‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 40 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

- Le public pourra circuler librement dans la salle, en entrant par une porte et en sortant par l'autre. Les aides du maître des cérémonies veilleront à ce qu'il n'y ait ni presse ni confusion.

- Les hallebardiers seront placés à l'intérieur et à l'extérieur des portes de la salle. »

Ce pompeux cérémonial, exécuté à la lettre, dut faire sourire les philosophes. Mais il était de tous points conforme aux vieilles traditions brabançonnes, et le

La Porte de Louvain en i8î3. — Dessin de Puttaert, d'après un croquis de M. Drur>

peuple accueillit avec plaisir cette résurrection de l'étiquette usitée jadis pour la Joyeuse Entrée du souverain.

On vient de voir que l'estrade royale en i8l5 fut adossée à la future rue de la Régence. Cette rue fut commencée en 1824. L'auteur des Esquisses historiques des rues de Bruxelles se demande ce qui lui lit donner ce nom. - A coup sûr, elle ne conduit pas, dit-il, à l'hôtel de la Régence, si ce n'est à une auberge portant cette enseigne. Il eût été plus convenable de la nommer rue des Inaugurations, quelques-unes s'étant faites à cet endroit, ou bien rue des Victimes, en souvenir des infortunés que les républicains y fusillèrent en 1798 pour avoir pris part à l'insurrection provoquée par la conscription militaire, et connue sous le nom de Guerre des Paysans. - D'après des renseignements qui nous ont été donnés par un vieux Bruxellois, le mot Régence serait l'équivalent de conseil communal, mais nous croyons qu'il n'est pas autre chose qu'une traduction fautive du mot hollandais regeering, qui veut dire gouvernement, car

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la rue de la Régence s'appelait, au temps des Hollandais, de Regeeringstraat. Elle ne fut que l'élargissement d'un passage allant de la place Royale à la rue des Aveugles et qu'on appela primitivement à1 Argcntcau, parce qu'il était contigu à l'hôtel d'un seigneur de ce nom. Les républicains l'appelèrent le passage des Colonnes, quoiqu'il n'y en eût point, mais l'entrée consistait en de beaux pilastres parfaitement en rapport avec les quatre portiques des angles de la place Royale. Somerhausen, dans sa Beschryving van Brnssel, nous apprend que cette rue fut percée en vue de mettre la porte de Schaerbeek en communication directe avec les deux Sablons, et nous savons d'autre part qu'il fut question de la prolonger jusqu'à la partie inférieure du boulevard de Waterloo. A droite en venant de la place Royale s'élevaient jadis le ministère ou commissariat général de la guerre, dont le prince Frédéric était le chef, et vis-à-vis le corps de garde des pompiers. L'une et l'autre entrée étaient ornées de trophées en pierre. Au delà de l'hôtel de la guerre, qui fut plus tard celui de la justice, une grille donnait accès à l'ancien Jardin Botanique dont nous avons parlé dans un précédent chapitre.

La création du nouveau jardin qui forme aujourd'hui l'un des principaux ornements de la ville fut entreprise en 1826. La Société d'Horticulture, fondée sous le patronage du roi Guillaume, émit à cet effet des actions de 5oo florins qui furent rapidement souscrites (1). « Elle acquit près de la porte de Schaerbeek un vaste terrain qui se dessinait en amphithéâtre vis-à-vis du boulevard. Cet emplacement si favorable fut disposé avec goût. La partie inférieure du jardin devint un immense parterre au-dessus duquel s'élevèrent par degrés de larges terrasses. Au sommet on érigea les serres, auxquelles l'architecte, M. Suys, donna un aspect monumental. Là, pour la première fois depuis quarante ans, on vit reparaitre cette élégance et cette harmonie dont le secret semblait perdu. Rien de plus simple cependant que l'ordonnance de cet édifice. Sur la ligne uniforme des serres se détachèrent trois pavillons soutenus par des colonnes. Leurs ailes sont quadrangulaires et de même hauteur que le reste du bâtiment; celui des autres forme une rotonde, couronnée d'un dôme. Nulle part l'architecte n'a étalé un luxe inutile et répandu une vaine profusion d'ornements. C'est à la régularité harmonieuse de l'ensemble, au rapport des masses entre elles, à la pureté des lignes et à la grâce des détails qu'est dû l'effet magique de ce temple de Flore, riant diadème du coteau consacré à son culte. »

Pendant longtemps le public ne jouit que de la vue extérieure des serres et du jardin. L'administration n'en ouvrait les portes et les grilles que les jours de fête. On n'y admettait jadis, en temps ordinaire, que les étrangers munis de passeports.

(1) La première exposition de fleurs eut lieu au Jardin Botanique le 1e1' septembre 1829. La société qui s'était constituée pour la construction et le maintien de ce jardin, sous le nom de Société d'Horticulture, vit ses statuts approuvés par le roi Guillaume le 28 mai 1826. Sa situation ayant cessé d'être prospère par suite du départ de plusieurs de ses membres, ses statuts furent modifiés (25 août 1841) et le gouvernement, dans le but de lui venir en aide, porta à 24,000 francs le subside qu'il lui accordait déjà (10 juillet 1841). — Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, III, p. 42.

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