‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 8 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de la salle qui se trouve vis-à-vis des fenêtres, est garnie de très belles tapisseries; elles représentent Y Inauguration de Philippe le Bon, Y Abdication de Charles-Quint et Y Inauguration de Charles VI. Ces tapisseries ont été exécutées chez Leyniers d'après les dessins de Janssens (i). A côté du trône sont deux glaces sous lesquelles on voit deux tables d'une composition qui imite le marbre, et sur cette composition est la carte du Brabant. Le plafond de la salle du greffe a été peint par J. Van Orley; des génies y paraissent unir ensemble les trois écussons des chefs-villes en même temps qu'ils font des efforts pour écarter l'écusson d'une quatrième ville, qui est celle de Bois-le-Duc. On a placé dans cette salle le portrait de feu l'impératrice-reine qui était auparavant dans La salle d'assemblée des Etats.

« Les autres salles de l'hôtel de ville n'offrent rien de remarquable. Dans celle de la trésorerie est un tableau de J. Mille, qui représente Marie-Thérèse à cheval.

On voit aussi dans cette salle le portrait de Philippe II, peint par J. Van Orley. -

J. Gautier, dans son Conducteur de 1825, se borne à reproduire ta description de l'abbé Mann, d'où l'on peut conclure cju'à cette époque l'aménagement intérieur de l'hôtel de ville n'avait pas subi de changements (2). Sa distribution actuelle est connue de tous. La salle Gothique, donnant sur l'ancienne rue de l'Etoile, a été magnifiquement décorée de tapisseries de Bracqucnié, d'après des peintures de Gallait. On y monte par un escalier d'honneur pratiqué dans l'aile orientale, du côté de la cour. La salle du Christ est devenue la salle des Mariages. Les cabinets du bourgmestre, la salle des sections et la salle des réunions du conseil occupent tout le premier étage donnant sur la rue de l'Amigo. Le reste est consacré aux bureaux. Les archives sont au second étage sous la tour. C'est là que depuis de longues

Ai.i'H. Wauters, archiviste de la ville de Bruxelles.

(1) D'après Reiffenberg, ces tapisseries furent travaillées chez Van der Borght père. Elles furent transportées en Allemagne en 1794 et revinrent en Belgique en 1807. (Note de M. Wauters.)

(2) Sous le gouvernement autrichien, la loterie nationale se tirait dans la grande salle. Les Français y placèrent la cour criminelle. Sous le gouvernement néerlandais, l'académie de peinture, sculpture et architecture, et son salon d'exposition occupaient l'ancienne chapelle et ses dépendances. Cette académie, dont le prince Frédéric était le protecteur, existait depuis le 16 août 1711. Chaque année il y avait un concours et une distribution de prix. Dans les corridors, dans la cour et dans plusieurs salles de l'hôtel de ville s'ouvraient les boutiques d'une foire qui commençait la semaine avant la petite kermesse, et le 18 novembre, pour finir à la Toussaint.

années, notre savant confrère M. Alphonse Wauters, travaille avec un zèle de bénédictin à rassembler les éléments de l'histoire de Bruxelles dont il a été le Christophe Colomb.

Dans la cour existent, depuis la restauration du siècle dernier, deux fontaines ornées chacune d'une statue de marbre blanc représentant sous une forme allégorique un fleuve couché sur des roseaux et accoudé sur une urne. Une grande coquille, posée sur deux dauphins de marbre, reçoit quatre filets d'eau qui jaillissent des narines de deux autres dauphins, sur le dos desquels sont deux tritons. La fontaine qui se trouve à droite quand on entre par la place est de Plumiers, et l'autre de De Kinder. L'eau de ces fontaines, après s'être écoulée par des tuyaux souterrains, sort dans la .rue de la Vrunte, vis-à-vis de l'Amigo, par la gueule de deux petits lions de bronze, et se jette dans des coquilles de pierre (i).

En adoptant l'ordre chronologique, nous aurions dù mentionner avant l'hôtel de ville l'antique édifice appelé, depuis la fin du xve siècle, la Maison du Roi, mais désigné primitivement sous le nom de Broodhuys, Maison au Pain, Domns Panis, Panarium.

L'ancienne halle au pain, construite au xme siècle, formait un seul corps de bâtiment avec la première halle aux draps, qui occupait l'emplacement de la rue actuelle du Poivre et la halle aux viandes, plus tard la grande boucherie. La rue du Poivre, percée au xvie siècle, portait au début le nom de Chair et Pain, parce qu'elle séparait les locaux où se débitaient ces deux denrées. Le Broodhuys, dont on ne connaît pas l'aménagement primitif et qui dut être restauré à diverses reprises, fut entièrement rebâti vers i5i4, au temps de Charles-Quint, encore infant d'Espagne. A ces travaux concoururent la plupart des architectes belges alors en renom : Antoine, Dominique et Rombaut Kelderman, Dominique de Wagemaker, Louis Van Beughem ou Bodeghem, l'architecte de la magnifique église Notre-Dame de Brou, érigée par Marguerite d'Autriche à la mémoire de son époux Philibert de Savoie, et Henri Van Pede, l'architecte de l'hôtel de ville d'Audenarde. Les travaux extérieurs étaient achevés en i523; les dispositions intérieures ne l'étaient pas entièrement en i53i (2). Schayes considère cet édifice comme un des plus beaux types du style ogival tertiaire à sa dernière période. Nous donnons, d'après la Bruxella septenaria, de Puteanus, la vue de l'édifice considérablement embelli sous le règne de l'infante Isabelle. On remarquera que sur cette gravure une seule des façades latérales, celle qui donne du côté de la rue des Harengs, est surmontée de pignons couronnés par des statues

(1) Le dessin des deux fontaines ayant été, sur l'ordre du magistrat, fait par l'architecte J.-A. Anneessens, fils de l'infortuné doyen, Plumiers se présenta pour les exécuter; mais bien qu'habitant de la ville, il n'était ni bourgeois, ni maître du métier des maçons, et De Kinder, qui avait un compagnon un peu entendu sur lequel il se fiait pour l'exécution, profita de ces circonstances pour essayer d'écarter son rival. Il ne réussit qu'à demi : le magistrat partagea le travail ; mais pour qu'à l'avenir pareil fait ne pût se renouveler, il fit expédier gratuitement des lettres de bourgeoisie à Plumiers, qui fut inscrit dans le métier des maçons, sculpteurs, etc., le 3o avril 1714. (Wauters, Recherches, etc., p. 42.)

(2) Voir Schayes, Histoire de l'architecture en Belgique, IV, p. 64. — Wauters, Notice sur la Maison du Roi, dans le Messager des sciences historiques, 1842.

PLAN DE BRUXELLES EN 1812. — Communiqué par M. l'ingénieur Drugmand.

Le Broodhuys, Maison du Roi. — D'après la Bruxtlla septenaria de Puteanus.

d'hommes armés. Une décoration analogue dut être établie du côté de la rue Chairet-Pain, car on en voit la silhouette sur l'une des planches des Ruines de Bruxelles après le bombardement, dessinées par Augustin Coppens.

Le Broodhuys reçut la dénomination officielle de Maison du Roi, Prœtorium regium, à partir du jour où l'on y installa certaines cours de justice, telles que la chambre de Tonlieu, le tribunal de la Foresterie et le consistoire de la Trompe. Le premier de ces tribunaux avait dans ses attributions les questions relatives à la voirie; le second, les contestations relatives aux bois du domaine, et le troisième, l'exécution des règlements sur la chasse et la pêche. Nous avons vu, dans un précédent chapitre, que le serment des Escrimeurs avait une salle dans la Maison du Roi; les arquebusiers aussi y avaient la leur, décorées toutes deux de tableaux religieux et de portraits des souverains. C'est dans une des chambres du second étage que le comte d'Egmont passa la nuit qui précéda son supplice. C'est de la Maison du Roi qu'il se rendit à l'échafaud dressé sur la Grand'Place.

« Le 5 juin i568, veille de la Pentecôte, fut le jour de funeste mémoire qui présenta aux regards des Bruxellois consternés le spectacle de cette cruelle exécution. Le comte d'Egmont s'était confessé, avait entendu la messe, avait communié, et pendant qu'il s'entretenait avec son confesseur, le jour avait paru. Il montrait une contenance ferme et résignée. Il s'était tellement préparé à mourir qu'il fit couper son pourpoint depuis le col jusqu'aux épaules, afin qu'il n'y eût point de retard quand il serait sur l'échafaud. Mais l'attente parut bien longue; puisqu'il devait mourir, il était cruel de lui faire endurer une si longue agonie. Enfin vers onze heures le mestre de camp, Julien de Romero, et le capitaine Salinas, suivis de soldats espagnols, entrèrent dans la chambre du condamné; ils voulurent lui lier les bras et les mains; le comte déploya sa robe.

* Les Espagnols consentirent à ne point garrotter le vainqueur de Saint-Quentin et de Gravelines, mais après qu'il eut donné sa parole de chevalier qu'il ne ferait aucune résistance. Il se plaça entre ces deux officiers et l'évêque d'Ypres et descendit la Maison du Roi. Il était vêtu d'une robe de nuit de damas cramoisi rouge, au-dessus de laquelle flottait un manteau à l'espagnole, noir, brodé d'or; il portait un chapeau de taffetas noir, surmonté d'une plume blanche et noire, et tenait à la main un mouchoir brodé. En marchant appuyé sur le révérend Rithove, il lisait dans son livre d'heures le psaume LXI Miserere mei, Deus... Vingt-deux compagnies de soldats espagnols du régiment de Romero occupaient la place, repoussant le peuple avec les crosses de leurs arquebuses.

« L'échafaud tendu de drap noir, deux coussins en velours et une petite table avec un crucifix d'argent, placé entre deux cierges allumés, formaient l'ameublement de l'autel funéraire.

- Outre les vingt-deux régiments enseignes qui entouraient l'échafaud, se tenait à cheval le prévôt général de la cour, sa verge rouge à la main. Le bourreau à son

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