CHAPITRE VIII
en écuries, en magasins, en repaires de mimes; le culte mutilé ou supprimé; l'instruction chrétienne remplacée par la lecture des placards; les docteurs orthodoxes enlevés à leurs chaires; les bulles dogmatiques supprimées; la sainteté de l'union conjugale changée en une affaire de police; le jugement de la doctrine enlevé aux évêques; les mandements épiscopaux consignés au' greffe des cours séculières; tout l'ordre de la religion interverti! Voyez les outrages faits au droit naturel ! Des citoyensenlevés de nuit et de jour, emprisonnés, proscrits, sans aucune forme de judicature; le ministre d'un souverain, un envoyé du premier pontife, chassé de cette ville sans autre raison que la
haine du pouvoir! Tandis qu'au
sein des États retentissait ce langage, un avocat au conseil de Brabant, Henri Van der Noot, publiait des mémoires incendiaires pour la défense de l'antique constitution belgique.
Ce personnage, à qui l'avenir réservait un rôle prépondérant, appartenait à l'unedes familles patriciennes de Bruxelles, et son nom se retrouve parmi ceux des magistrats du xve siècle. Un Van der Noot fut évèquc du diocèse de Gand; une Van der Noot épousa en premières noces un prince de Ligne, en secondes noces un comte
d'Oultremont. Henri appartenait à la branche cadette. Son père fut amman de Bruxelles sous Marie-Thérèse. De ses frères l'un fut chanoine, l'autre échevin, le troisième capitaine de grenadiers. Né en 1 731 , il finit ses licences en droit à l'université de Louvain en 1750. Il avait dépassé la cinquantaine quand éclata le mouvement dirigé contre l'Autriche.
Van der Noot, à le juger d'après ses actes publics, fut un esprit vulgaire, à courtes vues, imbu de préjugés, mais, comme l'a dit Borgnet, - il possédait deux qualités qui assurent l'influence en temps de troubles : l'énergie et le patriotisme. Honnête et désintéressé, il savait par son éloquence rude et grossière secouer les masses; avec cela peu de jugement, de sagacité et une inexpérience des affaires qui le rendit
DE FLUEIBZ7S VNITS Hé"! SIRE ASNES, ça chantez,
Belles bouches rechingnez
Vous aurez du foin afTez
Et de Tavoin à plantez.
Liedekcn van de EZELS-Feeft.
Contre le Directeur du séminaire.
FttC timilt d'une gravure des Lettres du sieur Keuremenne.
He.nki-Charles-Nicolas Van dek NOOT, avocat au Conseil souverain du Brabant et des Etats. Reproduction d'une gravure publiée à Londres en 17S7, appartenant à la collection de M. Th. Hippert.
le jouet de la diplomatie et contribua puissamment à la ruine de la révolution. » Le prince Albert de Saxe-Teschen, redoutant une catastrophe, conjura l'empereur de retirer ses décrets et de rappeler le comte de Belgiôjoso dont l'impopularité égalait celle du cardinal Granvelle aux premiers temps du règne de Philippe II. La cour de Vienne n'avait pas à cette époque, dans les Pays-Bas, des forces suffisantes pour réprimer un soulèvement. L'empereur était en Crimée, combinant des projets de conquête avec la grande Catherine. Aussi le prince Albert, qui avait expédié sa dépêche le 18 mai, jugea prudent de ne pas attendre la réponse et dès le 25 mai, un placard annonça qu'il serait sursis en Brabant et dans le pays d'outre-Meuse à l'exécution des édits. Cette concession fut à Bruxelles le signal d'un enthousiasme voisin du délire. On proclama les membres des États les Pères et Sauveurs de la patrie. Les Serments, drapeaux en tête, se rendirent à l'hôtel de ville pour les remercier de leur courageuse résistance. Peuple et bourgeois arborèrent la cocarde brabançonne. La multitude se porta musique en tête au palais pour faire une ovation aux gouverneurs généraux. « Ceux-ci se disposaient à se rendre au spectacle; en un moment les chevaux de leur voiture sont dételés et les bourgeois la traînent en triomphe après avoir supplié les princes de renvoyer leurs officiers et leurs gardes. L'avocat Van der Noot était monté sur le siège à la place du cocher et ce fut lui qui dirigea la marche du cortège jusqu'au théâtre. Jamais on ne vit pareille fête; les places, les rues, les portes, les fenêtres, les toits des maisons étaient tapissés de spectateurs et au son des trompettes, au bruit des timbales se mêlaient les exclamations Vive l'Empereur! Vivent Leurs Altesses Royales! Vivent les Etats de Brabant! Quand le cortège fut arrivé au théâtre, des membres de la haute aristocratie entourèrent à leur tour Albert et Marie-Christine pour les transporter en quelque sorte dans leur loge. Toutes les rues furent ensuite illuminées et les réjouissances, les danses, les jeux se prolongèrent dans la cité jusqu'au lendemain (i). »
C'est immédiatement après cette réconciliation apparente que Van der Noot organisa ses volontaires sous le titre d'agrégés aux Serments.
Ce travail est minutieusement décrit dans le manuscrit que nous devons à l'obligeance de M. Emile Van Derton et dont nous avons fait connaître les traits essentiels à la page ig5 du premier volume de ce livre. Nous avons fait à ce curieux document un nouvel emprunt qui nous permet d'offrir à nos lecteurs la reproduction fidèle des principaux uniformes des volontaires brabançons. Les trois planches chromolithographiées que nous donnons comme annexe au présent chapitre représentent :
N" i. Uniforme du Comité. — N" 2. Tambour-major des Escrimeurs. — N° 3. Officier des Escrimeurs. — N° 4. Chef de musique des Escrimeurs. — N" 5. Régiment de Brabant. — N" 6. Régiment de Flandre. — N° 7. Régiment de chasseurs du Brabant. — N" 8. Régiment de Canaris. — N° g. Ier régiment de canonniers. — N° 10. Régiment de Bruxelles. — N° 11. Régiment de dragons du Brabant. — N" 12. Général de l'armée belge.
(1) Th. Juste, La Révolution brabançonne. Bruxelles, 1884, p. 126.