CHAPITRE VII
résidence des Marnix et le berceau de Philippe, l'illustre rédacteur du Compromis. La petite rue du Musée, voisine de cet hôtel, s'appelait jadis la rue des Cocus. Aucun
La maison des Trois-Têtes. — D'après une ancienne lithographie.
historien ne nous indique La raison de cette appellation malséante, qui se retrouve dans le même quartier, tout près du Petit-Sablon. On La distinguera à l'aide d'une
loupe sur notre plan de 1782, et je l'ai vue aussi sur un plan de i8o3 (1), à proximité de la rue des Six Jeunes Hommes. On pourrait broder sur ce rapprochement une aimable fantaisie naturaliste; mais l'origine des noms de ces rues n'en serait pas moins un mystère.
Je fais halte à la Montagne de la Cour à l'effet de consacrer quelques pages à l'un des plus tristes épisodes de l'histoire de la cité, le bombardement opéré en i6g5 par le maréchal de Villeroi. Je ne choisis pas l'endroit au hasard, car c'est au bas de cette rue, vis-à-vis de la chapelle de Nassau, où elle tua un homme, que fut lancée la première bombe.
Il existe une relation abrégée du bombardement de Bruxelles, écrite par un bourgeois du temps. L'abbé Mann l'a reproduite avec quelques variantes; je la donne ici textuellement d'après un manuscrit que je dois à l'obligeance de M. Scheler, bibliothécaire du Roi.
« BOMBARDEMENT DE BRUSSELLE.
« i6g5, i3 août. Guillaume III, roi d'Angleterre, avoit formé avec une armée choisie de troupes alliées le siège de Namur et il le poussoit avec vigeur. Le maréchal de Villeroy vint camper avec l'armée Françoise, forte de 60,000 hommes, jusqu'aux villages d'Anderlecht et de Zellick et prit son quartier général à l'abbaye de Dilighem. Il fit placer ses mortiers à bombes et à boulets rouges près de la chapelle de N. D. de Scheut : dans l'intention de faire par là quelque diversion ou à obliger les alliez à lever le siège de Namur.
« Ce triste bombardement commença le i3 août sur les cinq heures de l'après-midi et fut continué avec furie jusqu'au i5, jour de l'Assomption de la sainte Vierge, c'est-à-dire pendant 48 heures consécutives. On assure que le caprice du duc du Maine, grand maitre de l'artillerie, a fait durer le bombardement un jour de plus. La première bombe fut jettée jusqu'au bas de la Montagne de la Cour, vis-à-vis de la chapelle de Nassau, où elle tua un homme.
« Le feu des boulets rouges, secondé par la violence d'un terrible vent, mit d'abord tout l'intérieur de la ville en combustion ; et le fracas des bombes la réduisit bientôt en un monceau de pierres. Plus de 4,000 maisons furent embrazées et la plus part des autres endommagées.
« La Maison de ville, le Broothuys, la Boucherie, le Poids de la ville, l'hôtel d'Arembergh et de plusieurs autres grands seigneurs furent bouleversés. Seize belles églises, chapelles et couvens détruits; les paroisses de Saint-Nicolas et de N.-D. de la Chapelle, les Récollets, Carmes, Dominicains, Bogards, l'hôpital de Saint-Jean, les Riches Claires, Sœurs Noires, Brigitines, Madelonettes, N.-D. de Bon-Secours,
(1) Annexe au Coup d'ceil sur Bruxelles, publié chez Stapleaux, an xi.