CHAPITRE VIII
étaient incapables par cette môme raison d'en instruire le troupeau qui était confié à leurs soins; Joseph II y pourvut encore en établissant dans chaque province une école-séminaire où tous ceux qui étaient promus aux dignités ecclésiastiques et qui étaient destinés aux cures ou vicariats devaient aller s'instruire premièrement de leurs devoirs, afin que ces hommes qui devaient présider à la doctrine évangélique du peuple eussent toutes les connaissances requises pour ne point égarer leur troupeau dans la voie du salut. C'est encore là un des soins de Joseph II. Et cependant son peuple ne l'aime point. La levée des impôts ne se faisait point uniformément, il n'y avait aucune règle pour les percevoir ; cette levée était onéreuse et même oppressive pour le peuple. L'indigent payait souvent beaucoup trop et l'homme opulent payait trop peu; Joseph II mit encore de l'ordre dans cette partie si essentielle. Il détermina les impôts dont chacun de ses sujets était contribuable, et cependant son peuple ne l'aime point. La quantité de moines s'était accrue à un point qu'on pouvait à juste titre les comparer aux guêpes qui se nourrissent du travail des abeilles, auxquelles elles volent la meilleure partie de leur subsistance. Ces moines mangeaient le pain que le laboureur avait gagne à la sueur de son front et buvaient le vin que le misérable vigneron faisait croître avec tant de travail. Semblable à un bon père de famille, Joseph II délivra toutes les classes laborieuses des citoyens de ce tas de bourdons inutiles et dangereux. Et cependant son peuple ne l'aime point. »
L'auteur continue ainsi pendant plusieurs pages. A ses yeux l'empereur ne s'est fait tant d'ennemis qu'en décrétant des réformes, et si un ange descendait du ciel et qu'il s'annonçât comme réformateur, il trouverait sur la terre une multitude d'ennemis.
Les Belges ne demandaient qu'à reporter sur Joseph II l'affection qu'ils avaient témoignée à Charles de Lorraine et à Marie-Thérèse, bien qu'ils n'eussent jamais eu l'occasion de voir l'impératrice. Mais ils furent quelque peu surpris, lors de son arrivée à Bruxelles en 178 1 , de le voir si dédaigneux de toute réception solennelle, se promenant seul dans les rues, au Parc, à l'Allée- Verte, - en habit de couleur - , à 4 heures du matin, assistant à pied aux manœuvres de la garnison, refusant de s'asseoir sur le trône à Sainte-Gudulc et se contentant d'une chaise, quittant le palais pour aller diriger le sauvetage dans un incendie. Quel contraste avec les allures hautaines de l'archiduchesse Maric-Élisabeth, avec l'étiquette en honneur à la cour des gouverneurs généraux ! On n'avait plus connu de pareil monarque depuis Charles-Quint. Mais ces allures bourgeoises ne présageaient rien de bon aux partisans des anciens abus.
On savait que le prince était préoccupé de l'esprit de réforme; qu'il méditait un remaniement complet des anciens privilèges; qu'il avait à cet égard des conférences suivies avec Stahremberg, le gouverneur général ad intérim, avec le secrétaire d'Etat Henri de Crumpipcn, et l'on prévoyait que le nouveau règne serait marqué par de notables changements dans l'antique constitution des Pays-Bas.
Reproduction d'une gravure appartenant à la collection de M. Hippert.