‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 61 sur 192 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

Van der Noot en guise de croix; il avait habilement fixé la pointe de son épée sur cette médaille et se jetant avec force sur la lame il l'avait fait sauter en éclats. Ce tour de passe-passe fut regardé comme un miracle et le portrait du grand homme comme une relique.

Les Etats de Brabant avaient adressé, dès le 28 décembre 1789, à ceux des autres provinces une circulaire pour leur annoncer que le 7 janvier 1790 s'ouvrirait à Bruxelles une assemblée souveraine à laquelle ils étaient invités à envoyer leurs députés. Au jour fixé, le Congrès belgique se réunit. Il comptait go membres. Le Brabant y fut représenté par Mgr de Nélis, évêque d'Anvers, Mgr Hermans, abbé de Tongerloo, le duc d'Ursel, le comte de Coloma et trois bourgeois -des villes de Bruxelles, Anvers et Louvain (1). La première séance eut lieu à l'hôtel de ville après une messe du Saint-Esprit célébrée à Sainte-Gudule ; les jours suivants le Congrès se réunit dans l'ancien hôtel du ministre plénipotentiaire qui forme aujourd'hui l'une des ailes du palais du roi, entre la colonnade et le corps de garde (2). C'est là que, le 11 janvier, fut proclamée la Confédération des Etats belgiques unis. Les députés y siégeaient autour d'une grande table, le président ayant à ses côtés Van der Noot et Van Eupen. Ce fut l'occasion pour l'illustre Henri de lancer un nouveau Manifeste adressé cette fois aux puissances européennes. Il prenait au sérieux son rôle de dictateur et cherchait à se débarrasser de Van der Mersch, qui ne dissimulait pas ses sympathies pour les vonckistes. Aussi quand le général vint à Bruxelles, où la population lui fit l'accueil que j'ai raconté plus haut, les Etats levèrent la séance pour ne pas le recevoir. L'irritation du public fut telle, qu'ils durent se réunir le lendemain pour faire une réception solennelle. Contraints et forcés, ils lui décernèrent le grade de lieutenant général avec un traitement de i5,ooo florins, mais peu de jours après ils nommèrent aussi lieutenant général, aux appointements de 16,000 florins, un Prussien, le comte de Schœnfeld, ancien aide de camp du grand Frédéric. C'était à la fois un cruel affront pour Van der Mersch, un acte de défiance à l'égard des patriotes et une menace adressée aux vonckistes. De divers côtés surgirent des protestations; Van der Mersch eut une altercation très vive avec Van der Noot, qu'il traita d'imposteur; le duc d'Arenberg, qui venait d'être élu chef des cinq Serments de Bruxelles, refusa de jurer obéissance aux Etats de Brabant. D'autre part, le clergé organisa une sorte de plébiscite en faveur de la politique statiste. Il obtint 400,000 adhésions données en grande majorité par des femmes, des enfants et des gens qui traçaient une croix à côté de leur nom écrit par le curé. A la suite d'une lettre pastorale des plus violentes

(1) On remarquait, parmi les députés des autres provinces, le marquis de Rodes, le comte d'Hane de Steenhuyze, M. Van Hoobrouck, le comte de Thiennes de Lombise, le chevalier de Bousies, M. Gendebien, greffier de la ville de Mons, père d'Alexandre Gendebien, M. Fallon, M. Vinchent.

(2) Voir le chapitre précédent. Le vicomte de Walckicrs habitait tout à coté, à l'angle de la rue Ducale, l'hôtel qui appartint plus tard au marquis d'Assche.

Page 1