‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 26 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

gouverneur de la ville, et chez le général Van der Duyn, commandant de la garnison hollandaise, pour leur représenter le danger d'un assaut imminent. Après une sortie dans laquelle les Hollandais eurent 1,000 hommes tués ou blessés, le général Van der Duyn fit arborer le drapeau blanc et la capitulation fut signée à Laeken .dans la nuit du 23 au 24 février. Aux termes de l'article 5 les Français prirent

Le Bomuakdemknt i>e i<*p. — Dessin de l'album de Coppens.

possession de Bruxelles le 24. Le 25 le maréchal de Saxe y fit une brillante entrée, se rendant, au milieu d'une double haie de troupes françaises, à l'église de Saintc-Gudule où l'on chanta le Te Deum. Le conseil de Brabant et le magistrat durent assister à cette solennité. Le maréchal s'installa à l'hôtel du marquis de Chastcler, que la ville dut meubler à ses frais. Le duc de Boutcville fut nommé gouverneur de la ville et M. Moreau de Séchelles intendant général des provinces conquises. Le 24 mars il y eut une assemblée générale des Etats de Brabant, où le conseiller Duchesnc demanda pour la France les subsides de guerre. Le 4 mai Louis XV, avec une suite nombreuse, arriva à Bruxelles par la porte de Flandre; un brillant cortège le conduisit à Sainte-Gudule où un second Te Deum fut chanté. Le monarque alla ensuite à l'hôtel d'Arenberg, où il prit son logement. Comme

grand maitre de l'artillerie le comte d'Eu exigea une grosse somme d'argent qui lui fut payée pour qu'il n'enlevât pas les cloches des églises. Le 3i juin 1747 Louis XV revint à Bruxelles et assista à la procession de la Fête-Dieu. Peu de temps après il nomma le maréchal de Saxe gouverneur général des pays conquis. Nouvelle entrée solennelle, cette fois par la porte d'Anderlecht, et nouveau Te Deum à Sainte-Gudule. Les cinq Serments, avec leurs bannières, ouvraient le cortège et les doyens des métiers, portant des cierges allumés, escortaient le carrosse du gouverneur. La garnison était rangée en bataille sur la Grand'Place et sur la plaine de Sainte-Gudule. De la collégiale le maréchal fut conduit à l'hôtel du marquis de Chasteler, où il reçut les hommages des États. Ceux-ci furent contraints de lui voter un traitement de 280,000 florins, et il rendit un édit en vertu duquel on ne pouvait voyager d'une ville à l'autre que muni d'un passeport taxé à une couronne par mois, avec un minimum de durée de trois mois. De son côté M. de Séchelles établit des taxes et des capitations de tout genre. Comme les Etats de Brabant ne s'exécutaient pas assez vite, il imposa à chacun de leurs membres le logement et la nourriture de vingt soldats. Cette situation dura jusqu'à la signature du traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. La ville de Bruxelles ne fut toutefois évacuée par les troupes françaises que le 28 janvier 1749. Une heure après leur sortie par la porte d'Anderlecht, les régiments autrichiens de Lorraine, d'Arenberg et de Los Rios entrèrent par les portes de Louvain et de Laeken. Ils se réunirent sur la place du Grand-Sablon et firent escorte avec la garde bourgeoise au feld-maréchal duc d'Arenberg, nommé commandant général des troupes autrichiennes dans les Pays-Bas. Des fêtes brillantes saluèrent la restauration de Marie-Thérèse, et le 23 avril on chantait à Sainte-Gudule un nouveau Te Deum en l'honneur du duc Charles de Lorraine qui venait représenter Marie-Thérèse à Bruxelles.

On commença en 1817 la construction du nouveau théâtre décrétée en 1810 dans une réunion d'autorités présidée par le ministre de l'intérieur, le comte de Montalivet. Nous avons dit que l'architecte Damesme fut chargé d'en fournir les plans (1). Comme on l'a vu, le théâtre de Bombarda, bâti au temps de l'Électeur de Bavière, avait sa façade sur l'alignement de la rue des Fripiers. Damesme érigea le sien derrière le premier, sur l'emplacement du couvent des Dominicains. Les travaux furent poussés avec une grande activité et la nouvelle salle, tracée sur le plan de l'Odéon de Paris, put être inaugurée le 26 mai 181g. Des décorateurs parisiens avaient peint l'intérieur blanc et or, et revêtu d'arabesques les quatre rangs de loges. Les journaux du temps proclamèrent à l'envi que l'acoustique était excellente, que le péristyle, les galeries et le foyer étaient construits avec un art et un goût qui faisaient honneur à l'architecte. « C'est au total, disait YOracle, un grand et superbe monument,

(i) Déjà sous le régime autrichien l'on avait projeté cette reconstruction et l'archiduchesse Marie-Christine en avait chargé un architecte français nommé Wailly.

digne' d'une des plus belles capitales de l'Europe : les étrangers connaisseurs lui donnent la priorité sur tout ce qu'ils ont vu en ce genre tant en France qu'en Italie. C'est ici l'occasion de payer un juste tribut d'éloges à l'administration sage et éclairée qui sait si bien seconder les vues de notre auguste monarque pour les progrès des arts et des sciences, et de faire une mention particulière de M. l'échevin Greindl, dont la surveillance et le zèle méritent la reconnaissance publique. * La famille

Le théâtre de la Monnaie, reconstruit par Damesme sous le règne de Guillaume Ier. Fac-similé d'un dessin du temps.

royale assista à la représentation d'ouverture; mais le lendemain on retourna à l'ancien théâtre pour ne s'installer définitivement au nouveau que le Ier juin.

Aussitôt la régence ordonna la démolition des bâtiments qui masquaient la façade du nouvel édifice (i) et vers la fin de janvier 1820 la place de la Monnaie était créée.

Les contemporains différaient d'avis sur le mérite architectural du nouveau théâtre. D'après Fiocardo, qui écrivait en 1824, c'était « une vraie carrière de pierres, dépourvue de toute élégance; la salle était ingrate pour la voix et la musique, et la décoration mesquine ». Gautier parle avec éloges de l'œuvre de Damesme qu'il a minutieusement décrite : « Un péristyle de huit colonnes ioniques de 3o pieds de hauteur formait l'avant-corps ; on entrait au théâtre par trois arcades qu'éclairaient

(1) La vente des matériaux, à charge de démolition, produisit 55,ooo francs.

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