CHAPITRE X
- convaincre que, fidèle à ma parole, je n'ai attendu, pour venir au milieu de vous,
- que de voir écarter par vous-mêmes les obstacles qui s'opposaient à mon avènement « au trône. •
- Les considérations diverses exposées dans l'importante discussion qui a amené « ces résultats feront l'objet de ma plus vive sollicitude.
Entrée du prince Léopold de Saxe-Cobourg par la porte d'Anvers le 21 juillet i83i. Fac-similé d'une lithographie de P. Lauters. (Collection de M. De Heyn.)
- J'ai reçu, dès mon entrée sur le sol belge, les témoignages d'une touchante
- bienveillance. J'en suis encore aussi ému que reconnaissant.
« A l'aspect de ces populations, ratifiant par leurs acclamations l'acte de la
- représentation nationale, j'ai pu me convaincre que j'étais appelé par le vœu du
- pays, et j'ai compris tout ce qu'un tel accueil m'impose de devoirs.
* Belge par votre adoption, je me ferai aussi une loi de l'être toujours par ma « politique.
- J'ai été également accueilli avec une extrême bienveillance dans la partie du
- territoire français que j'ai traversée, et j'ai cru voir dans ces démonstrations,
4io BRUXELLES A TRAVERS LES AGES.
« auxquelles j'attache un haut prix, le présage heureux de relations de confiance et " d'amitié qui doivent exister entre les deux pays.
« Le résultat de toute commotion politique est de froisser momentanément les - intérêts matériels. Je comprends trop bien leur importance pour ne pas m'attacher « immédiatement à concourir, par la plus active sollicitude, à relever le commerce « et l'industrie, ces principes vivifiants de la prospérité nationale. Les relations que « j'ai formées dans les pays qui nous avoisinent seconderont, je l'espère, les efforts « auxquels je vais incessamment me livrer pour atteindre ce but; mais j'aime à croire « que le peuple belge, si remarquable à la fois par son sens droit et par sa résignation, « tiendra compte au gouvernement des difficultés d'une position qui se lie à l'état de « malaise dont l'Europe presque tout entière est frappée. Je veux m'environner de « toutes les lumières, provoquer toutes les voies d'amélioration, et c'est sur les lieux * mêmes, ainsi que j'ai déjà commencé à le faire, que je me propose de recueillir les « notions les plus propres à éclairer, sous ce rapport, la marche du gouvernement.
« Messieurs, je n'ai accepté la couronne que vous m'avez offerte qu'en vue de « remplir une tâche aussi noble qu'utile, celle d'être appelé à consolider les « institutions d'un peuple généreux, et de maintenir son indépendance. Mon cœur « ne connaît pas d'autre ambition que celle de vous voir heureux.
« Je dois, dans une aussi touchante solennité, vous exprimer un de mes vœux les « plus ardents. La nation sort d'une crise violente : puisse ce jour effacer toutes les « haines, étouffer tous les ressentiments; qu'une seule pensée anime tous les Belges, « celle d'une franche et sincère union!
« Je m'estimerai heureux de concourir à ce beau résultat, si bien préparé par la « sagesse de l'homme vénérable qui s'est dévoué avec un si noble patriotisme au « salut de son pays.
« Messieurs, j'espère être pour la Belgique un gage de paix et de tranquillité, « mais les prévisions de l'homme ne sont pas infaillibles. Si, malgré tous les sacrifices « pour conserver la paix, nous étions menacés de guerre, je n'hésiterais pas à en « appeler au courage du peuple belge, et j'espère qu'il se rallierait tout entier à son « chef pour la défense du pays et de l'indépendance nationale. »
« Les dernières paroles du roi électrisèrent les auditeurs; tous promirent, par leurs acclamations, d'aider le chef de l'Etat à maintenir l'indépendance de la Belgique.
« Le cortège se remet ensuite en marche et se dirige vers le palais royal ; le roi est à pied, au milieu du peuple, dont il a déjà gagné l'affection.
« De leur côté, les membres du Congrès, ayant achevé l'œuvre patriotique qui leur avait été confiée, se réunissent pour la dernière fois au palais de la Nation. Après que l'assemblée eut approuvé le procès-verbal de l'inauguration du premier roi des Belges, M. de Gerlache, s'adressant à ses collègues, leur rappela avec éloquence les glorieux travaux qu'ils avaient accomplis; cette Constitution prodiguant au peuple