CHAPITRE IX
blanc avec du fromage de Gruyère, le tout arrosé d'excellente bière forte. Cette collation achevée, commençait la visite des églises, usage conservé tant bien que mal de nos jours, et enfin, le soir venu, quelques parents, voisins ou amis se réunissaient chez l'un ou chez l'autre; une table de jeu était dressée et une partie de Nain jaune se continuait jusqu'à huit heures; a ce moment les cartes et les jetons étaient mis de côté, une nappe d'une entière blancheur était étalée, les couverts étaient mis
Sortie de la procession de Sainte-Gudule en 1825. Fac-similf d*une ancienne estampe.
et la table servie. C'était d'abord un poisson cuit à l'eau et servi avec des pommes de terre et du beurre fondu ; c'était ensuite un autre poisson fin rôti et de préférence, quand il y en avait, des homards mangés froids, avec une sauce mayonnaise. Puis, les plats étant enlevés, la servante déposait sur la table un énorme bol vide flanqué de trois où quatre bouteilles de vin de Jésus, vin que le maitre ou la maîtresse de la maison versait dans le bol; on y ajoutait du rhum, du sucre, le jus d'un citron et de deux ou trois oranges si l'on en trouvait encore et le breuvage étant versé dans les assiettes, on s'en régalait à la cuiller en l'accompagnant de biscottes et de pain à la grecque. C'était la cène. A dix heures tout le monde rentrait chez soi.
« Plusieurs jours avant la kermesse, Bruxelles songeait à se faire beau, les façades noircies étaient badigeonnées, les fenêtres lavées, l'intérieur nettoyé et mis en ordre, surtout lorsque l'on attendait des étrangers, des amis ou parents de la province.
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« La veille, tous les pas des portes étaient lavés, et il fallait se garer avec soin des baquets, des seaux, des balais qui encombraient les rues.
« Ce jour-là, ce qui amusait le Bruxellois c'était d'aller au-devant des visiteurs des localités voisines, des Louvanistes surtout, qui accouraient en foule, les uns en diligence, d'autres en voiture particulière, voire même en charrette. La chaussée
Manneken-Pip en grande tenue.
A l'occasion de la grande kermesse de Bruxelles, le i5 juillet 1827. — Fac-similé d'une ancienne estampe.
de Louvain était encombrée de véhicules de toute sorte, et tout ce monde riait, chantait et s'arrêtait aux cabarets des environs pour boire au bonheur de se revoir. - La ville ne devenait paisible qu'à une heure assez avancée.
« Le lendemain, le grand jour, tous les bourgeois mettaient leurs plus beaux habits et s'en allaient dévotement assister à la grand'messe et entendre un sermon; puis, après avoir admiré la procession de Sainte-Gudule, ils se dirigeaient vers le Parc pour s'y promener jusqu'à l'heure du dîner.
« Sous le régime français, cette promenade n'était pas ce qu'elle est devenue depuis ; d'abord elle n'était pas entourée d'une grille, mais d'une simple haie présentant souvent des lacunes; ensuite les belles allées étaient complètement abandonnées et les promeneurs se croisaient continuellement dans la seule allée longeant la rue Royale, du côté des massifs.