‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 56 sur 192 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

dans ses lettres. Rien ne lui sortait plus communément de la bouche que des sottises et des impertinences contre l'association Pro aris et focis; il y avait, disait-il, une trop belle moisson sur terre pour commencer. Il fallait encore avoir un peu de patience. Il venait des troupes hessoises, brunswickoises, prussiennes et 180 pièces de canon. Les citoyens ne devaient pas combattre. Il ne fallait pas d'argent pour engager les Autrichiens à déserter. On n'avait qu'à le laisser faire. Henri vivait encore, etc.. -

Pendant qu'il déclamait de la sorte, un marchand de vins de Bruxelles, nommé De Ridder, vendait au gouvernement pour 1 5,ooo florins le plan des vonckistes. Il n'eût tenu qu'aux ministres de les obtenir gratis, tant on se préoccupait peu de les cacher. Sur-le-champ, d'Alton ordonna des arrestations en masse. Vonck eut le temps de s'échapper et se réfugia chez le curé de Capelle-au-Bois, d'où il partit pour Breda déguisé en prêtre. La princesse de Ligne, les duchesses d'Ursel et d'Arcnberg furent gardées à vue dans leurs hôtels.

Voyant ses projets échouer à Bruxelles et à Breda, Vonck se retourna du côté des Liégeois, qui étaient en guerre avec leur évêque à propos du monopole des jeux de Spa.

Cette tactique eut pour effet de précipiter le cours des événements. Les magistrats de Liège ayant permis l'organisation d'un corps de volontaires dans la principauté, Joseph II les somma de chasser les patriotes de leur territoire; les volontaires émigrèrent à Hassclt et y formèrent le noyau d'une armée. Le gouvernement voulant les expulser, ils se replièrent sur Breda et du coup l'alliance que Van der Noot avait repoussée se trouva conclue.

Mais à ces troupes improvisées il fallait un chef; on le trouva. Donnons ici la

parole à M. Th. Juste, qui a fait l'exposé le plus clair et le plus complet des événements de cette période critique :

« Vonck s'adressa au colonel Van der Mersch, de Menin, vieux soldat qui avait conquis tous ses grades sur les champs de bataille; entré comme volontaire au service de France, dans le régiment de la Marck, pendant la guerre de Hanovre, admis ensuite dans le régiment de Soubise, il parvint en moins de quatre ans au grade de lieutenant-colonel de cavalerie, après avoir reçu quatorze blessures et obtenu la croix de Saint-Louis au camp de Baurbach; mais l'obstination avec laquelle on lui refusa tout avancement ultérieur le dégoûta du service français. En 1778 il passa sous les drapeaux de Marie-Thérèse, et après avoir rendu encore de brillants services en Silésie, il obtint, lors de la paix de Teschen, avec le grade de colonel, la permission de rentrer dans sa patrie. Ce brave Flamand avait été remarqué par tous ses compagnons d'armes; cent actions éclatantes avaient attesté sa vaillance, son sang-froid, son habileté. Vonck, cherchant un général, se souvint de l'ancien partisan de la guerre de Hanovre; il s'informa de sa demeure et apprit qu'il habitait une petite maison de campagne, à Dadizeele, près de Menin, où il s'occupait de faire valoir ses terres. Ce fut dans cette paisible retraite que trois amis de Vonck, les curés de Menin et de Schoorisse et l'avocat de Brouwer, vinrent offrir à Van der Mersch le commandement de l'armée des patriotes; ils lui exposèrent que lui seul pouvait faire réussir la révolution et ils parvinrent à le séduire. « Si l'on veut « de moi, s'écria-t-il enfin, je suis prêt. »' Toutefois, avant de s'engager publiquement, il voulut voir l'armée dont il devait prendre le commandement. Dans la matinée du Ier octobre, il partit de Dadizeele, le fusil sur l'épaule et suivi d'un chien de chasse; il se rendit ainsi à travers champs à Anvers et d'Anvers à Breda. Mais en voyant le dénuement et l'indiscipline des volontaires, il sentit chanceler sa résolution; de nouvelles instances triomphèrent cependant de sa répugnance, et par patriotisme autant que par ambition, il consentit à envoyer à l'empereur sa démission de colonel autrichien. En échange de ce sacrifice, le comité de Breda lui conféra le grade de général-major, et les abbés de Tongerloo et de Saint-Bernard lui garantirent, par un acte du 6 octobre, dans le cas d'une confiscation de biens ou de défaite finale, une somme de 100,000 florins de Brabant, hypothéquée sur les biens de leurs abbayes situés dans les Provinces-Unies. Si Van der Mersch s'était retiré, il est plus que probable que la révolution n'eût pas éclaté de sitôt. Son adhésion procurait aux volontaires un chef capable et prévenait ainsi leur découragement et leur retraite. »

Pendant ce temps à Bruxelles l'émotion était au comble. L'autorité procédait jour et nuit à des perquisitions domiciliaires, recherchant les armes et les munitions jusque dans les hôtels des ministres étrangers, mettant sous séquestre la caisse des abbayes, décrétant la confiscation des biens des émigrés et le bannissement perpétuel contre les émigrants. Mais l'exaspération du peuple grandissait en raison de la violence du pouvoir. On savait du reste que Joseph II, engagé dans la guerre contre

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les Turcs, ne disposait que d'un petit nombre de régiments et dans ceux-là mêmes il y avait beaucoup de Belges tout prêts à faire défection.

Je passerai rapidement ici sur tout ce qui ne concerne pas directement Bruxelles. Les campagnes de Van der Mersch dans la Campine, sa victoire remportée sur les Impériaux près de Turnhout, ses marches et contre-marches dans la Flandre et le Brabant, ses dissentiments avec le comité de Breda, la prise de Gand par les patriotes, prélude de la délivrance de Bruxelles au mois de décembre, les tergiversations de Trautmansdorff et les bévues stratégiques du général d'Alton, tout cela n'est pas du domaine du chroniqueur qui s'est imposé la tâche déjà très lourde de raconter les événements qui se sont passés dans la capitale.

La prise de Bruxelles par ses habitants eut lieu dans les premiers jours de décembre 178g, et nous en trouvons le récit, en quelque sorte officiel, dans le manuscrit que nous devons à l'obligeance de M. Van Derton.

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