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CHAPITRE IX

A cette époque, comme au siècle précédent, tout ce qui touchait à l'imprimerie ou à la librairie était soumis à la censure. Aux termes d'un décret rendu en 1730 il n'était permis d'imprimer ou d'éditer des livres qu'à la condition d'être catholique et de « bonnes mœurs ». Tout imprimeur prêtait serment de respecter la censure et de ne réimprimer aucun ouvrage condamné ou mis à Y index. Les magasins de librairie devaient être ouverts, à toute heure du jour et de la nuit, aux conseillers fiscaux. Celui qui faisait imprimer payait le salaire des censeurs.

Sous le règne de Marie-Thérèse, une réaction se produisit contre la façon d'agir des censeurs ecclésiastiques; l'archidiacre Foppens ayant mis à l'index les œuvres de Rapsaet, de Fleccay, de Grotius, et divers livres d'une utilité notoire ou ne méritant aucune flétrissure, puis d'autres ouvrages d'un très grand intérêt et contenant les meilleures maximes pour L'Etat ayant été proscrits, il fut décidé que les œuvres littéraires seraient examinées par les censeurs fiscaux. La censure civile se substitua de la sorte à la censure ecclésiastique.

Les journaux, sous l'ancien régime, étaient naturellement soumis à la censure comme les livres, et, de plus, à l'autorisation préalable. M. André Warzée, dans son Essai historique et critique sur les journaux belges, a publié La plus ancienne patente de gazetier dont il y ait trace en Belgique. Elle fut octroyée par Charles II, en 1667, à Adrien Foppens, docteur en médecine à Bruxelles. Elle lui permettait de faire, à l'exclusion de tous autres, composer et traduire toutes les relations, avis, lettres et récits de tout ce qui se passait dans le pays et ailleurs. En vertu de cette autorisation, Foppens publia le Courrier véritable des Pays-Bas, journal hebdomadaire in-40 de petit format. Cette feuille eut successivement pour éditeurs Jean Mommaert, imprimeur des États de Brabant, et Godefroy Schoevaerts. En 1741 elle prit le titre de Gazette de Bruxelles et fut imprimée d'abord par un sieur Claudinot et ensuite par François t'Serstevens. A partir de 175g, la Gazette des Pays-Bas remplaça la Gazette de Bruxelles et parut jusqu'en 1791. En 1759, nous voyons surgir un recueil mensuel in-8° intitulé le Mercure historique et politique des Pays-Bas (imprimerie de Boucherie) et le Journal du Commerce, dédié au prince Charles de Lorraine. En 1760 parurent le Gazetin, feuille hebdomadaire de grand format, rédigée par Maubert de Gouvcrt et continuée par Chévricr (1), puis la Feuille d'annonces et avis des Pays-Bas autrichiens, imprimée

(1) Le Gazetin, qui publiait volontiers la chronique scandaleuse, compta aussi parmi ses rédacteurs Jean-François de Bastide, né à Marsick en 1726, mort à Milan en 1798. Cet ancien rédacteur du Mercure de France, ayant dû quitter son pays, chercha successivement lortune en Hollande et en Belgique, Il fut à Bruxelles le commensal du comte de Cobenzl et du prince de Ligne. « Son court séjour dans cette ville ne lui permit pas de peser beaucoup par sa personnalité sur l'esprit public. Il contribua seulement à propager en Belgique le goût de la littérature française. Dépourvu de toute énergie, sans vigueur aucune, de Bastide ne soutint pas de lutte, ne posa aucune question, n'importe sur quel sujet. Raconteur d'anecdotes et de romans sans esprit ni observations aucunes, il se fit en outre l'écho de médisances, détracteur grossier par emprunt de certaines réputations bien établies. Sans avoir même le génie de pouvoir produire des traits d'esprit dans ses attaques, il se bornait à copier des méchancetés vulgaires. S'il aimait le scandale, c'était pour le scandale lui-même, et non dans le but d'en tirer parti pour la défense d'une idée autre que celle de sa vanité. » Jean-Henri Maubert, se disant chevalier

par de Boubers et cédée plus tard à M. Weissenbruch. Les Petites Affiches de Bruxelles, fondées par M. Rampelbergh en 1816, peuvent être considérées comme faisant suite à cette feuille d'annonces. Vinrent ensuite les Annales politiques, civiles et littéraires du XVIIIe siècle de l'avocat Linguet (1); Y Esprit des Gazettes, de Louis-Joseph Urban (de Dinant); le Compilateur, rédigé par le même; Y Ami des Belges, qui devint le Vrai Brabançon ; le Magasin historique, politique et littéraire ou Journal de Bruxelles, publié par la maison de Boubers à partir du Ier janvier 1790; le Mercure universel; la Boussole de Gand; le Journal de la Société des Amis de la liberté et de l'égalité; le Républicain du Nord, édité par Tutot et rédigé par Norbert Cornelissen; le Belge français, interdit par décret du Directoire le Ier fructidor an v; YImpartial bruxellois, créé en 1796 par A.-J.-D. Braeckenier qui fut l'objet de poursuites et incarcéré à la porte de Hal pour avoir publié un parallèle entre la France en 1788 et la France en 1796; le Postillon; le Journal des dix-sept provinces; le Courrier de Bruxelles, grand in-40, quotidien; YEtoile de Bruxelles, journal du soir, publié par Mme Sterckx, épouse de Braeckenier (an vi) ; la Gazette de Bruxelles ou le Messager de la Paix, imprimé chez M. J.-G. Simon, et rédigé par Martin de Ruyts ; YOraclc, commencé en 1800 et continué jusqu'en 1827, époque où le principal rédacteur, H. Fiocardo, se noya; la Lorgnette de Bruxelles, rédigée par le citoyen Alexis Daudet; le Groot Brusselsch Nieuwsblad ; la Gazette des départements du Nord, rédigée par Chateigner, homme de loi et de lettres; la Nouvelle Gazette de Bruxelles (an xn), éditée par la veuve de Boubers; le Journal de la petite poste de Bruxelles, éditeur Braeckenier, puis sa veuve (i8o5 à i835).

Sous le gouvernement des Pays-Bas nous avons à signaler le Journal de la Belgique, créé par Rampelbergh le 2 février 1814, et qui compta parmi ses rédacteurs le baron de Stassart et le docteur Van Mons; la Gazette de Bruxelles, de Braeckenier (2); le Surveillant, édité par A. Wahlen; le Journal général des Pays-Bas, éditeur Weissenbruch, rédacteur Lesbroussart ; la Gazette générale des Pays-Bas, feuille semi-officielle, imprimeur Weissenbruch; le Mercure du royaume des Pays-Bas, par De Ceuleneer; de Nedcrlandsche Post, par H. Van Leemput; The Cosmopolite, journal anglais, imprimé par Ad. Stapleaux; le Moniteur belge, imprimé chez la veuve Hayez, rédigé par MM. Eyckholt et Maubach (ce journal ne parut que pendant un an, et ses abonnés reçurent en place le Vrai Libéral); The Philanthropes, journal anglais rédigé par Thomas Perkins; le Nain jaune réfugié (imprimerie Wahlen), rédigé par Cauchois-Lemaire, Guyet et Arnault; le Libéral, produit de la fusion du Nain jaune

de Gouvert, né à Rouen en 1721, mort à Altona en 1767, joua à peu près le même rôle que Bastide. Le rôle assez insignifiant que ces deux aventuriers jouèrent à Bruxelles est retracé dans des notices de M. Charles Piot (Bulletins de l'Académie royale

de Belgique, 1876 et 1879).

(1) M. Ch. Piot a publié également, dans le Bulletin de l'Académie (1878), une notice sur Linguet aux Pays-Bas autrichiens. Cet avocat français ne fut jamais qu'un écrivain vénal à la solde du pouvoir et des partis. Il trahit successivement tous ses bienfaiteurs.

(2) Cet imprimeur-éditeur mourut le 23 avril i8i5, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.

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