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CHAPITRE IX

M. Alvin, père du conservateur actuel de la Bibliothèque royale (i), et une autre tragédie en cinq actes et en vers de M. Edouard Smits, Marie de Bourgogne (1823).

On avait, peu de mois auparavant, installé l'éclairage au gaz dans la salle du grand théâtre, éclairée jusque-là par des chandelles de suif en temps ordinaire, et des bougies de cire les jours de gala. On sortait du spectacle les habits ou les châles souillés de taches de graisse (2). L'introduction du gaz était donc une révolution dans les habitudes, et, comme toutes les révolutions, celle-ci provoqua de vifs mécontentements. On alla jusqu'à imprimer que le lustre projetait une lumière aveuglante, que le gaz serait fatal aux poumons des chanteurs et qu'il vaudrait mieux remettre les choses dans leur état primitif.

Durant cette période, le Parc joua les vaudevilles en vogue du répertoire parisien. C'était toujours la salle préférée par les sociétés d'amateurs. Dans une représentation donnée en 181 7, en présence du prince et de la princesse d'Orange, par la société Lyri-Dramatique, un artiste que tout Bruxelles a connu et qui était à la fois peintre et chanteur, le beau Marneffe, dit, au milieu du plus vif enthousiasme, des couplets allégoriques intitulés la Rose du Nord, délicate allusion à la grande-duchesse Anna Paulowna, femme de l'héritier présomptif du trône.

En 1822, la société dramatique des Variétés s'installa dans une petite salle de spectacle, au Jardin Saint-Georges, rue des Alexiens. Elle y fut remplacée par la Société Lyrique, dont le principal fournisseur était Auguste Jouhaud, le plus fécond des auteurs dramatiques belges (3). La comédie de salon fut aussi en honneur dans la société bruxelloise. Un de nos musicologues les plus distingués, M. Edmond Van der Straeten, a retrouvé le programme des représentations données en 1788 et 1792 sur le Théâtre de Schaerbeek, qui n'était autre que l'hôtel de Mme de Walckiers (4).

Des spectacles populaires s'organisaient un peu partout, donnant satisfaction à cette soif de plaisirs honnêtes qui a toujours été le propre de toutes les classes et de tous les âges dans notre cité.

Il nous reste à mentionner quelques curieux détails à propos du théâtre de la Monnaie et des habitudes du public bruxellois. Le spectacle dans le bon vieux temps commençait à cinq heures et finissait à neuf heures. Alors les honnêtes gens rentraient chez eux pour souper. Les autres allaient au foyer, rejoindre les actrices et passer une partie de la nuit au jeu. La vogue était alors au pharaon, qu'à diverses reprises

(1) Particularité curieuse, il n'y avait pas clans cette pièce un seul rôle de femme.

(2) Gazette générait des Pays-Bas. 8 novembre [8x8.

(3) Citons parmi les Bruxellois qui écrivirent pour le théâtre lavocat Barafin, greffier de la justice de paix de Woluwe-Saint-Ktienne, Ph. Lesbroussart, le professeur Raoul, Eugène Hus, pseudonyme de Pierre-Louis Stapleton, Pierre Bergeron, Clavareau, le baron de Reiffenberg, Philippe Gigot et Prosper Noyer. Notons encore ce détail curieux qu'en 1816, deux graves mathématiciens MM. Quetelet et Dandelin, firent représenter à Gand un opéra dont la musique était ''e M. Charles Ots, intitulé Jean Second ou Charles-Quint dans les murs de Gand.

(4) Le Guide musical du 9 octobre 1877, cité par M. Frédéric Faber.

le gouvernement fit interdire. Il dut prendre aussi des mesures pour empêcher les laquais qui venaient chercher leurs maîtres d'aller s'asseoir dans la salle sans payer

Le public de la Monnaie paraît avoir été, surtout au commencement de ce siècle, particulièrement tumultueux et indiscipliné. Le bruit du parterre et des loges provoquait l'étonnement des étrangers. On peut dire, en invoquant le témoignage de contemporains, que le désordre était passé à l'état d'institution. Les pouvoirs publics intervinrent à maintes reprises pour assurer la police de la salle, mais sans y réussir. Diverses ordonnances furent aussi rendues pour assurer l'ordre aux abords du théâtre, en ce qui concernait le service des voitures. En voici une de Charles de Lorraine, qui prouve à quel point des encombrements dangereux se produisaient parfois aux approches du théâtre :

Son Altesse Royale, voulant prévenir les accidens et les malheurs qui peuvent arriver par le grand nombre de voitures qui se présentent à la fois et de différens côtés, tant à l'entrée qu'à la sortie du spectacle, Elle a de l'avis du Conseil ordonné en Brabant statué et ordonné, statue et ordonne ce qui suit :

I. — Aucun carosse ou autre voiture, soit de Maître, de Remise ou de Fiacre, ne pourra se rendre à l'hôtel du spectacle pour y conduire son monde à la Comédie, à la Redoute ou au Bal que par la rue dite le Trou de la Monnoie seulement ; et les conducteurs de ces carosses, après y avoir conduit leur monde, devront retourner par le Gracht, la rue des Augustins ou la rue Neuve.

II. — En échange, tout carosse ou autre voiture soit de Maître, de Remise, ou Fiacre, qui viendra pour chercher son monde à la Comédie, à la Redoute ou au Bal, devra s'y rendre par l'une des trois rues mentionnées ci-dessus, savoir le Gracht, la rue Neuve, ou celle des Augustins, et ne pourra s'en retourner que par la rue dite le Trou de la Monnoie.

III. — Les Fiacres ne pourront pas se tenir sur la place de la Monnoie, pendant tout le temps que dureront le Spectacle, la Redoute ou le Bal, mais ils devront se placer tous sur le Gracht, les uns après les autres, à commencer du coin de la Monnoie, jusques au haut de la rue du Gracht, et les personnes qui en auront besoin devront les faire chercher.

IV. — Aucun carosse, qui sera avancé jusques à l'une ou l'autre porte de l'hôtel du spectacle pour y prendre son monde, ne pourra s'y arrêter, mais il devra retourner par la rue dite le Trou de la Monnoie, et reprendre la queue de la file des carosses, si le maître ne se présente pas d'abord à la sortie.

V. — Déclare Son Altesse Royale qu'après les huit heures du soir aucune voiture ne pourra plus passer par la rue dite le Trou de la Monnoie, soit pour aller au spectacle, ou ailleurs, jusques à ce que le spectacle étant fini, la place de la Monnoie soit entièrement libre.

VI. — ■ Les cochers et laquais qui contreviendront à l'un ou à l'autre article du présent règlement, pour autant qu'il les concerne respectivement, seront punis par un emprisonnement de trois mois, ou par d'autres peines plus graves selon les circonstances.

Mande et ordonne Son Altesse Royale que le présent règlement soit incessamment publié et affiché partout où il appartient.

Fait à Bruxelles, le i3 février 176g.

Dès la même année le gouvernement avait autorisé un imprimeur très connu,

Sa Majesté à la délibération du Sérénissime duc Charles-Alexandre de Lorraine et de Bar son lieutenant gouverneur et capitaine général des Pays-Bas, a permis et permet au suppliant d'établir à la comédie une boutique de livres contenant uniquement des pièces de théâtre, lesquels seuls il y pourra vendre; déclare au surplus Sa Majesté que le suppliant du chef de l'établissement de cette boutique à la comédie sera soumis au Tribunal Aulique auquel il sera envoié copie de ce décret en le chargeant de donner les ordres à son prévôt de veiller à l'exécution du même décret. Fait à Bruxelles, le 18 octobre 1769. Paraphé : Kulb''r. Signé : De Reul.

une librairie dramatique dans le vestibule du théâtre :

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