CHAPITRE X
« heureux de les faire jouir des institutions qu'eux-mêmes ils se sont données. « La bonne ville de Bruxelles fera l'objet de mes soins particuliers; j'espère bien « lui rendre tout son lustre et lui procurer une solide et durable prospérité... »
- Le cortège se dirigea vers la place Royale; il était composé de détachements de
Réception du prince Léopold a la frontière belge le 17 juillet i83i. Fac-similé d'une gravure de Louis Huart.
lanciers, de cuirassiers, de gardes civiques, de volontaires et de blessés de septembre, du corps municipal de Bruxelles et de la dépuration envoyée par le Congrès à Londres; venait enfin le roi à cheval et en uniforme de général de l'armée belge; il était suivi d'un nombreux et brillant état-major. Le cortège s'avançait lentement à travers les bataillons de la garde civique et de la ligne qui formaient la haie, et au milieu d'une foule impatiente de voir et de saluer le roi des Belges.
- Il était une heure et un quart lorsque la tête du cortège arriva sur la place Royale. Au moment où le roi parut, le Congrès se leva d'un mouvement spontané, et les acclamations de la multitude, qui se pressait jusque sur les toits des maisons
transformés en amphithéâtres, se confondirent avec le son des cloches, le roulement des tambours, les fanfares militaires, les détonations de l'artillerie.
« Le roi, étant descendu de cheval au bas des escaliers de Saint-Jacques, franchit les degrés et prit place entre le régent et le président du Congrès, en avant du trône.
« Sire », dit le président du Congrès (i), « nous sommes réunis en ce moment pour « recevoir le serment que la Constitution prescrit au roi de prêter avant de prendre « possession du trône. Avec la permission de Votre Majesté, j'accorderai la parole à « M. le régent, qui doit déposer entre les mains du Congrès les pouvoirs dont il est « revêtu. »
« Le vénérable régent se leva et rendit compte de l'usage qu'il avait fait de son pouvoir temporaire. Il termina son discours par ces mots : « J'ai vu l'aurore du « bonheur se lever pour mon pays, j'ai assez vécu. »
« Un des secrétaires du Congrès, M. Ch. Vilain XIIII, debout devant le roi, donne lecture de la Constitution; puis un autre secrétaire, M. Nothomb, présente la formule du serment imposé au chef de l'Etat. D'une voix ferme et assurée, Léopold Ier dit :.Je jure d'observer la Constitution et les lois du peuple belge; de maintenir l'indépendance nationale et l'intégrité du territoire.
« Des acclamations nouvelles s'élèvent et se prolongent pendant que le roi et les membres du bureau de l'assemblée signent le procès-verbal de la prestation du serment.
« Les sièges sur lesquels étaient assis le prince, le régent, le président du Congrès et les autres membres du bureau disparaissent; le trône demeure à découvert. Le président du Congrès se tourne vers le roi et lui dit :
« Sire! montez au trône. »
« Le roi, se trouvant sur l'estrade supérieure, entouré des généraux et des ministres, fait signe qu'il veut parler; et après qu'on eut obtenu le silence, il prononce le discours suivant :
« Messieurs,
« L'acte solennel qui vient de s'accomplir achève l'édifice social commencé par le « patriotisme de la nation et de ses représentants. L'État est définitivement constitué « dans les formes prescrites par la Constitution même.
« Cette Constitution émane entièrement de vous, et cette circonstance, due à la - position où s'est trouvé le pays, me paraît heureuse. Elle a éloigné des collisions « qui pouvaient s'élever entre divers pouvoirs, et altérer l'harmonie qui doit régner « entre eux.
« La promptitude avec laquelle je me suis rendu sur le sol belge a dû vous
(i) M. de Gerlache.