COSTUME DE MINISTRE EN
Fac-similé d"un dessin de Van Hemelryck. Coniinuni<lué par M. Molenschot.
sous le sobriquet de Beau Notaire, et le juge de paix, M. Peeters, marguillier de l'église, personnage très dévot, mais fort avenant.
« Le dimanche qui suivait la kermesse, les Marolliens, les amis de la rue Haute et du Vieux-Marché faisaient ensemble un pèlerinage à Notre-Dame de Hal. C'était une confrérie nombreuse et variée. Elle avait pour chef ou colonel un nommé François Somville, tireur de vin et l'homme de confiance du plus grand marchand de vins de Bruxelles. On le voyait à cheval à la tête des pèlerins, revêtu de l'uniforme de colonel du Directoire, habit bleu à longues basques, culotte blanche, bottes à revers, chapeau à cornes surmonté d'un énorme plumet, écharpe tricolore et un grand sabre au côté.
- Fr. Somville, grâce à sa haute taille, à sa prestance, à son verbe énergique, savait se faire obéir par cette masse originale et turbulente. Dès l'aube, sa troupe quittait Bruxelles, les hommes à pied ou à cheval, les femmes et les enfants dans de grandes berlines attelées de deux chevaux. Sur la route, les campagnards de Saint-Gilles, de Forest, de Ruysbroeck, d'Anderlecht se joignaient aux pèlerins de Bruxelles. Les infirmes étaient nombreux; boiteux, cagneux, béquillards, aveugles, manchots, estropiés, mendiants étalaient des plaies hideuses, des tronçons de bras décharnés, brûlés ou amputés : c'était un spectacle à faire frémir.
« Cette foule qui marchait sur les accotements de la chaussée soulevait une poussière incommode; les cavaliers réglaient leur marche sur le pas des piétons. Chose remarquable, il n'arriva jamais d'accident.
« Quand cette cohue envahissait la petite ville de Hal, c'était effrayant. Toutefois, et malgré l'absence de toute police, l'ordre le plus parfait régnait dans cette multitude. Somville exerçait une autorité despotique. La meilleure entente régnait dans cette armée de gens de tout âge, unis par le sentiment de la dévotion et tous pourvus de cierges qu'ils allaient offrir à la Vierge. On en voyait de toute dimension, de minuscules et d'autres qu'un homme avait peine à soulever. Il arrivait parfois que de hautes notabilités de Bruxelles se joignaient au cortège. Un honorable notaire de Bruxelles fit ce pèlerinage en compagnie de toute sa famille.
« Le cortège faisait le tour de l'église, puis, après la messe et les cérémonies d'usage, cette multitude campait dans les rues, mangeant sur le seuil des maisons, sur les ponts, dans les carrefours. Les cabarets et les auberges regorgeaient de monde. Enfin venait le signal du départ. Adieu alors la dévotion! Vive la gaité! La colonne se déployait sur les routes, hommes et femmes avec des chapelets grossiers, des colliers de mastelles ornées de l'image de la Vierge de Hal, de petits drapeaux en papier colorié plantés sur les casquettes des gars et parfois sur la tête des chevaux. Somville ne marchait plus devant le bataillon, mais caracolait sur les flancs. On n'écoutait plus sa voix, on criait, on gesticulait, on jurait, on chantait; la marmaille et les femmes soufflaient dans de petites trompettes en bois ou en métal. C'était un vacarme d'enfer.