CHAPITRE VII
le soir des chandeliers antiques. Des galeries ouvertes par dix-sept autres arcades régnaient tout autour et étaient construites de telle sorte que l'on pût descendre de voiture à couvert. Le monument tout entier s'élevait derrière l'ancien, dont la démolition permit d'agrandir la place et de donner à la nouvelle construction l'avantage de présenter une masse isolée. Les bâtiments environnants furent élevés sous la direction de l'architecte Vifquin ; on regretta que des intérêts privés eussent
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Le théâtre »u Parc, construit par Montoyer. — Fac-similé d'un dessin du temps du roi Guillaume.
porté obstacle à l'exécution complète de son projet qui était de construire, nu rez-de-chaussée des nouveaux bâtiments, des galeries semblables à celles du théâtre. Par ce moyen l'ensemble de l'édifice aurait gagné en majesté et en harmonie et l'on aurait donné un abri aux négociants qui attendaient l'heure de la bourse. Le théâtre de 1817 coûta 1,400,000 francs, sans compter le terrain, qui fut payé 52, 000 francs. Le bas-relief du fronton représentait le temple des Muses.
- 1 )ans La salle de spectacle quatre rangs de colonnes corinthiennes superposées établissaient la séparation des loges; un soubassement uni servait de devant au premier rang, qu'on trouva généralement trop élevé. L'architecte voulait placer les bancs en amphithéâtre, de telle sorte que les spectateurs remplissent le cadre des entrc-colonnements. Au devant de ce rang était le balcon; la loge du roi et celle du
prince d'Orange étaient richement décorées en velours de Gênes : celle du roi, de couleur pourpre ; celle du prince d'Orange, en velours bleu; toutes deux soutenues par des cariatides exécutées par Rude. Elles tenaient à l'avant-scène dont l'envergure était supérieure à celle du Grand-Opéra de Paris. Le plafond en forme de coupole représentait les emblèmes des neuf Muses et des génies portant triomphalement des instruments à vent. Ils étaient peints en or sur un fond blanc, de même que les arabesques. Le jeu des machines était admirable. On exécutait les changements à vue avec la plus grande promptitude. Le lustre, à l'aide d'un mécanisme ingénieux inventé par M. Schureman, montait et descendait à volonté. Parmi les décors, peints par Gineste, on admirait surtout l'Olympe, l'Enfer de Psyché, le Palais antique et le Salon arabe. La nouvelle salle était bâtie sur le terrain qu'occupait autrefois la scène et en partie sur celui du couvent des Dominicains (i). -
Le Grand Théâtre, achevé en 1819, fut inauguré le 25 mai par la représentation de la Caravane du Caire, l'un des chefs-d'œuvre de Grétry. Le roi et sa famille assistèrent à la représentation. — Le théâtre du Parc (le Petit Théâtre) remonte à 1782. Montoyer le construisit pour un sieur Bultos qui avait conçu l'idée de former des comédiens en exerçant des enfants à l'art dramatique. Il obtint l'octroi pour dix ans, ainsi que l'autorisation d'établir dans l'enclos du Vauxhall six boutiques où l'on vendrait des parfumeries, des bijouteries, des quincailleries, des articles de modes, des livres et des estampes. A peine la concession venait-elle d'être accordée, que le cardinal-archevêque de Malines adressa au gouvernement une requête en vue de faire interdire les spectacles d'enfants, considérés par lui comme une excitation à la paresse, à la débauche et à la dépravation. Le gouvernement ne fut point de l'avis du prélat. Il jugea qu'il fallait, pour arriver à former de bons acteurs, les exercer de bonne heure. Il admit toutefois qu'il y avait lieu d'exiger certaines garanties dans l'intérêt de la morale, et il invita l'amman de Bruxelles à se faire remettre la liste des enfants engagés, ainsi que le consentement des parents. Les représentations ne furent autorisées que l'hiver et les jours où il n'y en avait pas à la Monnaie. Au bout de deux ans l'entrepreneur fit faillite et le Parc, comme on dit aujourd'hui, devint un théâtre ordinaire (2).
(1) Gautier, Conducteur dans Bruxelles, p. 284 et suiv.
(2) Bruxelles au temps jadis, p. 28. Le 12 germinal an vm, le théâtre du Parc fut témoin d'une scène assez plaisante. Une société d'amateurs avait annoncé pour ce jour une représentation de Pygmalion, et répandu un grand nombre de billets très recherchés par les élégantes. Le soir de la représentation la salle était comble. L'heure indiquée au programme sonna sans que le rideau se levât. On n'y prit pas garde dans le premier moment. Le jeu des lorgnettes et la médisance firent prendre le retard en douceur. Cependant le temps s'écoulait : l'orchestre bâillait attendant l'ordre de jouer. A sept heures et demie l'impatience se manifesta et l'on demanda la pièce à grands cris. Après des démonstrations bruyantes qui se prolongèrent pendant une heure, le rideau se leva enfin, mais pour laisser voir un écriteau portant ces mots :
poisson d'avril.
Le secret avait été bien gardé et nul ne s'était souvenu que le r'1' avril correspondait au 12 germinal. (De Smedt, Le Parc, p. 118.)
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Flan primitif du théâtre du Parc, que l'on projetait de construire dans le quinconce longeant la rue Royale. Fac-similé d'un dessin de la collection de M. A. Outtelet.
La salle de bal, où se donnent aujourd'hui les fêtes du Cercle artistique et littéraire, fut bâtie sous le roi Guillaume et terminée en 1826 par l'architecte Vander Straeten. Avec ses murs revêtus en stuc, imitant le marbre blanc, ses cariatides et ses colonnes d'ordre ionique et corinthien, elle présente un aspect à la fois gracieux et monumental.
Il y en avait une autre, dans la rue Ducale, appelée le Concert noble. C'est, dit un contemporain, « un endroit ravissant par sa beauté. La salle de bal est une des plus belles de l'Europe; sur un fond bleu brillent mille bougies, dont les belles glaces placées entre les colonnes redoublent l'éclat. Autour de la salle de bal on circule librement ; c'est dans ce couloir que sont établies les tables de jeu ; la salle de souper et
des réunions, représentant un bois, dont le plafond est couvert par des branches d'arbres, fixe également l'attention (1). »
A la fin du siècle dernier tout le beau monde de Bruxelles se donnait rendez-vous sous les hêtres du Vauxhall (2). Quand le comte d'Artois, le futur Charles X, vint rendre visite à la cour en 1783, le prince Albert de
Saxe-Teschen et l'archiduchesse Marie-Christine, alors gouverneurs généraux des Pays-Bas, le conduisirent, après souper, dans ce quinconce brillamment illuminé. On raconte que la belle comtesse de Schœnfeld, dont le mari fut généralissime des troupes belges au temps de la révolution brabançonne, après la disgrâce de Van der Meersch, venait souvent passer ses soirées au Vauxhall. Un domestique la suivait, portant une cassette qui renfermait - tout ce qu'il faut pour écrire ». Aussitôt arrivée, et sans qu'elle eût besoin de rien commander, on lui servait sous les arbres des glaces et des liqueurs. La comtesse s'asseyait alors dans un fauteuil, ouvrait sa cassette et expédiait sa correspondance amoureuse et politique. Comme on vivait en des jours de troubles et qu'il fallait veiller à sa sécurité personnelle, Mme de
(1) C'est dans ce beau local que, le 16 septembre 1794, fut établi le tribunal criminel, dit révolutionnaire.
(2) P.-J. Brunelle, dans sa Description du Parc, parle d'une jolie maisonnette hollandaise où l'on vendait des gaufres.
Le Palais du Roi, avant la construction de la colonnade formant l'angle de la rue Héraldique. — La chambre héraldique au fond. Fac-similé d'une gravure communiquée par M. Eugène Somerhausen.