engagements partiels avaient lieu rue Royale et, après une lutte acharnée, un détachement d'intrépides citoyens parvint à déloger successivement les soldats des maisons qu'ils y occupaient, et à se frayer un passage jusqu'à la rue de la Loi. De là ils pénétrèrent, par l'intérieur des maisons, jusqu'à l'hôtel Torrington attenant au palais des Etats généraux qu'ils incendièrent pour en chasser les soldats.

Cet incendie dura jusqu'à la nuit et personne ne songea à y porter secours, car les balles sifflaient sans cesse à travers les flammes.

Il fallait cependant, dans l'état des choses et de la bataille, faire des diversions, attirer l'armée sur d'autres points pour paralyser en partie les efforts que, concentrée dans le Parc, elle tentait continuellement contre la place Royale. A cet effet, une attaque par la rue Verte, sur les derrières du palais, fut concertée et confiée à M. de Culhat. 200 hommes furent mis à sa disposition, et l'extrême gauche de l'ennemi, vivement assaillie, fut délogée des cours et jardins qu'elle occupait.

Cette tactique fut encore secondée par l'arrivée de 400 volontaires de Gosselies, renforcés par ceux de Charleroi. Sortis par la porte de Hal, ils firent un long détour par Ixelles, pénétrèrent jusqu'au faubourg de Namur et inquiétèrent tellement les troupes, qui se croyaient là à l'abri de toute attaque, qu'elles durent se replier sur le boulevard de Waterloo.

La journée se passa ainsi de part et d'autre en attaques sans cesse renouvelées, dont le théâtre était la place du Palais et les environs du Parc.

Il était près de quatre heures. Les Hollandais toujours repoussés avec perte par les patriotes venaient de reprendre leurs positions dans le Parc. Electrisés par le succès, les volontaires de Nivelles, parmi lesquels se trouvaient deux femmes, ceux

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