‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 22 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ni linge ou habit pour se couvrir. Toutes les villes voisines furent obligées de venir au secours en procurant des vivres, meubles et ouvriers.

- Cela n'a pas empêché pourtant le roi d'Angleterre qui avoit pris déjà la ville de Namur dez le 4 août de continuer le siège du château, lequel se rendit enfin le 5 septembre.

Le Bombardement de i6g5.

Fac-similé d'un dessin de l'album de Coppens. (Collection de M. Th. Hipptrt.) — Voir vol. I, p. 149, i52, i57, 373, 375.

- Kntrctcms on travailloit sans cesse à ôter à Brusselle les décombres et à éteindre le feu qui s'étoit tenu caché pendant bien des jours dans les caves. On pratiqua partout deux chemins sur les ruines, affin que les voitures en allant et en revenant avec les matériaux ne s'embarrasseroient pas. Le seul fruit que les François remportèrent de leur entreprise fut la ruine d'une si belle ville et d'un millier de citoyens innocens. Malgré tout cela, en moins de quatre ans tout y fut rebaty et Brusselle reprit une nouvelle beauté.

« 29 8bre. Le conseil de Brabant donna plusieurs Rcglcmcns pour l'embellissement de la ville, l'élargissement des rues et l'embellissement des maisons. Faisant defences de ne plus mettre ni enseignes, ni gouttières, ni bancs, ni treillis avancez, ni portes

de caves, sinon tout contigus aux maisons, déclarant aussi que la propriété et dispositions des rues et places publiques appartient privativement à S. M. et non à ceux de la ville. (Placards Brab., tome 6, p. 86, 88, 200.)

« 29 7bre. Les besoings des citoyens qui aiant eu les maisons brûlées au bombardement dévoient chercher le logement par tout ailleurs avoient excité en même temps l'avarice des propriétaires et demander un prix exorbitant pour le louage des maisons, chambres, caves, etc. Mais la cour y pourvut, en ordonnant aux locataires de ne pas exiger davantage que selon les bails arrêtez pendant les trois dernières années. (Placards Brab., tome 6, p. 89.)

u 22 8bre. Item pendant que tous les registres de la maison de ville avoient été brûlez, fut ordonné à un chacun de reproduire leurs actes, arrêts, prétensions, etc., pour être vérifiez et renouveliez à la secretairerie de la ville, sous peine de nullité et cela endeans six semaines pour les citoyens et trois à six mois pour les étrangers. (Ibid., p. 85.) »

M. Wauters, dans une intéressante notice (1), a rectifié quelques légères erreurs contenues dans ce récit. Ainsi ce ne serait pas à l'abbaye de Dilighem, mais dans le village d'Anderlecht, au couvent des Minimes, que le maréchal Villeroi aurait établi son quartier général; ce ne serait pas d'après le conseil des magistrats que la population du quartier de l'ouest aurait abandonné ses foyers et transporté ses meubles au centre de la ville. Il serait établi au contraire que les magistrats craignaient pour l'hôtel de ville, puisqu'ils décidèrent qu'ils se réuniraient à la maison du Saint-Esprit, rue des Paroissiens. La Relation abrégée n'en est pas moins exacte dans son ensemble. Notre savant confrère l'a complétée par d'intéressants détails. Il nous apprend que le centre de la ville fut le premier foudroyé. L'hôtel de ville servit de point de mire aux canonniers de Villeroi. Ils l'eurent bientôt atteint. Les flammes dévorèrent la toiture, les plafonds des appartements, une foule d'objets d'art et une partie des archives. Seule la tour défia tous les efforts de l'ennemi. Le Broodhuys éprouva de grands dommages, ainsi que les maisons avoisinantes. Le campanile du beffroi communal brûla en même temps que l'église du couvent des Récollets dont le toit était en chaume. Le feu épargna l'église de Saint-Jean au Marais et l'une des salles de l'hôpital, mais il ne resta rien des autres corps de logis. Le couvent des Dominicains, rue de l'Écuyer, disparut en entier, à l'exception de la brasserie et de l'infirmerie. Les Français, selon le Mercure historique, lancèrent dans la ville près de deux mille bombes et quantité de boulets rouges. Ce qui périt en marchandises, meubles, œuvres d'art, richesses de tout genre, fut immense. Les plus modérés évaluèrent la perte à 22 ou 23 millions; le maréchal de Mérode-Westerloo l'estima à

(1) Le Bombardement de Bruxelles en 1695. Bruxelles, Briard. 1848. — On trouvera quelques renseignements complémentaires sur le bombardement dans une notice de M. Ch. Piot, Les Guerres en Belgique pendant le dernier quart du xviie siècle. (Bulletin de la Commission royale d'histoire, tome VIII, n° 1, 4e série.)

Page 1