‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 30 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de la magnificence de' ses équipages. On assure qu'en diverses circonstances il se montra hostile à la politique de son père à l'égard des Belges et qu'il eut avec lui de violentes discussions qui aboutirent à une rupture complète (1).

D'autre part, s'il faut en croire un historien allemand, M. de Rochau, ce prince

La Place Royale vers i83o. — Fac-similé d'une ancienne gravure.

aurait, en 1817, donné la main à une conspiration des anciens conventionnels réfugiés à Bruxelles et d'autres ennemis de Louis XVIII, qui voulaient le placer sur le trône de France.

Une entreprise de ce genre ne pouvait se réaliser qu'avec la coopération de l'armée d'occupation placée dans les forteresses du Nord, et l'on dut pendant ce temps l'ajourner, attendu que l'empereur Alexandre, qu'on espérait rallier à ce projet, y refusait son consentement. Toutefois Le projet fut repris deux ans plus tard, cette fois à l'instigation du prince d'Orange lui-même, qui envoya au comité d'action à Paris un fondé de pouvoirs chargé de proposer ce qui suit : il pénétrerait en France avec

(1) Charles White, La Révolution belge de i83o, I, p. 180. (Traduction de Miss Mary Corr.)

les troupes néerlandaises placées sous ses ordres ; il s'annoncerait comme devant délivrer le pays du joug des Bourbons, et il apporterait pour sa part la Belgique. Ce projet fut bien accueilli par le comité, et comme les demandes réciproques faites par le prince d'Orange n'étaient pas de nature à être mises en délibération, Lafayette fut chargé du travail préparatoire qui devait précéder l'entrevue définitive. Mais sur ces entrefaites, le roi de Hollande fut mis sur la trace de l'intrigue de son fils, qui n'aboutissait à rien de moins qu'à le dépouiller de la moitié de ses États. Par suite le prince d'Orange fut exilé du pays, et comme, bientôt après, les exilés obtinrent la permission de revenir dans leur patrie, il ne fut plus question d'un plan qui, s'il eût réussi, eût difficilement amené en France un état de choses durable (i).

La princesse d'Orange, Anna Paulovna, grande-duchesse de Russie, était remarquable par sa grâce, sa douceur et son extrême bienveillance. D'une conduite irréprochable, d'un esprit cultivé, elle ne prenait aucune part aux intrigues de cour, et se dévouait entièrement à ses devoirs d'épouse et de mère; elle déploya dans plusieurs occasions difficiles beaucoup de prudence et de tact. La reine Wilhelmine, fille du roi de Prusse Frédéric-Guillaume II, femme d'un jugement sain, possédant des connaissances littéraires étendues, présentait, sous le rapport du caractère et des manières, beaucoup d'analogie avec son frère Frédéric-Guillaume III. Les vertus proverbiales de la feue reine de Prusse Louise-Augusta de Mecklembourg-Strélitz semblaient revivre dans sa fille la princesse Frédéric, tandis que la princesse Marianne, qui épousa en i83o le prince Albert de Prusse, jeune et gaie, élevée avec grand soin par la comtesse de Bentinck sous les yeux de sa mère, réunissait toutes les qualités qu'un roi peut désirer dans sa fille, un prince dans sa femme. Telle du moins était l'opinion générale sur le compte de cette famille, opinion partagée par ceux-là mêmes qui se montrèrent les plus hostiles au gouvernement.

Le prince d'Orange, par malheur, n'observa pas toujours la prudence que lui commandaient sa position élevée et sa qualité de futur roi d'une nation jalouse et mécontente, dont la religion n'était pas la sienne. L'extrême affabilité de ses manières s'adaptait mal aux usages des Belges qui se souvenaient de l'étiquette sévère des archiducs et des gouverneurs généraux de la maison d'Autriche et de la politesse hautaine des préfets de l'empire. Les allures franches et cordiales du prince d'Orange leur parurent trop familières et peu d'accord avec la dignité de son rang. On reprocha au prince de n'avoir pas toujours choisi ses favoris avec toute la circonspection nécessaire et d'avoir admis dans son intimité des hommes qui n'étaient dignes, ni par leur caractère, ni par leur position sociale, d'être les compagnons habituels de l'héritier de la couronne. Des bruits sur des dissensions domestiques

(i) Histoire de la Restauration, par M. de Rochau, traduite de l'allemand par M. Rosenwald. Paris, Germer-Baillière, 1867, p. 124-

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