CHAPITRE X
intervention étrangère qu'il fallait repousser à tout prix; qu'un seul intérêt, l'indépendance nationale, devait dominer tous les autres; qu'elle était perdue si l'on ne repoussait l'ingérence des gouvernements étrangers dans une affaire qui ne regardait que la Belgique, et qu'ils voteraient pour la proposition. » Elle fut adoptée par 161 voix contre 28.
Le 24 novembre, le président du Congrès, au milieu d'un silence profond, prononça
SEAA
Fac-similé d'une lithographie de P. Lauters, appartenant à la collection de M. Molenschot.
ces paroles solennelles : « Le Congrès national de la Belgique déclare, au nom du peuple belge, que les membres de la famille d'Orange-Nassau sont à perpétuité exclus de tout pouvoir en Belgique. -
Aucun cri n'accueillit cet arrêt national ; mais lorsque le président annonça que la séance était levée, de longues acclamations retentirent dans les tribunes et aux abords du palais législatif.
Les décrets du 18, du 22 et du 24 novembre i83o furent les préliminaires de l'œuvre imposée au Congrès. Ces actes décisifs devinrent les fondements de la Constitution. Après une longue discussion, elle fut adoptée à l'unanimité le 5 février i83i, promulguée le 7 février et déclarée exécutoire le 26 février i83i.
Le président ayant demandé que le Congrès donnât a ce premier acte de la souveraineté d'un peuple devenu libre une ratification plus solennelle, tous les ' 11. 5o
membres se levèrent spontanément et sanctionnèrent par des applaudissements prolongés la charte qui allait remplacer la loi fondamentale de i8i5. L'article 126 de la nouvelle charte porte :
« La ville de Bruxelles est la capitale de la Belgique et le siège du gouvernement. »
En élevant Bruxelles au rang de capitale du nouveau royaume, le Congrès avait voulu donner à notre ville un témoignage éclatant de reconnaissance pour sa conduite pendant les journées de septembre.
Le 3 février, le duc de Nemours avait été élu roi des Belges. Mais Louis-Philippe, qui connaissait les défiances de l'Europe et ne voulait pas courir les chances d'une guerre générale, refusa la couronne que les délégués du Congrès étaient allés offrir à son fils. Alors, sur la proposition du gouvernement provisoire, l'assemblée remplaça celui-ci par une régence, en se réservant toutefois le pouvoir législatif sans partage et le choix du chef définitif de l'Etat.
Le 24 février, le baron Érasme Surlet de Chokier, président du Congrès national, était nommé régent de la Belgique.
Il avait vu le jour à Liège en 1769 et avait fait successivement partie du Corps législatif de l'empire français et de la deuxième chambre des États généraux du royaume des Pays-Bas. Il habitait, entre Landen et Waremme, le château de Gingelom, où il avait occupé, sous l'empire, les fonctions de maire ou bourgmestre. Envoyé au Congrès par les électeurs de Hasselt, il avait été, le 11 novembre i83o, nommé président de notre Assemblée constituante. On vit alors s'avancer vers le bureau un homme d'une stature imposante et d'un aspect vénérable, « grand, fort, dit un contemporain, avec un nez en bec d'aigle, des yeux gris pleins de feu, de longs cheveux flottant négligemment sur ses épaules, une tournure sans façon, un sourire railleur ». Il se concilia bientôt toutes les sympathies du Congrès, dont il modérait les élans par une fermeté pleine de bonhomie, qu'il égayait aussi par des boutades imprévues, par de vives et mordantes reparties.
Officier porte-drapeau de la garde civique en i83o.
Collection de M. De Heyn.
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La présidence du Congrès valut à Surlet de Chokier la régence de la Belgique.
Le 25 février il prêta au sein du Congrès le serment constitutionnel.
« A sa sortie du palais de la Nation, les blessés de septembre et d'autres spectateurs voulurent dételer les chevaux de sa voiture afin de la traîner eux-mêmes. Pour se soustraire à cette ovation, le régent accepta le parapluie d'un citoyen qui se trouvait auprès de lui et se dirigea à pied vers le Parc. La garde civique ouvrit respectueusement ses rangs et le premier magistrat du pays, se dérobant aux acclamations dont il était l'objet, regagna sans appareil l'hôtel de la Banque, choisi pour sa résidence (i). »
Le 25 mars, le Courrier des Pays-Bas publia l'acte de Y Association nationale belge, arrêté le 23 en ces termes :
« I. Une association est formée à Bruxelles pour assurer l'indépendance du pays et l'exclusion perpétuelle des Nassau.
« IV. Les associés s'engagent sur l'honneur à défendre et à maintenir, au prix de tous les sacrifices, l'indépendance et la nationalité belges, à combattre les Nassau, à ne jamais transiger avec eux, à quelque extrémité que la patrie soit réduite, et à repousser toute agression hostile de la part de l'étranger.
En peu de jours, l'association compta un grand nombre d'adhérents. Elle avait recommandé de respecter l'ordre public et les propriétés : mais il était trop tard.
Déjà le peuple, excité par les provocations incessantes des feuilles orangistes, s'était déchaîné avec fureur contre les ennemis de la révolution (2). Les désordres
(1) Th. Juste, Histoire du Congrès national, t. Ier, p. 290. L'hôtel de la Banque, c'est-à-dire la demeure du gouverneur de la Société Générale pour favoriser l'industrie nationale, se trouvait rue Latérale.
(2) Un écrivain anglais, Charles White, qui résidait à Bruxelles, nous a laissé un tableau frappant de l'anarchie qui régnait alors en Belgique; et les survivants de i83o, les Bruxellois surtout, reconnaîtront la fidélité de ce tableau.
« La confusion, le désordre et la défiance étaient répandus dans tout le pays; le nom sacré de la liberté était avili par les excès commis en son nom. A Bruxelles, les habitants étaient dans un état d'alarmes continuelles, par la crainte des émeutes, des pillages et par les violations incessantes de la loi. Tantôt, sous prétexte de jeter la terreur dans le cœur des orangistes, et tantôt excités par les anarchistes du pays ou par des envoyés étrangers de la propagande qui affluaient dans la capitale, les agitateurs s'emparaient de la presse et s'introduisaient dans les tribunes de la chambre, afin d'empêcher les travaux législatifs par leurs vociférations. La salle du Congrès devenait souvent l'arène des discussions les plus extravagantes et les plus violentes, rendues encore plus désordonnées par de fréquents appels aux passions du public, de la part des principaux membres du parti du mouvement. Toute proposition, toute parole modérée ou tendant à amener des concessions, étaient accueillies par des clameurs de désapprobation. Le démon du désordre et de la guerre paraissait posséder une partie des députés et de l'auditoire. Confiants dans l'idée qu'ils pourraient entraîner la France dans leurs destinées, ils proposaient de sommer la conférence de fixer un terme pour un arrangement définitif, et, s'il ne pouvait avoir lieu, de défier l'Europe.
« Quoique le régent possédât un grand nombre de qualités privées, il était, comme homme public, faible et sans expérience. Les bonnes intentions des ministres, les efforts qu'ils faisaient pour substituer l'ordre au chaos, étaient contrariés par l'opposition de l'Association patriotique, dont les chefs étaient leurs plus grands ennemis. Le vaisseau de l'État, à la merci des éléments, naviguait entre des écueils. Il ne dut son salut qu'à la force des choses, et non à la sagesse de ses pilotes et d'un équipage indiscipliné. A Gand, une populace égarée dévastait les fabriques destinées à lui fournir sa subsistance journalière, et exerçait des outrages sur la personne des plus respectables citoyens. A Anvers, Malines, Y près et Mons, les pillages et les actes de violence s'exerçaient en plein jour et impunément. Le moment était critique et n'admettait aucun délai. Il était temps que la diplomatie fît un pas en avant. Son but n'était pas tant de sauver la Belgique de sa
commencèrent à Bruxelles dans la journée du 27 mars. Ils continuèrent dans la
nuit et jusque dans la matinée du 28, marquée par le saccagement de l'établissement de carrosserie des fournisseurs de l'ancienne cour.
Un nouveau ministère venait de se constituer. Son premier acte fut de mettre un terme à ces tristes excès. L'effervescence du peuple se calma lorsque, sur ses injonctions, les chefs de la garde civique et de l'armée (dont quelques-uns avaient hésité jusqu'alors) consentirent à prêter immédiatement serment de fidélité au chef provisoire de l'État et d'obéissance à la Constitution.
Les principaux membres du nouveau ministère étaient Joseph Lebeau, député de Huy, et Paul Devaux, député de Bruges. Ils assumèrent la tâche, à la fois périlleuse et glorieuse, de clore la révolution belge. Ils préparèrent l'avènement du prince Léopold de Saxe-Cobourg.
Quatre membres du Congrès, le comte Félix de Mérode, l'abbé de Foere, le vicomte Hippolyte Vilain XIIII et Henri de Brouckere furent chargés par le gouvernement de pressentir les intentions du prince avant de proposer sa candidature au Congrès. A cette fin, ils se rendirent à Londres, où ils arrivèrent le 20 avril; le prince les reçut le 22, et c'est alors qu'il leur adressa ces paroles remarquables :
« Toute mon ambition est de faire le bonheur de mes semblables; jeune encore, je me suis trouvé dans tant de positions singulières et difficiles, que j'ai appris à ne considérer le pouvoir que sous un point de
Musicien de la garde civique en i83o.
Collection de M. De Heyn.
destruction, car elle ne lui inspirait pas une très grande sympathie, que de l'empêcher d'entraîner les autres peuples dans sa ruine. Le seul plan à adopter était d'encourager l'élection immédiate d'un roi, sans dévier matériellement des stipulations auxquelles la reconnaissance de l'indépendance était attachée. » C'est aussi ce qui eut lieu.
Érasme-Louis bakon Surlet de Chokier, régent de la Belgique. Né à Liège le 29 septembre 1769, élu par le Congrès national le 24 février i83i. Fac-similé d'une lithographie de Simonau appartenant à la collection de M. De Heyn.
vue philosophique; je ne l'ai jamais désiré que pour faire le bien, et un bien qui reste. Si certaines difficultés politiques, qui me semblaient s'opposer à l'indépendance de la Grèce, n'avaient surgi, je me trouverais maintenant dans ce pays; et cependant je ne me dissimulais pas quels auraient été les embarras de ma position. Je sens combien il est désirable pour la Belgique d'avoir un chef le plus tôt possible ; la paix de l'Europe y est même intéressée. »
Nos députés revinrent à Bruxelles le 17 mai, et le 20, dans un comité secret, ils communiquèrent le résultat de leur mission à Londres et l'acceptation définitive du prince.
A la séance du 20 mai, 96 députés déposèrent sur le bureau la proposition formelle d'élire le prince de Saxe-Cobourg comme roi des Belges, et son élection fut votée le 4 juin par i52 voix contre 43.
Une nouvelle députation du Congrès, composée du président de l'assemblée, M. de Gerlache, des comtes Félix de Mérode, d'Arschot, Hippolyte Vilain XIIII et Duval de Beaulieu, du baron Osy, de l'abbé de Foere et de MM. Van de Weyer, Destouvelles et Thorn, fut chargée d'aller présenter au prince l'acte solennel qui l'appelait à régner sur la Belgique.
Le président, M. de Gerlache, prononça le discours suivant au nom du Congrès national :
« Monseigneur,
« La révolution belge est un fait accompli, le fait a été reconnu par les grandes puissances qui ont proclamé l'indépendance d'une nation réunie, contre sa volonté, à une nation étrangère. Les Belges, en se constituant, ont voulu fonder au dedans les libertés conquises au prix d'une lutte courageuse et montrer à l'Europe, par le choix du souverain destiné à garantir leur existence politique, le vif désir de concourir à la conservation de la paix générale. Désormais, rendus à eux-mêmes, invinciblement attachés à leur patrie, au gouvernement qu'elle s'est donné, ils opposeront une barrière redoutable à quiconque attenterait à leurs droits comme nation, et ils contribueront ainsi au maintien de l'équilibre européen.
« C'est un rare et beau spectacle, dans les fastes d'un peuple, que l'accord de quatre millions d'hommes libres déférant spontanément la couronne à un prince né loin d'eux et qu'ils ne connaissaient que par ce que la renommée publiait de ses éminentes qualités. Votre Altesse Royale est digne de cet appel, digne de répondre à cette marque de confiance. Le bonheur de la Belgique, et peut-être la paix de l'Europe entière, sont actuellement dans ses mains! Pour prix d'une noble résolution, Prince, nous ne craignons pas de vous promettre de la gloire, les bénédictions d'un bon et loyal peuple toujours attaché à ses chefs tant qu'ils ont respecté ses droits, et enfin une mémoire chère à la postérité la plus reculée. Ceux d'entre les Belges qui depuis quelque temps ont eu l'avantage d'approcher de Votre Altesse Royale et
d'apprécier les vues éclairées et la fermeté de son âme, ont osé penser qu'un prince doué de facultés si hautes saurait franchir tous les obstacles, s'il en rencontrait, pour accomplir ses grandes destinées.
« Au nom et d'après les ordres du Congrès national, la députation belge a l'honneur de remettre à Votre Altesse Royale l'acte solennel du 4 du présent mois qui l'appelle au trône de la Belgique.
« Au nom du Peuple belge,
« Le Congrès national « Décrète :
« Article Ier. — S. A. R. Léopold-Georges-Chrétien-Frédéric, prince de Saxe-Cobourg, est nommé roi des Belges, à la condition d'accepter la Constitution telle qu'elle est décrétée par le Congrès national.
« Article 2. — Il ne prend possession du trône qu'après avoir solennellement prêté, dans le sein du Congrès, le serment suivant : - Je jure d'observer la Constitution « et les lois du peuple belge, de maintenir l'indépendance nationale et l'intégrité du « territoire. «
« Charge le pouvoir exécutif de l'exécution du présent décret.
« Bruxelles, au Palais de la Nation, le 4 juin i83i.
- Le Président du Congrès national, - (Signé) E.-C. de Gerlache.
- Les Secrétaires, membres du Congrès national,
« (Signé) Liedts.
- Nothomb.
« Vicomte Vilain XII 1 1 .
- Henri de Brouckere. ■
Le prince de Saxe-Cobourg répondit :
« Messieurs,
- Je suis profondément sensible au vœu dont le Congrès belge vous a constitués les interprètes.
- Cette marque de confiance m'est d'autant plus flatteuse qu'elle n'avait pas été recherchée par moi.
« Les destinées humaines n'offrent pas de tâche plus noble et plus utile que celle d'être appelé à maintenir l'indépendance d'une nation et à consolider ses libertés.
« Une mission d'une aussi haute importance peut seule me décider à sortir d'une position indépendante et à me séparer d'un pays auquel j'ai été attaché par les liens et les souvenirs les plus sacrés, et qui m'a donné tant de témoignages de bienveillance et de sympathie.
« J'accepte donc, Messieurs, l'offre que vous me faites, bien entendu que ce sera au Congrès des représentants de la nation à adopter les mesures qui seules peuvent constituer le nouvel Etat et, par là, lui assurer la reconnaissance des Etats européens.
« Ce n'est qu'ainsi que le Congrès me donnera la faculté de me dévouer tout entier à la Belgique et de consacrer à son bien-être et à sa prospérité les relations que j'ai formées dans les pays dont l'amitié lui est essentielle, et de lui assurer, autant qu'il dépendra de mon concours, une existence indépendante et heureuse. »
Par la lettre suivante, le prince de Saxe-Cobourg faisait savoir qu'il acceptait éventuellement la couronne :
« Monsieur le Régent,
« C'est avec une sincère satisfaction que j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite datée du 6 juin. Les circonstances qui ont retardé ma réponse vous sont trop bien connues pour avoir besoin d'une explication.
« Quel que soit le résultat des événements politiques relativement à moi-même, la confiance flatteuse que vous avez placée en moi m'a imposé le devoir de faire tous les efforts qu'il a été en mon pouvoir pour contribuer à mener à une fin heureuse une négociation d'une si grande importance pour l'existence de la Belgique et peut-être pour la paix de l'Europe.
« La forme de mon acceptation ne me permettant pas d'entrer dans les détails, je dois ici ajouter quelques explications. Aussitôt que le Congrès aura adopté les articles que la Conférence de Londres lui propose, je considérerai les difficultés comme levées pour moi et je pourrai me rendre immédiatement en Belgique.
« Actuellement, le Congrès pourra d'un coup d'œil embrasser la situation des affaires. Puisse sa décision compléter l'indépendance de sa patrie et par là me fournir les moyens de contribuer à sa prospérité avec le dévouement le plus vrai.
« Monsieur le Régent, veuillez agréer l'expression de mes sentiments distingués. «
Le prince faisait allusion au traité dit des Dix-huit articles que deux commissaires du régent, MM. Devaux et Nothomb, avaient négocié avec la Conférence de Londres. Cette convention, quoique favorable aux Belges, ne leur concédait pas tout ce qu'ils avaient espéré. L'opposition devint formidable. Lorsque la discussion publique fut ouverte le Ier juillet, des groupes menaçants entouraient le palais de la Nation, que protégeait la garde civique. Après des débats orageux et mémorables, les dix-huit articles furent enfin adoptés le g juillet.
Le 16, le prince Léopold quitta Londres et débarqua à Calais. Le lendemain, il entrait en Belgique et traversait les Flandres, salué par les acclamations du peuple. Le 19, il arrivait au château de Laeken. Le 21, il devait faire son entrée à Bruxelles, pour être solennellement inauguré au sein du Congrès national.
Laissons parler ici l'historien de notre Assemblée constituante : « Le 21 juillet i83i, dès six heures du matin, les volées des cloches, les salves d'artillerie, le rappel qui retentissait dans les rues, réveillèrent les habitants de la vieille cité brabançonne et annoncèrent la solennité du jour. Un soleil radieux inondait la ville de ses rayons. Bientôt une foule immense envahit toutes les rues que devait traverser le cortège, depuis la porte de Laeken jusqu'à la place Royale. Ces rues étaient jonchées de fleurs et de verdure; toutes les façades des maisons étaient décorées. Deux haies de sapins entremêlées de guirlandes serpentaient par la rue de Laeken, le Pont-Neuf, la place de la Monnaie, le Marché-aux-Herbes, la Montagne de la Cour jusqu'à la place Royale, où tout était prestige et splendeur. Une galerie d'une architecture élégante avait été élevée devant l'église de Saint-Jacques; les frises de cet amphithéâtre étaient décorées de médaillons rappelant les principaux combats de la révolution; les drapeaux des provinces, surmontés des couleurs de toute la nation, flottaient au-dessus de l'édifice. Un trône occupait le milieu de la galerie; en avant étaient placés cinq fauteuils destinés au roi, au régent, au président et aux deux vice-présidents du Congrès ; les côtés de l'estrade, à droite et à gauche du trône, étaient réservés aux membres du Congrès; ils avaient au-dessous d'eux les grands corps administratifs et judiciaires de l'Etat.
« Vers midi, le régent et le Congrès se rendirent à la place Royale pour y attendre le roi.
« Le prince avait quitté le château de Laeken à onze heures et s'était arrêté successivement à Molenbeek-Saint-Jean, où le vin d'honneur lui fut offert, puis à la porte d'Anvers (ancienne porte Guillaume), où le corps municipal de la ville de Bruxelles lui présenta les clefs de la capitale.
« Sire », lui dit le bourgmestre (M. Rouppe), « le corps municipal de la ville de « Bruxelles s'empresse d'offrir à Votre Majesté, au nom de cette héroïque cité, le « tribut de son respect, l'hommage de son dévouement.
« Elu de la nation, prince magnanime, venez prendre possession du trône où vous « appellent les acclamations unanimes d'un peuple libre. Vous maintiendrez, Sire, « notre charte et nos immunités. Nous, nous saurons défendre votre trône et « conserver intactes vos prérogatives royales. Devant Votre Majesté s'ouvre une « vaste carrière de gloire et de renommée; devant nous, une ère de splendeur et de « prospérité.
« Magistrats par le choix de nos concitoyens, nous sommes glorieux de présenter - en leur nom, au premier roi des Belges, les clefs de la capitale. »
- Le roi répondit affectueusement :
a Ces clefs ne sauraient être mieux confiées qu'aux mains de celui qui les a si « bien conservées dans les moments les plus difficiles...
- Je n'ai accepté la couronne que pour le bonheur des Belges; je me compterai