CHAPITRE VII
Le n° 444, au millésime i653, est l'ancienne habitation de Libri Bagnano; l'hôtel 454, au millésime 1737, était la résidence du marquis de Chasteler. Sur le côté gauche il n'y a rien de particulier à signaler. Les façades sont suffisamment reconnaissables et
Fontaine du Marché-ux-Herbes.
les noms écrits sur les enseignes assez lisibles pour que le lecteur se fasse son propre cicérone.
A l'endroit où La Chaussée devient la Montagne de la Cour (autrefois la rue de la Cour, Hojstract, et en 1794 Montagne de la Victoire), nous nous trouvons en face d'un bloc de constructions et de ruelles qui déparc l'un des plus opulents quartiers de la cité. Du bas de la Montagne de la Cour par la ruelle des Trois-Têtes, et du
Cantersteen, par un ignoble escalier, l'on monte au Trou de Saint- Roch et à la rue des Trois-Têtes. C'était jadis une espèce de Cour des Miracles, « hideuse verrue à la face de Bruxelles, égout d'où s'échappait chaque matin et où revenait croupir chaque nuit ce ruisseau de vices, de mendicité et de vagabondage, toujours débordé dans les rues des capitales ». Le nom de Trois-Têtes provenait d'une étrange maison de la fin du xve siècle qui, d'après une légende, aurait servi de lieu de réunion aux juifs et qui n'était peut-être qu'un mauvais lieu. Trois têtes en relief, enchâssées dans des médaillons, décoraient la partie supérieure de la façade, au-dessus de deux niches qui renfermaient probablement des statues. Au rez-de-chaussée deux hercules armés de massues formaient cariatides au-dessous d'une corniche en bois. Cette architecture dans ce milieu revêtait un caractère suspect. Les hercules, avec leurs gourdins, semblaient dire au passant : N'allez pas plus loin !
A deux pas delà cependant, sur l'emplacement des Bains Léopold, s'élevait l'hôtel seigneurial de Wesemael, qui devint plus tard l'hôtel de Hornes. C'était de la Cour de Saint-Roch que partait la série des escaliers, dits des Juifs, qui descendent vers le Cantersteen, la rue des Sols et la rue Terarken. On sait que dans le voisinage, sans que l'emplacement en soit déterminé d'une façon précise, était située la première synagogue. Peut-être au moyen âge ce quartier perdu dans un bas-fonds était-il un ghetto dans lequel on parquait la race maudite et persécutée.
Sur tous les anciens plans de Bruxelles, jusqu'à la fin du siècle dernier, nous voyons la topographie de la Montagne de la Cour absolument différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Si l'on consulte le plan de 1572 qui figure dans le premier chapitre de ce livre, on verra que deux rues d'égale largeur partent de la place des Bailles; l'une aujourd'hui la place du Musée, l'autre la partie supérieure de la Montagne appelée jadis la Chaussée, venaient se rejoindre un peu plus haut que la ruelle des Trois-Têtes. La façade latérale de l'hôtel de Nassau descendait jusqu'à cet endroit et se trouvait à front d'un pâté de maisons formant un triangle dont la base était vers la place Royale et la pointe dans l'axe de la rue de la Madeleine. L'étranglement actuel n'existait pas, et la même disposition se retrouve à peu de chose près sur le plan de 1782. Le vice que l'on a tant de fois projeté de corriger et qui s'aggrave par suite de l'accroissement de la circulation dans ce quartier populeux de la capitale est par conséquent d'origine moderne. Autrefois deux voies larges et commodes se dirigeaient vers le bas, et le vice consiste à avoir fait de la place du Musée, ancienne rue de la Cour, une impasse, en transformant en quadrilatère l'angle aigu des constructions qui le séparent de la Chaussée. Déjà l'on remédierait notablement au mal si l'on rouvrait pour les piétons le passage, ancienne ruelle Jean de Nassau, qui permettait de se rendre de la partie inférieure du Palais à la place actuelle du Musée. Sur cette place, à l'endroit où demeurait il y a vingt-cinq ans un Bruxellois connu dans les fastes de la danse, de la musique et de la gai té, le père Mattau (l'inventeur du Mattauphone), exista jusqu'en 1820 l'ancien hôtel de Toulouse, la