‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 59 sur 192 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

et à leur arrivée (ceux de Gand seulement) ils sentirent cette joie mêlée de regrets de n'avoir pu donner des marques de leur valeur; car tout était fini, et ils ne sont venus que pour recevoir les félicitations de leur ardeur patriotique. Le bon citoyen leur en conserve dans son cœur une éternelle reconnaissance ; il a commencé à leur en donner des marques en invitant, par des imprimés adressés aux bourgeois, de loger et de bien accueillir ces défenseurs de la patrie. Leur avant-garde arriva à quatre heures par la porte de Flandre, et le corps de l'armée au nombre de 3,ooo, tant cavalerie qu'infanterie, parut à quatre heures et demie, marchant avec un ordre étonnant pour des troupes si peu disciplinées. Ils avaient à leur tête M. le comte de Rosière, chevalier de Saint-Louis, leur colonel, auquel on a remarqué cet air noble et assuré, ce sang-froid

Le Lion brabançon balayant les autrichiens. — Fac-similt d'une Rravure de la collection de M. Cumont.

et ce caractère de bonté qui dénote si bien l'homme vraiment brave. Les officiers et soldats, qui sont autant de guerriers intrépides, que Turnhout et Gand ont couverts de lauriers, paraissaient bien mériter un pareil commandant. Nous ferions mention des principaux officiers si le crépuscule qui survint ne nous les eût dérobés à la vue.

Ils avaient huit pièces de canon, des drapeaux et grand nombre de chariots chargés de munitions.

La nuit du dimanche au lundi fut encore illuminée d'une infinité de feux qui se dressèrent vis-à-vis chaque porte et de lampions dont on punît toutes les croisées.

Lundi matin 14, les Récollets ont célébré pontificalement un service pour le repos des âmes tant des patriotes que des militaires tués dans cette révolution, et dont les corps furent enterrés solennellement. On compte environ 3o morts et 40 blessés parmi les patriotes, et un plus grand nombre du côté de l'ennemi.

A une heure on sonna le tocsin. L'alarme est générale. Les Benders mettent tout à feu et à sang à l'abbaye de Forest et dans ses environs; on s'assemble, on choisit ses chefs et en moins d'une heure une armée composée de 3,ooo patriotes sort des portes avec 3 pièces de canon pour réprimer la cruauté trop naturelle aux Allemands. Heureusement que l'alarme se trouva fausse, et nos patriotes sont retournés sans avoir rien pu découvrir, sinon un grenadier du régiment de Vierset qu'ils ramenèrent; ils continuent toujours leurs patrouilles.

Après une révolution aussi surprenante, aussi miraculeuse, nous espérons que le comité composé de personnes du mérite le plus rare, remplies de vertus, va s'occuper de notre bonheur; on cite parmi ses membres M. le baron Van der Haeghen,

le comte de Rosière, le comte de Bouvois, ancien officier aux gardes françaises, Vander Nootde Vreckem et Van Langendonck. M. Bouvois est chargé de la direction de la grande garde.

On s'occupe maintenant à découvrir les traîtres à la patrie sous le nom de royalistes et à s'en assurer.

On s'est rendu chez le médecin Burtin, ci-devant conseiller au gouvernement, qu'on n'a pas trouvé. On a mis les scellés sur tous ses papiers, et nos citoyens ont éloigné le peuple qui criait A la lanterne! A la nouvelle de la prise totale de Bruxelles et de l'entière évacuation des troupes, plusieurs personnages de marque y revinrent ; entre autres le prince Louis d'Arenberg y est arrivé avec sa suite dimanche i3, à deux heures après midi et beaucoup d'autres personnes ; en sorte que notre capitale se trouve maintenant remplie d'étrangers qui y abordent de toutes parts, comme l'endroit où ils pourront être à l'abri des calamités de la guerre, les patriotes devant diriger leur marche sur Luxembourg, qui sera à l'avenir le lieu où s'assembleront les combattants.

Parmi les faits cités ci-dessus nous omettons d'observer que, le vendredi matin, les bourgeois s'étaient emparés du magasin de Jéricho (ci-devant couvent de Jéricho), où ils ont trouvé des cartouches et plusieurs caissons de poudre qui furent aussitôt amenés chez M. Van der Noot de Vreckem, où se trouvait le conseil entre les capitaines, le chef-doyen Grimberghe et les principaux bourgeois de la ville.

Le samedi, l'heure était fixée à g heures du matin pour conférer chez le ministre avec le général d'Alton et les autres généraux, ainsi que les colonels des régiments qui composaient une armée de six à sept mille hommes; le ministre, après avoir témoigné ses regrets de l'effusion du sang qui avait coulé pendant la nuit précédente, proposa d'écrire une lettre au magistrat pour assembler les Serments et on y fit des propositions.

Les députés des bourgeois et volontaires, après une longue conférence chez le ministre, descendirent vers les onze heures et furent rendre compte de leur mission aux combattants en leur recommandant la tranquillité pendant la conférence qu'ils devaient avoir avec MM. du magistrat qui avaient fixé l'heure à n heures.

Pendant les conférences le ministre fit faire de nouvelles propositions d'arrangement au baron Van der Haeghen, qui fut député par les bourgeois avec quelques personnes de confiance, sous l'escorte d'une garde de 5o hommes, mais arrivés à la place Royale, ils furent surpris de ne trouver que des caissons et des chariots.

A la prise de la caisse de guerre, i5o hommes du régiment de Bender et trois officiers demandèrent une capitulation qu'on leur accorda. On en a accordé également une à M. Monte de Famario qui y avait été abandonné avec ses gens et les enfants de l'Académie militaire au nombre de 40 environ.

Les patriotes de Gand, au nombre de 3, 000, sont partis mardi i5, à midi, avec cette gaité avant-coureur de la victoire pour se réunir à l'armée de Van der Mersch, qui doit attaquer les places de Namur et de Luxembourg.

Il est impossible de contester l'authenticité de cette relation écrite par un témoin oculaire qu'on nous dit être M. Van Nuffel d'Eynsbroeck. On voit qu'il y eut en somme plus de bruit que de sang versé, et d'ailleurs on lit dans une brochure de l'époque que si l'on tira 60,000 coups de fusil et 100 coups de canon, de manière à faire croire que Bruxelles nageait dans le sang, on compta peu de victimes, parce que ceux qui savaient tirer ne voulaient pas tuer, et que ceux qui voulaient tuer ne savaient pas tirer.

Quoi qu'il en soit, la débâcle des Autrichiens fut complète. Ils quittèrent la ville, laissant 1,200,000 florins dans la caisse de guerre, abandonnant les archives du gouvernement et jusqu'à la correspondance secrète de Joseph II avec ses lieutenants. Trautmansdorff partit le dernier, à cheval et sous escorte. Quant à d'Alton, il prit la fuite coiffé d'un bonnet de nuit, laissant sur son bureau ses deux montres et ses décorations. Dans ce temps où l'on aimait les chansons, il n'y eut pas d'homme plus chansonné que ce général incapable et féroce.

Le 18 décembre 1789 fut à Bruxelles un jour d'ivresse et de fêtes. Les kaiserliks étaient partis et Van der Noot, accouru de Breda, fit dans l'ancienne capitale des Pays-Bas autrichiens une entrée triomphale. Dès la veille, son arrivée avait été

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