‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 54 sur 192 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

alors ambassadeur à la cour de Mayence, comme gouverneur général, en remplacement du comte de Belgiojoso. Ce diplomate passait pour un esprit fin et modéré, très capable de négocier un arrangement, mais il ne devait arriver à Bruxelles qu'au mois d'octobre, et le comte de Murray, qui gouvernait ad intérim, eut avec les États et les volontaires, pendant les mois d'août et de septembre, des démêlés qui faillirent avoir une issue sanglante. A la suite d'un enterrement auquel les volontaires avaient assisté

Fac-similé d'une gravure de la collection de M. Cumont.

en uniforme, la garnison prit les armes, des troupes cantonnées à Vilvorde pénétrèrent dans la ville sous le commandement du général d'Arberg. Celui-ci amena des canons sur la place Royale, tandis que la ville se hérissait de barricades. Une bataille rangée devenait inévitable, lorsque deux membres de la noblesse, le duc d'Ursel et le marquis de Chasteler obtinrent du gouverneur intérimaire qu'il se rendit à l'hôtel de ville, où les États siégeaient en ce moment. Tous les historiens racontent que son carrosse eut beaucoup de peine à se frayer un chemin à travers la foule. S'il faut s'en rapporter à la gravure cjue nous publions ci-contre, le comte de Murray l'échappa belle, et c'est par miracle qu'il arriva sain et sauf à l'hôtel de ville. Effrayé par l'attitude de la population, il signa tout ce qu'on lui soumit : l'ordre de renvoyer les troupes dans leurs cantonnements et la promesse de suspendre l'exécution des décrets impériaux, à la condition que les Etats, de leur côté, rétabliraient la paix publique. La paix fut ainsi maintenue jusqu'à l'arrivée du comte de Trautmansdorff, qui jugea prudent d'inaugurer par un nouveau sursis de trois mois sa prise de possession du pouvoir. A ce moment, commence une guerre de pamphlets brutaux et de caricatures II. 18

grossières qui se prolongea pendant toute la durée des troubles, trahissant une profonde ignorance de l'art d'écrire, une absence complète de goût, et, pour tout dire, une pitoyable misère intellectuelle. Grâce à l'obligeance de quelques bibliophiles, j'ai eu sous les yeux une volumineuse collection de documents de tout genre publiés à cette mémorable époque et je n'y ai rien trouvé qui ne fût lourd, vulgaire, indigeste et parfois répugnant. La décence interdit la reproduction d'une foule de dessins

Le comte de Murray se rendant a l'hôtel de ville. Reproduction d'une gravure de la collection de M. le comte Cornet d'Elzius Duchesnay.

encadrés dans une prose malsaine, ou illustrant des chansons ordurières. Ceux que je reproduis sans crainte d'offenser la pudeur valent, comme œuvres d'art, les images d'Épinal. Dans les écrits on retrouve sans cesse les mêmes histoires d'une authenticité douteuse, les mêmes accusations ignobles dirigées contre des personnages en vue, sans une ombre de preuve et de manière à dérouter la critique la plus sagace. Tous ces libelles constituent un fatras d'une valeur absolument négative pour l'histoire et ne servent qu'à montrer le degré d'aberration que peut atteindre une population ignorante, travaillée sans relâche par les passions politiques et religieuses. Cette révolution brabançonne, dont je me félicite de n'avoir à raconter les épisodes qu'en tant qu'ils se rapportent à Bruxelles, a pour excuse le patriotisme, la plus respectable de toutes les vertus, même dans ses écarts; mais envisagée au point de vue humain, sans parti pris, comme on considérerait une insurrection étrangère, elle ressemble à

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