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CHAPITRE IX

« La première étape de la troupe était l'estaminet de la Tête de Mouton, à Cureghem. En un clin d'oeil le cabaret, la cour, le jardin avec ses jolis berceaux étaient envahis. Les pipes s'allumaient. Impossible de décrire le mouvement, le bruit de cette fourmilière humaine qui eût défié le pinceau de Van Ostade et de Jean Steen. Un voisin, propriétaire d'une grande fabrique, mais simple ouvrier à ses débuts, venait volontiers trinquer avec le peuple et lui payait des rasades. Quand on avait bien bu, on se remettait en route pour la ville. Dans la rue

KAtp. populaire au » Vosseoat », PRÈS DS FottftT. Fut-simile d'une lithographie <le | Madou.

d Anderlecht, le vacarme atteignait son apogée. C'étaient des vivats, des saluts, des baisers échangés. Les gens attablés dans la rue devant les cabarets levaient leur verre et buvaient à la santé des pèlerins. Les enfants soufflaient dans leurs trompettes; la moitié des mastelles étaient déjà mangées. Le cortège se dirigeait vers la Grand'Place, envahissait les cabarets, puis se dirigeait vers la Tourelle (dm Torcn), place de la Chapelle, pour y vider encore quelques tonnes de Jaro, vouant à tous les diables la bière brune de Hal. Pendant ce temps le trompette de la Chapelle soufflait ses plus belles fanfares, la chanson de Malbrouck, le Doudou, etc.. -

Telle était l'ancienne fête du quartier des Marolles, dont les mœurs se sont notablement modifiées depuis. Il y avait de semblables saturnales le mardi de la kermesse au Vosscgat, le Trou du Renard, cabaret situé près de Forest. « Hommes et femmes se prenant à bras le corps roulaient à qui mieux mieux sur un terrain communal d'environ deux hectares, qui était planté d'arbres et s'inclinait fortement

vers le sud-ouest. Il y a trente ans ces ébats attiraient encore des milliers de personnes à Forest, mais ils ont cessé peu de temps après la révolution de i83o (i). »

Le langage du quartier des Marolles est bien connu; il a été pris sur le vif par l'un de nos écrivains, M. Victor Lefèvre, qui a publié, sous le pseudonyme de Coco Liilu, un intéressant recueil de récits en ce patois mi-français, mi-flamand.

Le bassin Sainte-Catherine en 1825.

Reproduction d'une ancienne estampe de la collection de M. Th. Hippett.

On a vu dans un précédent chapitre que l'instruction moyenne fut donnée pendant longtemps à Bruxelles par des ordres religieux, les Augustins, les Oratoriens et les Jésuites. Pendant des siècles, l'instruction primaire fut exclusivement aux mains du clergé séculier. Le chapitre de Sainte-Gudule en eut d'abord la direction, et vers i36o la cité comptait onze écoles. Trois cents ans après, il y en avait treize établies au Kantersteen, à la Putterie, rue de la Montagne, rue de la Fourche, rue au Lait, Marché-au-Charbon, rue du Marché-aux-Herbes-Potagères et dans les quartiers de Saint-Jean, de Saint-Géry, de Sainte-Catherine, du Béguinage, du Sablon et de la Chapelle. On en avait compté davantage au temps de Charles-Quint, sous la régence éclairée de Marguerite d'Autriche. Qu'enseignait-on dans ces écoles? Quelle influence

(1) Ai.ph. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, III, p. 584.

exercèrent-elles sur la marche générale de la civilisation? Au moyen âge le clergé revendiquait sans détours le monopole de l'instruction publique. A Gand, les chanoines de Saintc-Pharaïlde avaient seuls le droit de tenir des écoles, et le jour où la bourgeoisie songea à le leur contester, elle se vit adresser la menace habituelle de l'anathème. La rigoureuse surveillance que Jeanne de Flandre exerça sur les établissements du clergé fut peut-être l'une des causes de la persécution dont cette malheureuse princesse fut l'objet de la part de l'Église. A Ypres, les chanoines de

Vue de la boutique d'estampes de Fietta frères, au coin de la rue de la Colline.

Fac-similé d'une ancienne gravure.

Saint-Martin lançaient des sentences d'excommunication contre les échcvins et les bourgeois qui leur disputaient le monopole, et dans le Brabant, les écoles, livrées au plus déplorable abandon, étaient une cause de contestations incessantes entre le clergé et la bourgeoisie. Plus d'un lecteur, dit M. Coomans dans son Histoire des communes belges, serait étonné d'apprendre avec quelle animosité une foule de choses ont été écrites en Belgique sur la question de l'enseignement depuis le xne jusqu'au xvie siècle. En dehors de l'université de Louvain, fondée en 1426 par Jean IV, duc de Brabant, avec l'approbation du pape Martin Y, et dotée de privilèges considérables, l'instruction publique no reçut d'organisation sérieuse que sous le règne de Marie-Thérèse. A l'époque de son avènement, les écoles primaires étaient tombées dans une décadence profonde, l'université de Louvain était bien déchue de son ancienne splendeur et l'enseignement moyen réclamnit une réforme radicale. 11. 26

On avait laissé tomber en désuétude les anciens règlements, et la plus déplorable routine tenait lieu de méthode. Grâce au comte de Cobenzl et au prince de Stahrenberg un changement radical fut introduit dans l'enseignement secondaire. La suppression de l'ordre des Jésuites fit comprendre la nécessité de créer des collèges laïques, dont les professeurs étaient nommés et payés par l'État. On mit les places au concours, et l'on put juger de l'ignorance des anciens magisters dans cette épreuve où des candidats aux chaires de rhétorique montrèrent qu'ils étaient incapables de traduire une fable de Phèdre. Le gouvernement rédigea un plan d'études et proscrivit les peines corporelles. Les auteurs latins durent être expliqués depuis Cornélius Nepos jusqu'à Tacite; les mathématiques, qui semblaient ignorées, furent inscrites au programme ainsi que l'histoire, la géographie et la langue française; enfin des certificats d'aptitude furent exigés pour le passage de la rhétorique à l'université (i).

Un décret du g mars 1777 ordonna l'érection à Bruxelles d'un grand collègepensionnat sur le modèle du collège Thérésien de Vienne. La commission chargée de la nomination des professeurs, de la rédaction du plan d'études et du choix des livres comptait dans son sein le comte de Neny et les frères de Limpens, l'un membre du conseil privé, l'autre du conseil des finances. Le collège Thérésien de Bruxelles s'ouvrit en octobre dans les locaux de l'ancien couvent des Jésuites.

Les réformes impériales ne s'étendirent pas à l'instruction primaire, qui resta aux mains du clergé et ne s'étendait guère au delà de l'enseignement du catéchisme.

Jusqu'au jour de l'annexion de la Belgique à la France, ce fut l'université de Louvain qui jouit du privilège exclusif de conférer tous les grades académiques. Quiconque aspirait à exercer une profession libérale devait être muni d'un diplôme de cette université, divisée en cinq facultés : théologie, droit canon, droit civil, médecine et arts.

Un arrêté du 4 brumaire an vi (25 octobre 1797) du préfet de la Dyle prononça la suppression de l'université de Louvain, qui comptait alors plus de trois siècles et demi d'existence. Des écoles centrales furent organisées au chef-lieu de chaque département; puis on institua des écoles spéciales, et enfin (le 22 septembre 1804) des écoles de droit dans douze villes de l'empire, au nombre desquelles était Bruxelles. Parmi les cinq inspecteurs généraux des écoles de droit, l'un avait dans son ressort Bruxelles, Coblence et Strasbourg. Le conseil d'enseignement et de discipline près l'école de droit de notre ville fut nommé par décret impérial du 25 avril 1806. Il était composé de MM. Wautelée, Michaux, Lattour, de Kersmakers, de Brouckere, Malfroid, Demartinelli, Meeus, Bûché, Beyens, Van Gobbelschroy, directeur de l'école, et Van Bavière, secrétaire général. Le conseil fut installé le

(1) Voir Lesbroussart, De l'Éducation belgique. ■ — Th. Juste, Essai sur l'histoire de l'instruction publique. — Mémoires sur l'instruction publique (Mémoires de l'Académie) . — L. Hymans, L'Eglise et les libertés belges, p. 235. — Hubert, Les Réformes de Marie-Thérèse dans V enseignement moyen aux Pays-Bas.

Raingo, Eugène

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