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CHAPITRE IX

Au Grand Théâtre comme à la salle Saint-Michel, ce sont les opéras de Grétry, la Fausse Magie, les Mariages Sommités, la Rosière de Salcncy, le Tableau parlant-, etc., qui obtiennent le plus de succès. La correspondance de Vitzthumb avec l'illustre compositeur liégeois a été l'objet d'une notice de M. Ch. Piot, insérée dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique (i). Vitzthumb fut aussi en correspondance avec Beaumarchais (qui l'appelle Wiston) à propos de la représentation du Barbier de Sêville, dans laquelle on intercala à Bruxelles, sur la demande de l'auteur, des

Promenade aux étangs de Saint-Jopse-ten-Noode en janvier 1825. Fac-similé d'une lithographie de J . Madou.

arriètes (sic) de Rosine et d'Almaviva qui n'avaient pas été chantées à Paris. Malgré le talent hors ligne et les laborieux efforts du musicien consommé qui avait fait de l'Opéra de Bruxelles l'une des premières scènes lyriques de l'Europe, la fortune inconstante finit par abandonner notre imprésario. Un incident fâcheux vint précipiter sa ruine. Le prince de Ligne, vivement épris du talent et de la beauté d'une cantatrice, la belle Angélique d'I Iannetain, écrivit pour elle le libretto d'un opéra comique en trois actes, Céphalide ou les autres Mariages Samnites. Vitzthumb en écrivit la musique en collaboration avec un Italien nommé Cifolclli, et n'aboutit qu'à un insuccès. Avant la fin de la campagne, il dut abandonner la direction et les artistes continuèrent l'exploitation du théâtre en société. L'cx-dircctcur se résigna aux fonctions de chef

(1) 2° série, tome XL, nos 9 et 10. 1875.

d'orchestre jusqu'au jour où il fut nommé maître de la chapelle de Charles de Lorraine, après le décès du titulaire, H.-J. Croes. M. Faber constate qu'il fut suspendu de son emploi le 14 mars 1791. Cette défaveur inopinée le priva de toute ressource, et il adressa, le 23 avril suivant, au conseiller des finances de Limpens une requête à laquelle il fut répondu en ces termes : « Le conseil croit devoir regarder la place de directeur de musique de la chapelle de la cour comme absolument vacante, tant pour la publicité reconnue de la mauvaise conduite de Vitzthumb père, que par le parti qu'il a pris de s'engager à la direction d'un orchestre de comédie en Hollande. » La mauvaise conduite de Vitzthumb, c'était, comme nous l'avons dit, le rôle qu'il avait joué dans la révolution brabançonne . Il partit donc pour l'étranger et y mena une existence obscure et pénible. Revenu à Bruxelles, il y vécut de privations qui n'altérèrent que lentement sa robuste constitution, car il vécut jusqu'en 1816 et ne s'éteignit qu'à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans.

Nous avons publié, dans l'avant-propos de ce livre, les vers inscrits au bas de son portrait gravé par Cardon. Ces vers furent mis en musique avec accompagnement de piano et de harpe par son petit-fils, J.-H. Mees, qui signait « professeur honoraire de la musique de S. M. le roi des Pays-Bas, directeur d'une école spéciale de musique vocale, propagateur du système du méloplaste à Londres et dans le royaume des Pays-Bas, président honoraire de la Société Philharmonique de Rouen, membre de la Société littéraire et des beaux-arts de Gand, ainsi que de Y Accord parfait, à Amsterdam ». M. Outtelet possède un exemplaire de ce chant qui fut exécuté par les élèves de Mees dans ses classes, le jour de l'installation du buste d'Ignace Vitzthumb, sculpté par Godecharle. Il faut supposer qu'à la fin de sa vie l'ancien collaborateur du prince de Ligne jouit d'une modeste pension, car son petit-fils l'appelle « maître de chapelle et directeur pensionné de la musique de Leurs Altesses Royales, ci-devant gouverneurs des Pays-Bas D'autre part, il ne fut pas entièrement négligé par le public et les artistes, car nous lisons dans le Journal de la Belgique du 21 mars 181 5 :

« Les professeurs et amateurs de musique, réunis, donneront au bénéfice spécial de M. Vitzthumb père, ci-devant maître de musique de la chapelle de Bourgogne, directeur et chef d'orchestre du théâtre, qu'il dirigea l'espace de quarante-six ans, un grand concert vocal et instrumental, mercredi 22, à la salle des amateurs, au marché de Bavière. C'est un tribut de reconnaissance et un hommage qu'on rend à ce savant compositeur qui, à l'âge de quatre-vingt-treize ans, conduira encore l'orchestre. Il y a des listes de souscription aux cafés de l'Empereur et de la Monnaie : elles font suite à celle ouverte par S. A. R. le prince d'Orange. Mme Giorgis, épouse du premier violon du roi de Sardaigne, y chantera une scène italienne, musique de Cimarosa (1). -

(1) Une démonstration analogue avait eu lieu en i8i3 dans la même salle de Bavière (Petite Boucherie1). On y exécuta des morceaux de l'opéra, Cêphalide ou les autres Mariages Samnites, et Vitzthumb, âgé alors de quatre-vingt-onze ans, dirigea l'orchestre.

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