CHAPITRE IX
habillés en jockeys (1) parurent à l'entrée de la promenade montés sur leurs chevaux et, à un signal donné, coururent à bride abattue jusqu'à l'extrémité, près du pont de Laeken. Le premier arrivé fut naturellement déclaré vainqueur.
- Nos sportsmen d'aujourd'hui auraient bien ri de cette petite course plate; mais le peuple accouru en foule fut enchanté et je présume que les officiers anglais qui étaient présents virent d'un œil de pitié ce simulacre de course.
Promenade au parc en 1820. Faï-iimilt d'un dessin de J. Madou.
- Ce jour-là, l'Allée-Verte était splendide; l'avenue principale était sillonnée de voitures, d'équipages, de cavaliers, et toute la promenade était envahie par la foule (jui se garait comme elle pouvait.
- Plus tard, quand l'apaisement fut complet, les amateurs de musique songèrent à donner des sérénades. Celles-ci n'étaient pas ce qu'elles sont de nos jours; non; deux voix chantaient un nocturne avec accompagnement de guitare, ou bien, le progrès aidant, aux voix se joignaient deux flûtes pour exécuter un nocturne de Blangini, la guitare-remplaçant le piano. C'était simple et charmant.
- Un amateur du nom de Roussel avait composé ainsi un nocturne à deux voix intitulé 77 est minuit, et ces mots se répétaient après chaque couplet.
- Une nuit que nous le chantions rue de L'Empereur, un voisin se mit à la fenêtre,
(1) Ces trois cavaliers étaient MM. Meher, Edouard }'almaett et Clunlut Mattagiu
nous écouta silencieusement jusqu'au bout, puis, au dernier mot, nous dit en goguenardant : Eh bien, s'il est minuit allez vous coucher.
- On a toujours remarqué l'esprit d'imitation chez les jeunes. Sous le premier
empire, les grands se battaient; à Bruxelles, les petits voulurent aussi se battre. C'était surtout entre le quartier du bassin Sainte-Catherine et du Marché-aux-Poissons, et le quartier de la rue Haute et des Marolles que la guerre était déclarée.
- A certain jour, on voyait monter d'une part, descendre de l'autre, des centaines de jeunes gens de seize à vingt ans, armés de gourdins; ceux du Marché-aux-Poissons accompagnés de leurs énormes chiens. La rencontre avait lieu ordinairement à la place Saint-Jean ou à la Vieille-Halleaux-Blés, et alors commençait une bataille générale où les coups pleuvaient, les chiens mordaient, les clameurs des combattants assourdissaient et effrayaient les habitants. La police, une police insuffisante, intervenait ensuite pour séparer les belligérants qui rentraient chez eux, les yeux pochés, les membres meurtris, mais satisfaits d'avoir pu crier, vociférer et se battre à cœur joie.
- L'arrivée des troupes alliées mit un terme à ces bagarres. »
Un hasard, que je qualifierai d'heureux, m'a valu les confidences d'un autre Bruxellois octogénaire, M. J.-B. Van der Plasse, aujourd'hui retiré à Heyst-sur-Mer et qui a la tête meublée d'anciens souvenirs de sa ville natale. Je reproduis ceux qui concernent le quartier des Marolles, qui est l'une des curiosités du vieux Bruxelles.
» D'abord le mot Marollien dérive d'un couvent de femmes, les Maricoles, en flamand Marikollekes. Ce couvent se trouvait au bout de la rue des Minimes, près des remparts; il fut supprimé au xvme siècle, mais le nom resta. Dans les premiers temps de l'empire, la chapelle de l'hôpital Saint-Pierre était l'église paroissiale des Marolles; l'église actuelle était devenue la ferme des tabacs. Lorsqu'elle fut rendue au culte, elle était pauvre et nue. Comme on y entendait constamment éternuer pendant les offices, les loustics du temps prétendaient que c'était l'effet
Sapeur-pompier de Bruxelles en 1825.
Fac-similé d'un dessin de Van Hemelryck. Communiqué par M. Molenschot.