‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 31 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

entre le prince et la princesse circulèrent dans le public, la régularité de sa conduite fut mise en question et l'on propagea au dehors des suppositions outrageantes pour ses mœurs. Les uns blâmaient ses dépenses excessives, d'autres, prenant la gaité de son caractère pour de la frivolité, l'accusaient de manquer de stabilité dans ses idées. On le préférait toutefois à son frère, le prince Frédéric, qui formait avec lui un frappant contraste. Réservé, timide, préoccupé, froid et compassé dans ses manières autant que son frère était brillant et gracieux, il aimait la retraite et ne se montrait guère en dehors des cercles officiels.

Un fâcheux incident, couvert d'un mystère dont on ne put soulever le voile, eut lieu vers la fin de 1829 et contribua beaucoup à perdre le prince d'Orange dans l'opinion publique : ce fut le vol des diamants de la princesse, vol qui, par ses résultats déplorables, eut des rapports frappants avec la fameuse histoire du collier de Marie-Antoinette. Il fut impossible de trouver légalement les moyens de dissiper le mystère qui couvrait ce vol et de détruire les imputations odieuses dont les ennemis du prince l'accablèrent à ce sujet (1).

En dépit des événements qui lui fermèrent à jamais la Belgique, le prince d'Orange, devenu roi des Pays-Bas, conserva toujours de vives sympathies pour les anciennes provinces méridionales. Il nous souvient qu'un riche et noble habitant d'une de nos grandes villes, demeuré orangiste longtemps après la fondation de notre indépendance nationale, se rendit à La Haye pour présenter son fils au roi. — « Sire, lui dit-il, mon fils est né en Belgique, mais il est Hollandais. — Monsieur le baron, lui répondit le roi, j'ai deux fils et tous deux sont Belges. »

J'ai tracé ailleurs le portrait du roi Guillaume Ier : - Brave, intelligent, actif, il méritait le respect du peuple.. Une grande simplicité native et des manières affables lui conciliaient promptement l'affection. Il avait apporté dans le gouvernement de ses possessions allemandes un coup d'oeil juste, un sens droit, une résolution ferme, une parfaite équité, une sage économie. L'exemple qu'il donnait d'une vie sobre et réglée agit puissamment pour la réforme du luxe de ceux qui l'entouraient. Une vaste mémoire et l'habitude d'ouvrir et de lire lui-même toutes les lettres, les dépêches, les pétitions, le mettaient en peu de temps au courant des plus petites affaires et l'y maintenaient ensuite sans difficulté. Dans quelque lieu qu'il arrivât, son premier soin était de voir par lui-même tout ce qui s'y passait et de recueillir en personne tous les renseignements qu'il jugeait à propos de prendre. Il n'avait aucun goût pour les amusements ordinaires des grands; il n'était l'esclave d'aucune passion, consacrait peu de temps à la table et se mettait au travail dès les premières heures de la journée. Aussi menait-il de front les grands et les petits intérêts de son gouvernement. Il aimait à demander des conseils, à provoquer la critique et en tenait compte.

(1) L'auteur du vol. un Suisse nommé Carrara ou Polari. fut arrêté en Amérique et ramené en Hollande pour y être jugé, reconnu coupable et condamné à un emprisonnement perpétuel. La malignité publique n'en continua pas moins d'accuser le prince d'Orange. (Voir, à cet égard, Ch. White, toc. cit.)

Né sous l'ancien régime, il possédait les vertus qu'exigeait la civilisation nouvelle. La Néerlande, il est vrai, ignorait au début ces qualités intimes. Elle se bornait à le supposer digne de sa race, et saluait en lui le descendant du Taciturne, le petit-fils de ces princes qui dans les marais de la Hollande avaient dressé un temple à la liberté politique et religieuse. Il y a généralement deux hommes dans les princes :

Scènes de la vie du roi Guillaume.

— Votre Majesté ne saurait refuser au Roi mon maître de renvoyer Merlin de ses Etats?

— Monsieur l'Ambassadeur, la mer me l'a rendu et je le garderai.

Fac-similé d'une lithographie de H. Van Hemelryck (1829).

celui que le vulgaire connaît et apprécie, celui qu'un long commerce peut seul révéler à quelques intimes. Je viens de tracer le portrait du premier; l'autre a été dépeint par un de ses anciens ministres, le comte Van der Duyn de Maasdam. Guillaume, d'après cet écrivain, « péchait par excès de finesse et de calcul, poussait l'économie jusqu'à l'avarice et ne voyait les choses que par- leur petit côté. Mais il avait la conception prompte, le jugement sain, l'esprit libéral par raisonnement plutôt que

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