‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 23 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

70 millions, chiffre évidemment exagéré puisque la perte aurait été en moyenne de 16,000 florins par habitation. Un hasard fatal amena la destruction de la collection de dessins du célèbre Bernard Van Orley, peintre de Marguerite d'Autriche. Pierre Van Orley, l'un des descendants de Bernard et le possesseur de ce trésor, voyant sa maison environnée de flammes, se réfugia avec ses effets les plus précieux chez un ami dont l'habitation lui semblait moins exposée. L'événement trompa singulièrement ses prévisions. Tandis que sa demeure restait intacte, celle où il avait cherché un asile fut consumée et avec elle l'œuvre du grand peintre bruxellois.

Le circuit des quartiers atteints par les bombes est marqué par une ligne pointillée sur le plan que nous avons publié à la page 64 du premier volume. M. Wauters, complétant les indications de l'abbé Mann, indique la marche du fléau : à partir de Notre-Dame de Bon-Secours, il longe la rivière jusque derrière les Récollets, puis il traverse le Marché-aux-Poulets, la rue des Fripiers, la rue de l'Évêque, la place de la Monnaie, et atteint le Fossé-aux-Loups, qu'il quitte bientôt pour se diriger vers la rue de l'Écuyer; il monte ensuite les rues d'Arenberg et de Loxum jusqu'à celle des Longs-Chariots, traverse la Putterie et la rue de la Madeleine, passe derrière l'hôpital Saint-Jean, traverse la rue de l'Hôpital, celle de l'Escalier, et descend les rues des Alexiens et des Bogards. Dans cet espace se trouvaient les rues et places suivantes : le Grand-Marché avec ses aboutissants, le Marché-au-Charbon, la rue des Teinturiers, le Plattesteen, la rue des Pierres, les petites rues qui entouraient les Récollets, la rue au Lait, le Marché-aux-Poulets, les rues autour de Saint-Nicolas, le Marché-aux-Tripes, le Marché-aux-Herbes, les rues des Fripiers, de la Fourche, des Bouchers, du Bœuf-Bigarré (impasse du Canal de Louvain), la rue de l'Ecuyer (y compris la rue d'Arenberg) où tout fut brûlé, à l'exception des maisons comprises entre celle dite den Beer (l'Ours) au coin de la petite rue des Dominicains et l'hôtel d'Aerschot (ou d'Arenberg, dans la rue de ce nom); la rue de la Montagne jusqu'aux Quatre Seaux, la rue de Loxum, jusqu'à la suivante, la rue des Longs-Chariots, la Putterie, la rue des Faiseurs de Harnais (la rue de la Casquette), la petite rue de la Madeleine, la rue du Singe (ou de Sainte-Anne), la Chaussée (den Steenwegh ou rue de la Madeleine) jusqu'à la fabrique de savon du sieur Mois, plus bas que l'hôtel de Ligne (le local de la Grande-Harmonie), le Kerstcnmanneken, la rue des Eperonniers, le Pondermerckt (rue du Marais-Saint-Jean), La rue de l'Hôpital en partie, La place dite La Halle-aux-Blés, La rue de l'Escalier, jusqu'à l'auberge le Cerf, les rues des Chats, du Chêne, des Tailleurs de pierres (ou petite rue Neuve du Perroquet), des Carmes, de l'Étuve, du Lombard, de la Vrunte, des Chapeliers, de la Violette et le Marché-au-Fromagc. Il y eut en outre dix ou douze maisons détruites rue des Alexiens, quelques-unes rue du Prévôt, d'Accolay, du Bord -de-Verre, du Poinçon, place des Wallons, rues des Sœurs-Noires, de Vincket, des Bateaux, et çà et là au Canal, entre autres l'habitation qui forme le coin de la rue de Sainte-Catherine et du Vieux-Marché-aux-Grains. La rue d'Anderlecht souffrit considérablement du feu

de l'ennemi. Les bombes atteignirent les quartiers les plus éloignés et quelques-unes tombèrent aux Bailles de la Cour et même dans le Parc.

Les planches qui représentent les divers quartiers bombardés sont empruntées à un album fort recherché : Perspective des ruines de la ville de Bruxelles, désignées au naturel par Augustin Coppens, i6g5. En même temps qu'elles donnent une idée de

Le Bombardement de 1695. — Fac-similé d'une gravure de l'album de Coppens. (Variante de la planche publiée dans le tome Ier, p. 14g.)

la dévastation dont la cité fut le théâtre, elles font revivre des curiosités disparues et fournissent des documents précieux pour l'étude des antiquités bruxelloises.

M. Wauters affirme que la nouvelle du bombardement de Bruxelles produisit dans toute l'Europe une sensation profonde, et que la cour de Versailles, tout habituée qu'elle était à mépriser l'opinion publique et les plaintes des peuples, se montra honteuse du succès de cet acte de vandalisme. Les conquérants n'ont pas l'habitude de rougir de leurs triomphes et je n'ai pas retrouvé dans les historiens la trace des regrets du vainqueur. Louis XIV persista d'ailleurs dans son système, et il s'en fallut de peu que, l'année suivante, Bruges ne partageât le sort de Bruxelles. Peut-on considérer comme une excuse cette phrase d'un manifeste dans lequel le roi disait aux souverains que » Bruxelles avait dû payer pour les désastres des côtes de

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