CHAPITRE VII
Vanderstraeten qui les termina le 18 octobre 1818, et dès le lendemain le roi Guillaume ouvrit en personne la session législative dans le nouveau palais des représentants de la nation.
Avec son imposante façade et son fronton sculpté par Godecharle en 1782, c'était un des plus beaux édifices de l'Europe. Le bas-relief qui a survécu à deux incendies représente la Justice tenant sa balance symbolique. A ses côtés figurent la Religion et la Constance. La Religion récompense les vertus que la Sagesse appelle auprès d'elle, tandis que la Force chasse la Discorde et le Fanatisme. Tout le monde connaît ce chef-d'œuvre; tout le monde a connu le grand vestibule d'ordre dorique, les escaliers en marbre rouge de Beaumont qui menaient à l'étage, et la salle des séances de la seconde chambre, où siégèrent depuis le Congrès national et la Chambre des représentants. Le plafond orné de caissons contenant des rosaces avait été sculpté par un artiste liégeois, M. Thélène. A l'endroit où nous avons vu la tribune, s'élevait en 1818 un trône surmonté d'une couronne royale d'où s'échappaient des draperies en velours cramoisi parsemé de lions d'or. Les deux génies placés au-dessus étaient l'œuvre de Rude, le grand statuaire, ainsi que la cheminée en marbre blanc de la salle de lecture, où se tinrent les séances de la première chambre jusqu'en i83o et celles du Sénat belge jusqu'au jour où l'architecte Cluysenaar construisit le nouvel hémicycle actuellement décoré de peintures de Louis dallait. Sur la cheminée monumentale de la première chambre, Rude avait placé le buste du roi Guillaume. Ce marbre, enlevé à l'époque de la révolution, fut retrouvé il y a quelques années, dans les greniers du Palais et placé sur un piédestal dans le fumoir de la Chambre des représentants. Dans cette même salle figurait en 1818 le tableau d'Odevaere, représentant le Prince d'Orange à la bataille de Waterloo, qui fut transporté plus tard au second étage. Les tribunes donnant sur le Parc, et attribuées récemment encore au Sénat et au corps diplomatique, étaient autrefois celles du conseil d'Etat et des ministres étrangers.
Le chancelier du conseil de Brabant occupait jadis l'hôtel actuel du ministre des affaires étrangères dont, en l'an vi de la république, on fit une auberge. La ville de Bruxelles, par une délibération prise en séance du 6 mai 1816, le mit à la disposition du prince d'Orange jusqu'à ce que la reconstruction de son palais, décrétée par la représentation nationale, fût achevée. Le prince habita la rue de la Loi jusqu'à la fin de 1820. En cette année, le 29 décembre, à 5 heures du matin, le feu éclata dans le sous-sol de l'hôtel.
Le vent soufflait avec violence, le ciel était clair et le thermomètre marquait trois degrés sous zéro, toutes circonstances favorables à la propagation du feu.
L'incendie ne tarda pas à envahir le rez-de-chaussée, et déjà le premier étage était sérieusement menacé.
La princesse d'Orange, réveillée en sursaut par le prince, avait à peine eu le temps de passer quelques vêtements pour se réfugier chez le ministre des affaires étrangères,
io8 BRUXELLES A TRAVERS LES AGES.
baron de Nagel, qui occupait l'hôtel situé à un autre angle de la rue du Conseil de Brabant, aujourd'hui rue de la Loi.
Les enfants du prince d'Orange, parmi lesquels le roi actuel des Pays-Bas, Guillaume III, alors âgé de trois ans environ, avaient été mis en sûreté par leur père.
Cet incendie avait fait des ravages bien plus considérables que celui du 6 décembre
Petite rue de Saint-Laurent (actuellement rue Ravenstein) — Fac-similé d'une lithographie de T. S. Cooper.
i883. De l'hôtel du prince d'Orange, entièrement détruit, le feu s'était communiqué au palais des États généraux et y causa de grands dommages. On eut beaucoup de peine à maîtriser les flammes à cause du froid qui avait congelé les eaux.
Les journaux de l'époque évaluèrent le dommage à trois millions de florins. La princesse d'Orange perdit la plus grande partie de ses bijoux et toute sa vaisselle d'argent.
Après l'incendie de 1820, le prince d'Orange alla s'installer à l'hôtel d'Hooghvorst, ancien hôtel de Hoogstraeten, aujourd'hui le ministère des travaux publics. L'hôtel des affaires étrangères fut reconstruit par Vanderstraeten. Il a failli disparaître de nouveau dans la catastrophe du 6 décembre i883. Le bas-relief de Godecharle, légèrement endommagé, fut restauré par un artiste sourd-muet, nommé Van Asse.