CHAPITRE IX
des membres de la noblesse et de la haute bourgeoisie, MM. Van der Fosse, Walckiers, Cornet de Grez, de Bergeyck, d'Arconati, Tiberghien, d'Overschie de Neeryssche, de Lalaing, de Grimberghe, Van der Meeren. Durant cette période de renaissance, les Bruxellois eurent la bonne fortune d'applaudir Talma, Baron, le célèbre Dugazon et Platel (1), l'éminent violoncelliste dont les leçons ont formé Alexandre Batta, Demunck et F. Servais. Vers cette époque aussi, en 1802, fut inaugurée à Bruxelles la salle des Magdelonettes, dans l'ancienne chapelle de la rue des Fripiers. En i8o3, les artistes de la Comédie vinrent jouer Cinna, le triomphe de Talma et de Mlle Raucourt. Le Vauxhall subit en même temps une transformation complète. Il cessa d'être un théâtre pour devenir une sorte de casino, dirigé par le propriétaire du Cirque de Lille, Louis Dusar, cjui y installa des salons de jeu, des billards et un restaurant. A l'intérieur on allait lire les journaux, jouer aux échecs, au trictrac, aux dominos; dans les jardins on trouvait des jeux de bague, des escarpolettes, des bascules, des culbutes, des cibles, des beebois, des trou-madame. Le directeur organisait en été des concerts, des illuminations, des feux d'artifice; en hiver des bals masqués. Le prix de l'abonnement semestriel était de 18 francs, et entre autres agréments l'établissement offrait à sa clientèle des - bains chauds pour hommes et pour femmes, installés dans des appartements commodes, avec toute la décence et la propreté désirables ». Cette entreprise n'eut guère de succès, car au bout de deux ans les locaux du Vauxhall étaient à louer, et le successeur de Dusar en fit un simple café. Quant au théâtre repris par les actionnaires de la Monnaie, il eut des destinées peu brillantes. Ils continuèrent d'y organiser des spectacles d'amateurs et des représentations de bienfaisance (2).
Napoléon, empereur, revint à Bruxelles en 1810, accompagné cette fois de l'impératrice Marie-Louise. Sa visite nous fournit l'occasion de rappeler un fait peu connu, dont le héros fut un artiste du Grand Théâtre, Bourson, le père du respectable directeur du Moniteur belge. Ce fut dans les premiers jours d'avril que l'on reçut â Bruxelles la nouvelle de la visite des souverains. Les autorités leur préparèrent une réception brillante. Elles voulaient honorer â la fois le soldat couronné et la petite-fille de Marie-Thérèse. Comme d'habitude pour tous les souverains, on décida qu'un spectacle gala aurait lieu au théâtre de la Monnaie. La municipalité résolut de faire réciter une pièce de vers en l'honneur des augustes hôtes. Elle s'adressa à cet effet à Bourson, qui occupait depuis plusieurs années avec éclat, au théâtre alors impérial, l'emploi des jeunes premiers.
Bourson était en même temps un poète distingué, et il avait fait représenter
(1) Mort à Rruxelles en i835.
(2) A l'une de ces représentations, où l'on joua huit actes au bénéfice des vieillards des Ursulines, le prix d'entrée aux premières places était de j5 centimes.
en 1807 une comédie en cinq actes et en vers intitulée le Généreux Vindicatif, signée de ce singulier pseudonyme : un habitant de cette ville.
L'artiste n'accueillit pas les ouvertures qu'on lui fit. Il invoqua ses opinions républicaines qui l'empêchaient de rendre à Napoléon l'hommage que jadis il eût volontiers rendu à Bonaparte.
Napoléon et Marie-Louise arrivèrent à Bruxelles le 29 avril, venant de Compiègne, et traversèrent rapidement la ville, où ils furent accueillis avec enthousiasme, se rendant au château de Laeken. Repartis pour Anvers, ils ne revinrent que le 14 mai dans le chef-lieu du département de la Dyle.
Le spectacle gala était fixé au lendemain. — Le programme comprenait deux opéras en vogue, entre autres les Prétendus, de Dalayrac. — Par suite du refus de Bourson, l'on avait dû renoncer à la pièce de circonstance.
Une foule énorme assiégea de bonne heure les portes du théâtre. Dès l'ouverture des bureaux, tout fut envahi depuis le parterre jusqu'aux cintres.
La loge impériale avait été établie à droite des spectateurs, magnifiquement ornée de draperies en velours rouge parsemées d'abeilles d'or et portant au milieu l'aigle impérial.
Les loges attenantes étaient réservées à Jérôme, roi de Westphalie, au prince Eugène, aux ministres et aux maréchaux de l'empire, aux ambassadeurs d'Autriche, le prince de Schwarzenberg et le comte de Metternich, et aux autres personnages de la cour.
L'empereur et l'impératrice, à leur arrivée au théâtre, furent accueillis par des acclamations enthousiastes et à leur entrée dans la salle, à huit heures du soir, des bravos unanimes les saluèrent, pendant que l'orchestre entonnait l'air obligé : Que de grâce, que de majesté!
Quand l'enthousiasme se fut un peu calmé, on joua l'ouverture de l'opéra les Prétendus.
Le rideau se lève et la première scène commence.
Tout à coup apparaît, entrant par une des coulisses de droite, un homme en habit de ville, les bottes poudreuses, le visage pâle aux feux de la rampe, la marche brusque et précipitée.
Cette étrange apparition frappe tout le monde d'étonnement. Les acteurs quittent la scène, l'orchestre se tait, un silence complet s'établit; on ne sait ce qui se passe; on se demande si un malheur est arrivé.
Enfin cet homme, qui n'avait salué ni les souverains, ni le public, dit d'une voix altérée :
■ — Messieurs, je vous demande un moment d'audience.
Le public a reconnu Bourson, mais on se demande encore ce qu'il veut. Lui, sans se déconcerter, continue. Aux rimes, à la mesure, on constate que ce sont des vers qu'il récite, mais on ne comprend pas où il veut en venir. — Il raconte qu'il vient