CHAPITRE VII
Vue de la rue Royale au temps du roi Guillaume. Fac-similé d'une gravure appartenant à M. Eugène Somerhausen.
Schœnfeld avait soin de placer sur la table deux pistolets chargés. A la moindre alerte, elle s'en fût servie, comme elle fit, à ce qu'on assure, en voyage, contre des postillons qui ne la conduisaient pas assez
vite à son gre.
Il y eut plus d'une fête patriotique au Yauxhall au temps de la république française.
Un banquet y fut organisé en i8o3 en l'honneur de Bonaparte , premier consul, et de Joséphine. Plus tard, sous la Restauration, l'on y put trouver réunis dans l'exil le vieux Sieycs, l'épicurien Barras, la belle madame Tallicn, Barèrc, le poète Arnault,
l'auteur de Marins à M bitumes, le jurisconsulte Merlin, David, le peintre du Jeu de Paume, du Sacre de Napoléon Ier et de la Mort de Mardi, et Cambacérès, le régicide devenu dévot. On servait à cette époque chez le limonadier du Vauxhall des glaces à la Byron et à la Talma, poétiques
prédécesseurs du grog à l'américaine et du sherry cobbler. M. Faber nous a fait connaître le prospectus d'un imprésario de Lille, le sieur Louis Dusar, qui, en i8o5, établit au Vauxhall un salon littéraire, une série de jeux de société, tels que le
Vue de la Montagne du Parc, au temps du roi Guillaume. Fac-similé d'une gravure appartenant à M. Eugène Somerhausen.
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trictrac, le loto, le solitaire, des récréations champêtres telles que la culbute, le beebois et le trou-madame, et même des bains chauds pour les deux sexes - dans des appartements commodes où l'on trouvait toute l'attention, la décence et la propreté désirables ». Le prix de l'abonnement n'était que de 24 francs par an pour une famille de quatre personnes, et l'entrée gratuite pendant la kermesse.
Nous voici tout près de cet ensemble de constructions monumentales qui entourent le Parc : le Palais du Roi, le Palais de la Nation, le Palais des Académies, les hôtels des ministères.
Sur le plan de 1782, que nous avons publié à la page 276 du premier volume, la place des Palais n'est qu'une rue en arc de cercle, qu'on appelait depuis 177g la rue de Belle-Vue, reliant la rue Ducale à la rue Royale. Les terrains qui séparaient cette rue de la chaussée de Coudenberg ou de Namur et qui s'étendaient jusqu'aux anciens remparts (rue Verte ou de Bréderode) étaient la propriété des abbayes de Coudenberg et de Villers. Sur un plan gravé à Londres en 1783 (1) nous voyons cet espace entièrement modifié. A l'est, au coin de la rue Ducale et de la rue de Belle-Vue, s'éleva l'hôtel du vicomte de Walckiers (dit le Magnifique), qui devint l'hôtel d'Assche. A l'extrémité de la balustrade qui surmonte le corps de garde, s'éleva un hôtel destiné au ministre plénipotentiaire de l'empereur dans les Pays-Bas. Le comte de Belgiojoso l'occupa le premier. Ce ministre, ami des belles, avait fait élever à grands frais dans son jardin, aujourd'hui celui du Roi, un petit temple dédié à la reine de Cythère. S'il faut en croire la chronique scandaleuse du temps, l'une des beautés qui des premières reçut l'hospitalité dans ce boudoir fut une charmante bouquetière qui distribuait à nos pères, à la porte du Parc, des fleurs qu'elle surpassait en fraîcheur. Les Français détruisirent ce petit sanctuaire auquel M. de Trautmansdorff, le successeur du comte de Belgiojoso, préférait les bas-fonds du Parc, où il eut plus d'un rendez-vous nocturne (2). L'hôtel du plénipotentiaire devint en i7go le siège du Congrès Belgique, et au temps des Français la Préfecture. Il occupait l'angle d'une rue qui se dirigeait en ligne droite, en suivant l'axe de la grande allée du Parc, jusqu'à la rue Verte, à l'endroit où commence aujourd'hui la rue Thérésienne. Là s'éleva vers 1785 un modeste édifice, n'ayant qu'un rez-de-chaussée et nommé la Chambre héraldique (3). A l'autre angle de la rue Héraldique, fermée depuis 1826 par la colonnade du Palais, on trouvait l'hôtel du commandant des troupes autrichiennes, communément appelé l'hôtel Bender, et qu'habita le prince Frédéric après i8i5, tandis que le roi Guillaume avait sa résidence à l'ancienne Préfecture (4). Vient
(r) Plan routier de la ville de Bruxelles. London, 1783. Printed for R. Sayer, opposite Fetter Lane, Fleet street. — Communiqué par M. Ad. Du Bois, avocat et conseiller communal à Gand. (2) Voir l'Espion.
(i) Cette chambre se composait du premier Roi d'armes et des six autres Rois et Hérauts, de trois avocats et d'un procureur d'office. (Description de Bruxelles, 1782.)
(4) G. de Wautiek, dans ses Remarques curieuses et peu connues sur la ville de Bruxelles, publiées en 1810, dit que la cour d'appel et les tribunaux siégeaient à cette époque dans l'ancien hôtel Bender.