CHAPITRE VII. i
Rode reçut le payement de son travail. Si la chose en valait la peine, on pourrait objecter que le fait de payer un compte ne prouve nullement que l'ouvrage a été exécuté pendant l'année courante. Mais j'avoue qu'en des matières de cette importance, je préfère encore une fois m'en rapporter à la naïve confession du sage et prudent Divaeus : de rcchte pale is my onbekcnt (i).
Quelle que soit la date qu'on adopte, voici quatre cent trente ans au moins que le vieux saint Michel tourne à tous les vents sur le sommet de la tour, défiant tous les régimes atmosphé-
Sceau de la ville.
Sceau de la ville.
riqucs et politiques. Sa carcasse est toujours la môme, mais il a été redoré à diverses reprises : en i58g, en 1608, en 1617, en 1698, en 1770, en 1825, en 1841, en i863. En cette dernière année, le 10 septembre, un terrible orage éclata sur la capitale. La foudre atteignit en plusieurs endroits la flèche de l'hôtel de ville. On descendit le groupe de l'archange dans la cour, où il fut exhibé au profit des pauvres, comme il l'avait été en 1820 dans une des salles de l'estaminet le Cygne (2). L'exposition
Sceau de la ville.
(1) En 1 841 , quand on descendit le saint Michel de la tour pour le redorer, on trouva, à la base du groupe scellé dans le pivot qui supporte l'archange, un Agnus Dei du pape Martin V, mort en 1431. Cette date a dérangé tous les calculs des érudits; mais comme on pouvait posséder en 1454 ou 1455 un Agnus Dei de 1431, ils n'ont pas jugé nécessaire de modifier leur appréciation. Que serait-il advenu si l'on avait trouvé un Agnus Dei de 1455 sous la statue posée en 143 1 ? L'Agnus Dei était scellé dans deux boites, l'une en plomb, l'autre en fer-blanc, toutes deux rongées par le temps. La médaille avait pour effigie l'agneau de saint Jean-Baptiste et pour exergue ces mots en lettres gothiques : Martinus PPV J{ Agnus Dei miserere mei. Le dernier mot, où le savant Lelewel distingua les lettres 0. q. r, i. était indéchiffrable. On sait que le pape Martin V exerça le pontificat de 141 7 à 1431, époque qui correspond à celle du règne de Jean IV, fils aîné d'Antoine de Bourgogne, époux de Jacqueline de Bavière et fondateur de l'université de Louvain, ainsi qu'aux règnes de Philippe de Bourgogne, comte de Saint-Pol, et de Philippe le Bon. Le bourgmestre fit graver une médaille
en argent en tout semblable à l'ancienne et qui fut réunie à une nouvelle médaille portant le nom du roi, celui des magistrats communaux et l'époque de la restauration de la tour de l'hôtel de ville; ces deux médailles furent enfermées dans une boite solide et scellée le
13 septembre 1S41 au haut de la flèche dans le nouveau pivot, sous les yeux du chef de la division des travaux. Sur un côté de la médaille nouvelle est gravée la figure de saint Michel, au centre et en exergue : Restauration de la tour, sous l'administration de M. le ch. Wyns, bourgmestre. Échevins MM. Yerhulst. Doucet. Evrard et Orts père. Wafelaer. secrétaire. 1841. Au revers : Leopoldo I" Belgarum rege. equtte Wyns urbis Bruxelltnsis consule. turris divi Michaelis restauratur anno MDCCC.XLI. Ces détails sont empruntés au journal Y Indéfendant, du
14 septembre 1841. — M. Armand Schaepkens a publié une intéressante notice sur la Statue de saint Michel dans le Messager des sciences historiques.
(2) Cette fois on l'avait descendu à cause des réparations que l'on faisait à la tour. (Esquisses historiques, etc.)
rapporta plus de 3,ooo francs. Le saint Michel qui figure en tête de cet ouvrage a été dessiné d'après une photographie prise en i863 par M. Maes, d'Anvers.
Au xvie siècle, pendant les guerres de religion, il fut heureux pour saint Michel d'être placé très haut, car les protestants trouvaient mauvais qu'il y eût un saint sur la tour et l'en auraient volontiers fait descendre. Les sans-culottes ne le regardaient
L'Hôtel de ville et la Grand'Place en 1579. Fac-similé d'une planche appartenant à M. Lambert Vandevelde. L'auteur de ce dessin a voulu représenter le combat livré lors de la tentative de Philippe d'Egmont pour s'emparer de la ville.
pas d'un œil plus indulgent. D'après un facétieux écrivain du siècle dernier, il ne dut son salut qu'au dragon qu'il foulait aux pieds :
Ce n'est pour les beaux yeux de monsieur saint Michel Qu'on a laissé sur pied ce diable à quatre; Si les Français ne l'ont pas fait abattre,
En voici le motif réel :
11 faut savoir qu'en ces temps déplorables Ces Français étaient un peu diables :
Ce qui fit dire à quelqu'un de joyeux Qu'ils avaient ménagé le dragon tortueux
Pour témoigner qu'ils aimaient leurs semblables. {Coup d'ail sur Bruxelles, an xi. p. 7.)